PI
dix francs. Il prit une montre en argent dans la poche d’un maçon et l’a vendue à un inconnu.
Devant le chef de la Sûreté, nouvelle version bien différente : c’est sur les instigations de son patron, M... qu’il prit la robe. M... donna dix francs et recommanda le silence. G... persiste dans ses déclarations, même devant M... Il avoue avoir promis à M. X.… de retrouver la robe si on ne portait pas plainte. Pour la montre, il reconnaît avoir dit qu’il l’avait donnée à son frère, il ajoute qu’en réalité il ne l’a pas donnée.
Un ami de la famille, gardien du jardin public, lui demande les circonstances du vol. G... répond : « On me fait dire ce qui n’est pas vrai, ce n’est pas moi qui ai commis ce vol, mais
s’il le faut je m’avouerai coupable quand même. »
Confronté avec le gardien, G... avoue le propos précédent ; il ajoute : « Je vais être franc, ce n’est pas moi qui ai voié la robe, ce n’est pas mon patron. Si je l’ai accusé, c'était pour me venger parce qu’il avait plusieurs fois failli me mettre à la porte. » Et plus tard : « Ce n’est pas moi qui ai volé la montre et la robe. Quand on a volé la montre, je ne savais pas où étaient les habits du maçon. Quand à la robe, je ne l’ai jamais vue. Si je me suis accusé du vol de la montre, c’était pour être placé à la colonie d’enfants, ce que je désire encore, et ne demande qu’une chose : être bien, apprendre un métier et la musique. Si je me suis accusé du vol de la robe, c’était pour me venger de mon patron. » e
Déclarations de G... à l’examen médical. — Le fils M... lui a raconté le vol de la robe et lui demanda s’il savait quelque chose, il répondit « Non ». Puis deux inspecteurs l’interrogèrent. Même réponse. Ils n’insistèrent pas. Pressé de questions par M.X.et formellement accusé, il se défendit encore. S'il a dit « Je tâcherai de la trouver », c’est pour être poli et rien de plus. Les inspecteurs reviennent, l’accusent du vol de la robe et de la montre. Il nie et pleure. Ils disent que s’il n’avoue pas immédiatement, ils vont faire venir la voiture et le mener au fort du Hô. Pris de frayeur, il dit que c’est lui qui a volé la robe et la montre, et, dans le même sens des interrogations posées : « Non, il n’était pas seul ; oui, il avait un complice qui lui a commandé de voler, qui lui a promis de l’argent ; le
HUE us
complice est B.. » Devant le commissaire, le juge, il recommence le même récit.
Devant le chef de la Sùreté, on le force à raconter la deuxième version du vol, version complicité M. Devant le juge d’instruction, même récit. M... n’était pas inquiété, mais l'enfant était incarcéré.
Pendant les premiers jours, G.… pleurait, espérant qu’on viendrait le chercher. Après une lettre de son frère qui le renie, G.., dégagé de toute influence, déclarait à l’instruction qu’il avait menti en accusant M... et qu’il l’avait accusé pour se venger.
Au sujet du vol d’une montre, G.…. donne les renseignements qu’il connaît : des maçons quittent le travail pour aller boire. En rentrant un d’eux s’aperçut de la disparition de sa montre placée dans les vêtements déposés à la maison. G..., interrogé, n’avait rien vu, il ne savait même pas où le maçon avait déposé ses affaires.
Il se défend énergiquement d’avoir volé la robe et la montre. Il déclare avoir menti en s’accusant lui et,ses complices, et il donne de ses déclarations les explications suivantes : Il a dit la vérité jusqu’à ce que, effrayé par les menaces des agents, il a dit comme eux, de peur d’aller en prison. Il n’y a rien de vrai dans la scène du vol, dans les offres de B... Il a nommé B... « comme ça », ne pensant pas qu’il pourrait être inquiété. Puis il a accusé M... parce qu’il a dit de méchantes paroles à son père. Il a continué à mentir pour entrer à la colonie. Le motif de son désir ? « Pour la musique. »
Il sait que c’est mal de voler « à cause du déshonneur de la famille, à cause qu’on n’a pas sa carte d’électeur ». Il avoue que mentir « ce n’est pas bien... c’est pourtant ce que j’ai fait. »
Discussion et conclusions médico-légales. — L’examen n’a révélé l’existence d’aucune psychose, d'aucune anomalie morbide des facultés psychiques. Malgré les phénomènes épileptiformes, disparus d’ailleurs depuis plusieurs
pe
mois, rien ne permet le diagnostic d’épilepsie vraie. Rien n’est susceptible d’atténuer la responsabilité de G...; il ne doit pas être considéré comme un mythomane, il ne présente pas une imagination dévergondée.
Même s’il est innocent, il a bien pu s’accuser faussement, dénoncer des complices, donner des versions contradictoires sous la pression des menaces et d’une peur irraisonnée d'enfant, et aussi sous l’inspiration d’un sentiment de rancune enfantine. Il peut très bien dire la vérité aujourd’hui.
Aussi, les déclarations de G... en ce qui concerne d’une manière générale les faits qui lui sont reprochés, et plus particulièrement l’accusation d’autrui, doivent-elles commander la plus grande circonspection et être reçues avec les plus grandes réserves.
ton ue