‹ Les Enfants AccusateursChapitre 13 sur 19 · CORAIL · texte numérisé non relu

CORAIL

L’auto-accusation dans les états mélancoliques de l’enfarce.

Le délire mélancolique avec idées d’auto-accusation est très rare chez l’enfant, parce que les états mélancoliques ne s’observent guère avant quinze ans. Chez l'enfant mélancolique auto-accusateur, il s’agit presque toujours d’un fait irréel. La sincérité est entière, consécutive à des idées de culpabilité générale, évoluant vers la conviction d’une faute déterminée. Pareilles observations sont rares. Nous résumons à la suite de celles déjà signalées deux observations inédites de fillettes mélancoliques auto-accusatrices.

Observatior V. — G. BArLEeT ()

Enfant atteint de malformations congénitales avec préoccupations incessantes, et comme conséquence, hypochondrie, mélancolie à physionomie un peu spéciale d’auto-accusateur persécuté.

Observation IV (résumée). — VINCHON 6)

Enfant à lourde hérédité. Il est inquiet. « C’est bien sa faute si sa mère souffre aujourd’hui, c’est parce qu’il a abusé de luimême. » Ces idées d’auto-accusation s’emparent de son esprit,

(1) G. Bazzer. — Traité de Pathologie mentale. (2) Vincuox. (Thèse de Paris, 1910).

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et il ne peut plus penser à autre chose. Ni cauchemars, ni hallucinations.

Eréthisme génital intense. Toujours inquiet et agité. Ses idées d’auto-accusation persistent.

Il mourut quelques années après de méningite.

Observation VII.

(Inédite, résumée, due à l’obligeance de M. le Prof. ABADIE.)

L..., 15 ans. Entre avec un certificat attestant qu’elle est atteinte de troubles gastro-intestinaux et de trouvles mentaux, refus d’aliments, délire d’auto-accusation. Début brusque de la maladie. L’enfant a eu de la fièvre, des vomissements, une céphalée violente, un peu d’oppression.

Actuellement, Ia malade est prostrée, répond lentement aux questions, dit son nom si on le lui demande. Elle sait qu’elle est à l’hôpital « parce qu’elle à fait le mal ». Elle refuse les aliments.

C'était auparavant une enfant très douce, très calme, elle avait été placée, et on était content d’elle. Trois semaines avant ce début brusque, ses camarades avaient remarqué des idées incohérentes, en particulier de culpabilité, réveillant souvent ses compagnes, en disant : « C’est ma faute ce qui arrive. » Puis se mettant à genoux devant elle, leur demandait pardon.

Ces idées d’auto-accusation ont duré dix jours environ avec cette intensité. Elle a refusé d’embrasser ses compagnes, s’en disant indigne.

Observatior VIII.

(Imédite, résumée, due à l’obligeance de M. le Prof. ABADIE).

M... 16 ans. La malade est couchée dans le fond de son lit, tout contre la cloison. Elle parle très difficilement, indistinctement. II faut la prendre à bras-le-corps pour qu’elle se rapproche. Elle est apathique, comprend lentement, répond de même. Elle présente des idées de culpabilité et de persécution.

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« J’ai fait du mal, dit-elle, j’ai tourné le bouton de la lumière. » Puis, « J’en ai fait de la misère, tout le monde me fait de la misère. » Pas de négativisme, cependant refuse de s’alimenter; on l’a gavée.

Quelques jours après, cris de pleurs « J’ai fait de la misère ». Elle a des hallucinations de cadavres dont elle aurait causé la mort.

En résumé, diminution de l’activité psychique. Accès de tristesse. Idées délirantes de culpabilité, d’auto-accusation.

A cette forme de délire mélancolique avec auto-accusation, nous pouvons rattacher l’auto-accusation des enfants mystiques. Là aussi domine le fonds de culpabilité générale. Les confesseurs pourraient nous instruire des drames fréquents qui se passent dans certaines de ces jeunes âmes. Il nous diraient la crise fréquente à l’occasion de la première communion, l’angoisse d’être en état de péché mortel, la peccadille exagérée démesurément, le péché qu’on n’a fait qu’effleurer de la pensée, la peur d’un défaut de mémoire, le retour anxieux vers le confessionnal. II faut dire en passant l'influence funeste sur des enfants prédisposés des sermons qui dépeignent avec véhémence les tourments de l’enfer et la difficulté de faire son salut. G. Ballet fait justement remarquer que le délire du mélancolique est rétrospectif, et que le malade attribue souvent sa pénible situation à une première communion mal faite, vers l’âge de douze ans.

Souvent, l’enfant ne se contente pas de la pénitence plutôt bénigne du confesseur ; chaque péché fictif ou très exagéré est prétexte à mortifications multiples parfois très dures. Sacerdote raconte le suicide d’un enfant mystique, qui se tua pour des péchés qu’il n’avait sans doute jamais commis. Barbeaux, dans sa thèse sur « Le suicide chez les enfants », dit que le délire mélancolique peut prendre une teinte mystique, être à base d’idées de culpabilité et d’auto-

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accusation religieuse. Le petit malade trouve alors dans ses idées délirantes, dans les hallucinations qui les engendrent, des raisons suffisantes pour se suicider.

On sait que ces préoccupations mystiques correspondent souvent avec une vive excitabilité génitale, de la précocité sexuelle et des habitudes de masturbation. La lutte morale est alors très vive, des accès de découragement surviennent. Les premières pollutions nocturnes plongent au réveil l’enfant dans un grand dégoût de lui-même. Le médecin est quelquefois appelé à constater cette mentalité, mais il a beaucoup de peine à rassurer l’enfant, en lui démontrant le caractère purement physiologique de certaines manifestations faussement interprétées.

Mentionnons seulement l'impulsion exceptionnelle, d’ordre sentimental, qui confine à la déséquilibration émotive et à l’exaltation passionnelle, chez ces sujets dont le calcul est de se substituer au vrai coupable. Ce sont les autoaccusateurs par altruisme.

Tous ces troubles de l'esprit ne conduisent que rarement le sujet chez le médecin, et ne nécessitent pour ainsi dire jamais l’internement dans un asile d’aliénés. Ils ont rarement un intérêt médico-légal, en dehors de quelques tentatives de suicide. L’enfant s’accuse plutôt aux autorités paternelles ou religieuses que judiciaires. Il n’accuse jamais un tiers devant la justice. Le pronostic est évidemment fonction du terrain psychopathique sur lequel évoluent ces troubles. Il est bénin en général. Comme traitement, il suffit souvent d’une bonne hygiène physique et surtout morale.

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