VAE AE CLR ES DV
L’auto-accusation dars les psychoses toxiques et infectieuses de l’erfanrt.
Nous avons vu, au début de cette étude, que les alcooliques forment la grande majorité des auto-accusateurs. Dupré dit même que si l’auto-accusation est rare chez l'enfant, c’est que celui-ci échappe à cette grande cause d'intoxication. Cependant, l’alcoolisme n’est pas tellement rare chez l’enfant, et il faut compter avec les enfants, fils d’alcooliques, plus facilement imprégnés par l'alcool, tarés dans leur système nerveux et prédisposés aux complications psychopathiques. Aussi n’est-il pas étonnant de rencontrer chez l’enfant des observations aussi démonstratives que celles de l’adulte. Les faits suivants en font foi.
Observation IX. — Prcarp (4)
Délire onérique, hallucinatoire, chez un jeune prédisposé sous l'influence d'accès alcoolique. Auto-accusation concernant un crime imaginaire. Persistance des idées délirantes.
A. âgé de 15 ans, est amené à l’Infirmerie spéciale du Dépôt, s’accusant d’un assassinat dont il est impossible de retrouver les traces.
Cet enfant, employé chez un maraîcher, est né d’une grossesse gémellaire. Son frère jumeau et lui sont les plus jeunes d’une nombreuse famille, de laquelle restent encore 9 enfants vivants. Les ascendants ne présentent pas de tares, mais les deux jumeaux ont été conçus par des parents déjà âgés et
(1) Thèse de Picard, Paris, 1904.
longtemps après les autres enfants, car Îles renseignements fournis sur le malade ont été apportés par le cadet de la famille, de vingt-quatre ans plus vieux que lui.
A... aurait été bien portant dans sa jeunesse, mais placé depuis quelque temps déjà dans des conditions assez pénibles, il a contracté, malgré sa jeunesse, des habitudes indiscutables d’éthylisme. Il consomme chaque jour un litre de vin, souvent du rhum le matin et quelques apéritifs à l’occasion. Il présente des stigmates physiques nets de dégénérescence : la voute palatine est très ogivale ; le nez est gros, la bouche perpétuellement entr’ouverte, la voix nasonnée. Le crâne présente un allongement considérable du diamètre antéro-postérieur.
Il donne, à son arrivée, l’impression d’un jeune garçon doux, timide, facile à diriger, d’intelligence très limitée. Son attitude exprime l’abattement, le remords, l’aangoisse. Interrogé sur les motifs qui l’ont amené à l’Infirmerie spéciale, il fait, au milieu d’abondantes larmes, le récit des évènements suivants
Depuis un an déjà il était triste, souvent obsédé par l’idée de se donner la mort. Un jour, il y a quelques mois, il aurait fait l’achat d’un mauvais révolver, et songeait souvent à ses idées de suicide. Il y a quelques jours, il quitta son patron, lui laissant une lettre, dans laquelle il lui disait qu’il allait défnitivement mettre son projet à exécution. Il erra un jour ou deux, puis un matin, dans le faubourg Saint-Antoine, il entra dans un débit de vins, voulant boire pour se donner du cœur. Tandis qu’il consommait, il remarqua qu’un individu le regardait en ricanant. Il entendit cet individu lui dire : « T’en as un œil. » Furieux, il lui tira un coup de révolver en pleine poitrine, vit sa victime tomber, après avoir poussé un cri, fait « ah !» dit-il, et s'enfuit poursuivi par quelques personnes qui ne purent le rejoindre. Quelques heures après, il se constitua prisonnier, en indiquant assez exactement le lieu où il avait commis le crime. Naturellement, l’enquête n’a rien retrouvé.
Malgré les dénégations qui lui sont opposées, le malade persiste dans ses déclarations. Il est certain d’avoir vu tomber sa victime ; il ne peut pas admettre qu’il se soit trompé, qu’on l’aurait rejoint, qu’il serait resté de ce meurtre une trace indiscutable. Il est vrai qu’il a quitté sa place à l’improviste, lais-
ap
sant à son patron une lettre où il parlait de suicide. Mais on n’a retrouvé aucune trace de l’arme dont il aurait fait usage. Son délire de rêve, qui a débuté avec sa fugue, s’est si bien confondu avec la réalité que A... ne peut se rendre àl’évidence, pleure, manifeste des remords et attend avec résignation la punition qu'il a méritée.
Au point de vue somatique, outre les stigmates déjà signalés, on note chez le jeune A... un léger, mais réel tremblement de la langue et des mains. L’enfant est chétif, pâle, peu développé pour son âge. Il fait continuellement le même mouvement des lèvres et de la langue, sorte de battement de salive, analogue à celui qu’accomplit une personne altérée ; pourtant il n’a pas soif et refuse la boisson qu’on lui propose. Son délire ne s’améliorant pas, A. est évacué sur un asile.
Observation X.
(Inédite, résumée. — Consultation de M. le Prof. ABADIE.)
C... Renée, 9 ans. Père éthylique. L’enfant est née à terme, accouchement normal. Petite enfant, elle buvait beaucoup de vin blanc pendant ses repas et entre ses repas. Elle tombait assez souvent. Depuis deux ans, elle va n’importe où ; à son retour elle est inconsciente, elle chante. Elle est allée à l’école, mais n’a rien appris. Elle est tombée à la renverse, il y a trois jours, secouée de convulsions. Puis elle a fait une fugue à Castries, après une gronderie. Elle a dit aux gens que toute sa famille était morte. Retrouvée le soir même à Castries, l’enfant dit qu’elle y est allée à pied. Elle raconte qu’elle s’est laissée amener par un nègre, qui se serait livré sur elle à des attouchements obscènes, il se serait livré à un semblant de coït. Ce nègre l’aurait cennue quelques jours avant dans le quartier et se serait couché sur elle. L’examen des organes génitaux de l’enfant a montré qu’ils étaient intacts.