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Observatior XIII, — Dupré @
(Recueillie dans le Service du Docteur GARNIER.)
Auto-hétéro-accusations mensongères d'attentats à la pudeur et de pédérastie par un garçon de 9 ans dégénéré, masturbateur, sous l'influence de suggestions, répétées et involontaires de ses parents, dont les incessantes questions ont dicté les réponses et édifié le roman imaginaire de l'enfant. — Enquête. — Mise en liberté.
R. M... 9 ans, est envoyé à l’infirmerie spéciale par le commissaire de police de son quartier, auquel les parents de l'enfant sont allés porter plainte, sur les dénonciations de celui-ci, contre deux individus, €... et W.., habitant aux numéros 11 et 28 de la rue de la Gaîté, qui auraient attiré chez eux l’enfant R. M. et se seraient livrés sur lui à des manœuvres pédérastiques, depuis déjà plus d’un an, à plus de vingt reprises, et en compagnie d’autres hommes et de cinq jeunes enfants.
Le commissaire, au dire des parents de R. M. se serait déjà montré incrédule au dire de ces extraordinaires révélations. Une enquête fut aussitôt ouverte et n’aboutit à rien ; les individus accusés n’existaient pas, et il fut impossible à l’enfant de mettre les agents sur la piste des coupables, ni des lieux où se seraient consommés, dans son propre quartier, ces attentats si fréquents depuis un an.
Comme les parents insistaient beaucoup auprès du commissaire sur le tempérament vicieux de leur enfant, sur ses incurables habitudes d’onanisme, le commissaire soupçonna un état pathologique chez le héros de ces aventures si suspectes et l’adressa, aux fins d’examens, au Docteur Garnier.
R. M... est un petit garcon bien développé, au teint mat, aux yeux noirs, vifs et grands, à l’air éveillé, quelque peu sournois, et dont l’attitude, le regard et le ton général décèlent un certain état de crainte et de méfiance.
Il est amené par sa belle-mère, qui nous fournit les renseignements suivants sur les antécédents de l’enfant.
(1) Durré. — Les auto-accusateurs.
FATQRES
Antécédents héréditaires. — (Grand-père paternel mort aliéné ; oncle mort aliéné ; une tante morte à 23 ans dans le délire (méningite ?) ; père violent, irascible, hyperesthésique sexuel ; mère morte de tuberculose ? ;
Antécédents personnels. — Rougeole à trois ans, ni convulsions ni chorée ni tics. Développement intellectuel moyen, assez lent. Affectivité normale. Habitudes d’onanisme précoces, entretenues par un phémosis avec balanite smegmatique. Eveil précoce de la sexualité : érections fréquentes, au moindre attouchement, recherche des caresses ; paraît avoir été initié, vers trois ou quatre ans, à des manœuvres lubriques par une tante (sœur du père), dans le lit de laquelle il couchaït régulièrement, et qui aurait ébauché avec l’enfant des tentatives de coït. Depuis, R. M. aurait souvent fait à sa belle-mère, à l’occasion de sa toilette, des allusions et des invites érotiques, etc.
Intrigués et initiés par la fréquence et le cynisme des pratitiques de masturbation de leur enfant, les parents, tout en le chatiant par le fouet et les coups, ne cessaient depuis longtemps de questionner le jeune garçon, lui demandant où il avait pris ces honteuses habitudes ; si lors de ses allées et venues pour aller à l’école, il ne fréquentait pas de jeunes débauchés, s’il ne se laissait pas entraîner dans des maisons, par des hommes désireux d’abuser de lui, etc... R. M.., dont la curiosité génitale déjà éveillée se plaisait à ces propos, tout en niant les pratiques honteuses qu’on lui prêtait, écoutait avidement les détails des questions, excitait son imagination au tableau des scènes de luxure que ses parents lui dépeignaient, pour réveiller ses souvenirs et provoquer ses aveux. Il se fit ainsi toute une éducation érotique précoce, et avant d’avoir rien pratiqué par lui-même, savait fort bien tout ce qui pouvait se pratiquer en matière de manœuvres lubriques possibles attentées sur un garçonnet de son âge.
En arrivant au Dépôt, R. M... nous fait un récit détaillé des scènes de débauche et de luxure qui auraient eu lieu dans les endroits précis désignés plus haut, avec les hommes en question devant d’autres enfants témoins des attentats. Il faut rappeler ici le résultat absolument négatif de la soigneuse enquête ouverte sur les indications de l’enfant par la préfecture de
police. L’histoire est narrée d’une voix blanche, monotone, sans hésitation, à la façon d’un récit appris par cœur et débité devant une société. Les détails les plus scabreux sont exposés avec une indifférence émotionnelle, une absence de tout sentiment de honte ou de scrupule qui frappe l’observateur.
M. Garnier, à peu près certain de l’absolue fausseté de toutes ces aventures, fait tous ses efforts pour ramener l’enfant à la vérité, pour le détourner du récit monotone de ses monstrueux exploits. C’est'à peine si, à la fin d’un long entretien plein de paternelle tendresse et d’affectueux abandon, l’enfant paraissait un peu ébranlé dans la précision et l’aplomb de ses affirmations.
Le côté curieux de ces déclarations, au point de vue de l’autoaccusation, était que l’enfant, interrogé sur le mobile de sa conduite, sur les motifs qui le poussaient à continuer de telles fréquentations, à ne pas manquer ses ignobles rendez-vous, répondait que ce n’était ni pour quelques bonbons qu’on lui avait donnés, ni par peur des menaces qu’il continuait à se livrer ainsi, mais bien par plaisir et par goût, parce qu'il était content et que cela lui faisait du bien ; il avoue qu’il manquait l’école exprès, allant trouver ses compagnons de débauche pour satisfaire ses désirs, il y retournait parce que « ça l’amusait ». Il avoue bien que la première fois il a saigné du derrière, mais que les autres fois cela lui faisait du bien.
Quand on essaye de provoquer chez lui un sentiment de honte, on y arrive difficilement ; l’enfant éprouve manifestement du plaisir à étaler sa perversité ; quand on le met sur cette matière, il ne s’arrête plus ; il avoue avoir enc.… des petites filles, « fait ça » à sa tante, l'avoir proposé à sa bellemère, préférer les hommes aux femmes, etc., etc.
C’est une auto-accusation continue, froidement débitée, d’attentats à la pudeur, de manœuvres lubriques, de désirs et d’actes de pédérastie, qui contraste étrangement avec l’habitude, l’attitude et la mine de naïveté et de candeur enfantines de ce bambin de neuf ans.
L'examen somatique ne révèle, outre le phémosis, que des traces anciennes et récentes de flagellations, sous formes de stries ecchymotiques, qui rayent la région des fesses et des cuisses : ce sont les marques de corrections paternelles.
LCA
La région périnéale, l’anus, sont absolument normaux, vierges de toutes lésions; il est impossible d’y reconnaître la plus petite trace des attentats si souvent répétés qu’ils eurent à subir.
M. Garnier fait isoler l’enfant dans une cellule et lui demande d'écrire le récit de toutes ses aventures amoureuses ! R. M... consigne, en une longue lettre qu’il a écrite spontanément, tout seul, le détail des scènes ci-dessus indiquées c’est un compte-rendu très circonstancié des prouesses érotiques accomplies par le petit satyre, depuis l’âge de trois ans jusqu’à l’époque actuelle ; rien n’y manque, depuis les nombreuses petites filles auxquelles, à l’âge de quatre ans, il a pratiqué le coït anal, jusqu’aux orgies masculines récentes, exposées à froid avec le cynisme de l’inconscience. Cette lettre, pleine de faute d’orthographe, et où s’étalent tous les signes d’inexpérience et de naïveté de la graphologie enfantine, est
‘un document rare d’auté-hétéro-accusation écrite, commise par un enfant à sexualité précoce, sous l’influence de la suggestion des parents ; ceux-ci, dans leur curiosité malsaine, ont éduqué et stylé la perversion érotique, bien plus imaginative que réelle de leur enfant, et ont fourni, par le contenu obscène de leurs questions, les matériaux du roman imaginaire de leur fils.
Le lendemain, R. M.., cédant aux instances pressantes de M. Garnier, fondait en larmes et avouait que tout n’était que mensonges dans ses déclarations à ses parents, au commissaire et à nous-mêmes. Il ajoutait qu’il avait raconté toutes ces vilaines histoires à force de s’en entendre demander l’aveu par ses parents, qui ne l’aimaient pas, qui le battaient, et qui croyaient toujours qu’il revenait de « faire ça » avec des hommes. C’est par leurs questions qu’il avait appris ce qu’il avait répondu; et l’enfant ajoutait tout bas et d’un air craintif: « Il ne faudrait pas dire à papa que j’ai dit que tout cela c'était des mensonges ; on m’a bien recommandé de dire tout ça au commissaire et au médecin. » |:
On voit par là que les parents avaient non seulement suggéré à leur enfant le contenu du roman imaginaire
Date
débité par celui-ci, mais qu’ils lui en avaient encore imposé la déclaration. Convoqués au Dépôt par M. Garnier, ceux-ci furent mis en présence de leur enfant, qui, changeant de thème et d’attitude, était revenu sur ses déclarations de Pavant-veille. Ils parurent étonnés de ces contradictions, et encore plus surpris lorsque M. Garnier leur démontra l’impossibilité médicale de tels attentats, et d'accord avec le résultat négatif de l'enquête administrative, l’inanité absolue de toutes ces histoires. Il ressortit d’ailleurs de l’interrogatoire des parents que ceux-ci avaient été poussés à favoriser les déclarations de leur enfant aux autorités administratives et médicales, pour faciliter l'admission du garçonnet dans un asile ou une maison de correction, où on l’aurait corrigé de ses habitudes invétérées de masturbation.
Cette curieuse observation d’auto-hétéro-accusation constitue un instructif exemple de la valeur du témoignage des enfants en général et de la puissante influence exercée sur leurs dépositions par les conversations de l’entourage et les questions des parents. C’est souvent celles-ci qui constituent le dossier des accusations portées par les enfants.
Observation XIV. — Personnelle, inédite, résumée, (Prise à la consultation de M. le Prof. ABADIE.)
R.., 10 ans. Est accusé par une voisine d’avoir volé dans le jardin un coffret contenant 2.000 francs, de l’avoir porté à sa mère, qui aurait remis le coffret n’y laissant que 300 francs. Par des menaces, elle force l’enfant à avouer ce vol. Le jardinier, qui a écouté, promet à l’enfant qu’on lui achètera une bicyclette s’il fait rendre l’argent par sa mère. La plaignante, le lendemain, conduit l’enfant chez le commissaire, qui menace l’enfant de la prison, s’il n’avoue pas immédiatement. L'enfant, terrifié, avoue. Chez lui, il affirme n’avoir rien pris. A la suite de cela, il eut la fièvre, dit la mère, qui le conduisit alors à la consultation de M. le Professeur Abadie.
AO
Cet enfant paraît assez bien constitué. Quelques questions sur l’histoire, les choses courantes, montrent que ses connaissances sont très rudimentaires. Il est d’ailleurs depuis trois ans dans la même classe. En outre, il paraît très timide. Au médecin qui l’interroge doucement, il affirme cependant son
innocence.
En résumé, cet enfant est un débile simple, incapable de résister à une suggestion accompagnée de menaces. Il est presque certain qu’il est innocent du vol dont on l’accuse.
Observation XV. — Inédite, résumée.
(D'après un rapport médico-légal de M. le Professeur ABADIE.)
Déséquilibration mentale. — Dépression mélancolique. — Développement précoce de l’évolution pubérale. — Défloration ancienne. — Auto-hétéro accusations d’attentats à la pudeur.
L..., 12 ans. Pére artiste, de caractère difficile, change toujours d’établissement, de logement. Coureur de femme. Plusieurs fugues hors du domicile conjugal. La grand’mère, femme vicieuse, l’initia à quatorze ans aux relations sexuelles. Mère. — Etat mental normal, se plaint de troubles de la mémoire.
L.., née à terme, a toujours été d’un développement physique supérieur à ceux des enfants du même âge. Développement cérébral légèrement précoce, retenait très bien les propos tenus devant elle. Réglée à 8 ans. A 11 ans, paraissait avoir 4 ans de plus. Elle jouait seule les pièces qu’elle avait entendues, surtout les scènes d’enfants martyrs.
Depuis quelques mois, elle est devenue triste, indifférente, volontaire, poursuivie par des idées noires.
Exämen physique et mental. — On croirait avoir devant soi une jeune fille de 14 ans pour la taille, de 18 ans pour le visage et les manières. La voix a des intonations d’adulte, les idées sont celles d’une personne lasse et désabusée. Impression à la fois de mièvrerie, de préciosité et d’étrangeté. Développement pubéral très avancé. Aisselles et pubis garnis de leurs poils. Glandes mammaires nettement développées. Pas de troubles
les
de la sensibilité de la peau et des muqueuses, pas de rétrécissement du champ visuel.
Organes génitaux : aucune modification extérieure, pas d'écoulement. L’hymen est déchiré en plusieurs points ; ces déchirures sont anciennes et toutes cicatrisées. Toucher vaginal non douloureux. Cul-de-sac antérieur presque aussi grand que celui d’une femme adulte.
Aucun trouble profond des facultés mentales. Pas d’hallucinations, ni idées délirantes. Développement intellectuel à peine égal à celui d’un enfant normal de cet âge. Somme des connaissances acquises très petite : celle d’un enfant de 8 ans. C’est qu’elle a fréquenté peu et mal l’école. L’imagination ne paraît pas avoir un développement excessif. Sentiments d'affection peu développés. Ce qui domine, c’est le sentiment exalté de la personnalité. Vanité pathologique, cètte petite fille se considère comme une femme. Tendance excessive à paraître, aussi l’affaire actuelle lui donne une immense satisfaction. L... est sûre d’elle-même; aussi absence de crédulité et de suggestibilité. En revanche, caractère impulsif. Les instincts sexuels ne sont pas développés de façon anormale. Pas de masturbation. Refus d’invitation d’onanisme à deux de la part de fillettes. Pas d’érotisme psychique : sa documentation sexuelle est plutôt le fait de ses fréquentations douteuses. Sur ce fond mental déséquilibré, état manifeste de dépression mélancolique. Idées de suicide, jamais aucune tentative.
Une lettre anonyme dénonce à la justice des attentats à la pudeur commis sur la petite L... par plusieurs hommes, en particulier par son père. Cette enfant est appelée à déposer. Elle affirme, sans trouble ni hésitation, la réalité de ces attentats.
Devant le médecin expert, L.. déclare que, à six ans, quand elle était seule, son père la posait sur le lit, déboutonnait son pantalon de fillette et introduisait « quelque chose » entre ses jambes écartées. Cet acte se reproduisait deux fois par semaine. Elle comprit, plus tard, les détails de l’acte commis sur elle par son père. A dix ans ans, elle lui déclara qu’elle « en avait assez », et plus jamais il n’abusa de sa fille. C’est à partir de ce moment qu’elle devint triste et se sentit malheureuse. « Je ne savais plus quoi faire de moi. »