‹ Les enfants anormauxChapitre 10 sur 36 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Bientôt les nouveaux projets de loi sur l’organisation de l’enseignement des anormaux seront votés par les Chambres. Bientôt des écoles vont s’ouvrir un peu partout pour recevoir ces nouveaux élèves ; à la campagne ce seront des internats ; dans les villes des écoles, et, plus souvent, des classes spéciales, encastrées dans les écoles publiques d’enseignement primaire. Il ne restera plus qu’à choisir les anormaux, et à les trier parmi les enfants normaux, avec lesquels ils sont confondus à l’heure actuelle sur les bancs des écoles. Comment devra-t-on faire ce choix, qu’on pourrait appeler, au point de vue médical, un véritable diagnostic?

Pourparlers avec les familles. — Bien que l’instruction des anormaux soit rendue obligatoire par la loi nouvelle, il serait imprudent de se prévaloir uniquement de la force légale pour peser s\ir la volonté des parents. On fera bien de recourir d’abord à la

persuasion. On montrera à ces parents que leurs enfants sont en retard dans leurs études ; les parents du reste, le savent bien. On leur expliquera que les classes de quarante élèves sont trop nombreuses pour les sujets de ce genre, et que le maître n’a pas le temps de s’en occuper. On leur dira que la loinouvelle organise des classes de 10 à 20 élèves au maximum, dans lesquelles on pourra donner un enseignement individuel. Avant d’instruire leur enfant, il faut commencer par lui ouvrir l’intelligence,- en s’occupant de lui avec méthode, avec suite, avec patience. On parlera au cœur de ces parents, et certainement on arrivera à les convaincre, les mères surtout. C’est sur les directeurs d’école et sur les inspecteurs primaires qu’il faut compter pour ces entretiens avec les familles. On n’a pas besoin de leur rappeler que certains mots ne doivent pas être prononcés. Qu’on ne dise jamais aux parents que leur enfant est imbécile, idiot, fou ou simplement anormal. Qu’on leur présente l’entrée de leur fils ou de leur fille dans une école spéciale comme un avantage, ou même une faveur; qu’on n’exige pas de manière trop formelle leur consentement; ce serait leur laisser croire que ce sont eux qui accordent quelque chose, et beaucoup refuseraient. Bref, de la prudence, de la douceur, du cœur, et un peu de diplomatie, voilà ce qu’il faut; et 1 expérience personnelle que nous avons acquise nous a démontré qu’il n’est pas trop difficile de gagner les parents à la cause de l’enseignement spécial ».

1. Il est bien entendu qu’on entre en relation avec les familles

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Composition d’un jury d examen. — Mais il faut maintenant savoir comment se fera l’examen d’entrée des enfants. Le projetde loi l’a réglementé, cet examen ; mais il ne le réglemente qu’au point de vue administratif, en décidant que les examinateurs seront au nombre de trois, un directeur d’école d’anormaux, un inspecteur primaire et un médecin. Sur les opérations auxquelles cette commision doit se livrer, le projet de loi garde un silence absolu.

Lorsque les trois examinateurs se réuniront pour juger le degré d’arriération des enfants qui leur seront présentés, est-ce que l’absence de programme les embarrassera? Nous ne le pensons pas. Toute commission qui a été l’objet d’une nomination régulière, arrive toujours à fonctionner. Le travail se fera donc, plus ou moins empiriquement peut-être, mais il se fera. On demande au jury de trouver des anormaux, soyons certains qu’il en trouvera. Seulement, quelle sera la valeur de cette sélection? Et surtout, comment est-il possible qu’une besogne aussi délicate ne soit pas abandonnée à l’empirisme, et soit rendue exacte et précise? On doit souhaiter que tout au début de la mise en marche il n’y ait pas trop de ratés ; ce serait d’un mauvais effet pour l’institution nouvelle. On fait tort à un normal en l'envoyant à une école spéciale, comme on fait tort à un anormal en le retenant à l’école ordinaire. Autant que possible, il vaut mieux ne pas commettre trop souvent ce genre d’erreurs.

seulement après que les élèves destinés à la classe de perfectionnement ont été choisis.

Et, en outre, il y a un intérêt de premier ordre à sc rendre compte d’avance du point précis où l'erreur ale plus de chances de se produire. Dans toute machine il y a un organe de moindre résistance, qui est à surveiller. Dans toute institution humaine, il y a un détail d’organisation sur lequel se produisent de préférence la fraude et le charlatanisme.

Puisque nous avons surveillé l’organisation de quelques classes d’anormaux et que nous avons pu, par quelques tâtonnements préalables, nous rendre compte de ces dangers, nous nous empressons de les signaler d’avance; nous mettons des bouées sur les écueils à éviter.

Il nous a semblé que le choix des anormaux réclame trois ordres de compétences : des pédagogues, des médecins, des psychologues. Nous allons indiquer quels services ces diverses personnes doivent rendre. Dans ce chapitre nous parlerons uniquement de l’examen pédagogique.

C’est à la pédagogie qu’il appartient de faire le premier triage parmi les enfants des écoles, en désignant ceux qui sont suspects d’arriération. Ce travail incombe en partie aux instituteurs et directeurs d école, et en partie aux inspecteurs primaires ; le rôle des uns et des autres nous paraît facile à définir.

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