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RECRUTER LES ENFANTS SUSPECTS D’ARRIÉRATION

Il ne peut pas être question de faire passer devant une commission d’examen tout le contingent d’une école, afin qu’elle analyse les facultés mentales de 500 élèves Ce travail fastidieux autant qu’inutile prendrait plusieurs mois. On doit employer d’abord une méthode rapide qui décèle simplement les enfants suspects d’arriération ; il suffît qu’il soient suspects ; la commission d’examen, cette sélection une fois faite, ne trouvera devant elle qu’un nombre restreint de candidats, sur lesquels elle pourra concentrer son attention i .

C’est aux directeurs d’écoles primaires et aux instituteurs de reconnaître les enfants suspects d’arriération. Comment s’y prendront-ils ? C’est ce que nous allons exposer.

Un retard scolaire de 3 ans signale un enfant comme suspect d’arriération. — Un enfant entre à l’école primaire publique quand il a six ans environ. Chaque année, il doit monter d’une classe. De six ans à neuf ans, il est dans le cours élémentaire, de neuf ans

\. Nous remarquerons en passant que cette méthode de division du travail est analogue à celle que nous avons préconisée pour l’organisation du carnet sanitaire dans les établissements d’instruction publique. Notre pensée est de simplifier la besogne en chargeant les maîtres de la partie du travail qu'ils ont toute compétence pour exécuter. Voir Le carnet sanitaire des écoliers, par Binet et Simon, Revue scientifique, 26 janvier 1907.

à onze ans, dans le cours moyen; de onze à treize ans, dans le cours supérieur. Tous ne sont pas aussi réguliers : plusieurs sont un peu en avance, plusieurs aussi sont un peu en retard, mais d’ordinaire la majorité se conforme au plan précédent. Lorsqu’une école est bien tenue, lorsque la répartition des élèves dans les classes se fait à l’entrée de chaque élève d’après des épreuves sérieuses et sans trop de complaisance pour les réclamations des parents, le classement qui en résulte est très bon; il n’y a même pas de meilleur moyen de savoir si un enfant est intelligent ou non, que de prendre en considération.son âge et sa classe. L intelligence, cette chose si extraordinairement difficile à juger, s’apprécie avec une exactitude vraiment curieuse par le procédé susdit. Un enfant en retard de deux ans, lorsque les irrégularités de la scolarité, absence pour causes de maladies, etc., n’expliquent point ce retard, a beaucoup de chances d’être moins intelligent qu’un régulier, ou un avancé dansse^ études. Ceci revient à juger une intelligence par le degré d’instruction; et, théoriquement, les esprits méticuleux seront portés à faire bien des objections, dont la principale consiste à remarquer que nous confondons intelligence et mémoire. Mais l’instruction, répondronsnous, ne résulte pas seulement de la mémoire; elle suppose aussi quelque volonté, une certaine facilité de compréhension, des aptitudes diverses, ce qui constitue tout un ensemble de facultés. A un autre point de vue, on peut comparer Pécole à un milieu auquel l’enfant doit s’adapter; sa réussite dans ses études est

L’EXAMEN pédagogique des anormaux d’école 59 le meilleur signe auquel on reconnaît sa facilité d’adaptation au milieu scolaire. Si l’enfant est hors d’état de suivre les classes de son âge, s’il est incapable de tirer de l’enseignement le profit habituel, il prouve ainsi qu’il n’a pas le même degré, la même nature d’intelligence que ses camarades du même milieu; et il y a présomption, sinon démonstration absolue, que son intelligence est inférieure à la moyenne, ou que son caractère est différent.

De ces constatations, que nous avons longuement exposées ailleurs, avec l’appui de preuves précises », il résulte que non seulement le directeur de l’école, mais encore une personne étrangère peut déterminer quels sont les enfants les moins intelligents, les moins bien adaptés de cette école, sans avoir la peine de les

1. Voir en particulier Année psychologique, t. XII, p. 1 ; voir aussi même publication, t. X, p. 116. Les enfants avancés dans leurs études, comparés aux enfants retardés, ont un développement physique meilleur, la tête plus forte, la mémoire plus fidèle, etc. Autrefois, lorsqu’on cherchait à établir une corrélation entre l’intelligence des enfants et leurs autres facultés, physiques et mentales, on employait une méthode toute différente pour trouver les intelligents: on demandait l’appréciation du maître. Cette seconde méthode est tout à fait défectueuse ; elle l’a prouvé d’abord et surtout par ses. résultats, car les corrélations qu’on trouve en remployant sont toujours faibles. D’autre part, en y réfléchissant, il est facile de comprendre qu’un maître, si intelligent qu’il soit, est sujet à une grosse illusion lorsqu’il cherche à juger l’intelligence de ses élèves; il ne tient pas compte de leurs âges, si différents, et il accordera la préférence aux plus âgés. Récemment, nous demandions à un excellent maître quel était l’élève le plus intelligent de sa classe. 11 répondit en désignant un enfant qui était en réalité, vu son âge avancé, en retard de deux ans sur l’instruction des enfants de même âge ; mais, dans la classe où il se trouvait, son âge lui donnait une apparence de supériorité intellectuelle.

interroger tous individuellement. 11 suffit de s’enquérir de leur situation scolaire, et de faire un rapprochement entre cette situation et leur âge:

Il ne s’agit point là d’une appréciation subjective, mais d’une simple constatation d’état de choses. Le seul point sur lequel il faudra être prudent est le calcul des,absences. Le retard scolaire d’un enfant ne prend de l’importance que s’il coïncide avec une scolarité régulière. Aujourd’hui, l’obligation de la scolarité est peu respectée; il y a dans les campagnes des enfants qui ne viennent à l’école qu’à huit ou neuf ans ; on ne s’étonnera pas que ces réfractaires ne sachent pas lire, puisque personne ne leur a appris. Ensuite on tiendra compte des longues maladies. Quand ces insuffisances de scolarité forment un nombre respectable de mois, on les soustraira du total d’années de scolarité, Un enfant qui vient à l’école depuis l’âge de six ans, qui a neuf ans d’âge, et qui a été absent pendant 250 jours environ, doit être considéré au point de vue scolaire comme un enfant de huit ans. Les directeurs d’école n’auront aucune peine à faire ces évaluations. Ils sont là dans leur domaine; et s’il se présente .quelque cas complexe, ils l’auront vite résolu. On se souviendra aussi que le nombre de classes varie selon les écoles, et que certaines classes sont parallèles. On se rappellera enfin qu’un arriéré peut être placé, à raison de son âge, dans une classe trop élevée pour son savoir; ce cas se présente souvent.

On va nous faire une objection, au sujet du rôle de recruteurs que nous assignons aux directeurs d’école

L’examen pédagogique des anormaux d’école 61 et instituteurs. On va nous rappeler qu’il y a deux ans à peine, lorsqu’une statistique des anormaux fut entreprise par enquête, beaucoup de directeurs d’école y répondirent de manière notoirement insuffisante. A Paris même, on vit une école qui accusait 25 p. 100 d’anormaux, tandis que l’école voisine n en signalait pas un seul; cela faisait, selon le mot ironique de M. Bédorez, un pourcentage moyen de 12

D’abord, répondrons-nous, avait-on commis une erreur? Ce n’est pas prouvé, puisque le nombre des anormaux varie énormément d’une école à l’autre. Mais admettons l’erreur, et demandons-nous qui devait en être tenu responsable. Le directeur de l’école avait mal compris ce que les feuilles d’enquête lui avaient expliqué plus mal encore. En effet, nous lisons sur ces feuilles la définition suivante des arriérés : sujets qui sont en état de débilité mentale , ne possédant qu’une intelligence et qu’une responsabilité atténuées ne leur permettant pas d’acquérir — à l’école commune, et par les méthodes habituelles d’enseignement — la moyenne d’instruction primaire que reçoivent les autres élèves. Si on prenait à la lettre cette malencontreuse formule, évidemment une bonne moitié des enfants de France serait anormale, puisqu’elle est forcément au-dessous de la moyenne 1 . Il

1. Il n’y a pas lieu d’insister plus longuement sur la eritique de cette vague formule administrative, puisque les spécialistes, nous entendons les aliénistes, n’ont pas mieux réussi à définir les enfants anormaux. Nous reviendrons avec détails, un peu plus

est nécessaire, si on veut que l’instituteur travaille de manière intelligente, qu’on l’oriente avec plus de précision. Après lui avoir montré qu’en principe l’enfant anormal est celui qui ne s’adapte pas, ou s adapte mal, à la vie scolaire, on remarquera que les degrés de non-adaptation sont en nombre indéfini ; car d est absolument exceptionnel qu’un enfant même anormal ne s’adapte pas du tout et n’apprenne absolument rien à l’école ordinaire. Il reste donc à fixer le degre de retard ou de non-adaptation qui est reconnu nécessaire pour constituer un anormal.

D’après une convention admise en Belgique, et que nous modifions légèrement, le retard pour constituer un arriéré est de deux'ans quand l’enfant n’a pas atteint l’âge de neuf ans, et de trois ans quand l’enfant a dépassé cet âge de neuf ans. Règle très précise facile a appliquer à tous les enfants, avec les corrections indiquées plus haut relativement aux insuffisances

de scolarité qui peuvent devenir une circonstance atténuante; réglé un peu rigide, peut-être, nous en convenons mais qu’il sera toujours possible â’assouphr en analysant de prèsles cas individuels auxquels on aura commencé par en faire l’application Ams! la méthode que nous venons d’indiquer permet de faire une première sélection Cette sélection sera bonne, sans être déBnitive;

bien qu’au pohnïevue^eientîflaue e* ™ e P ratil ï ne aussi «ans, et nous montrerons qu’ilStoutTS qUeSt }° n de définila déflnition de l’idiot, de l’imbécile et du débife°. ^ Prédser

l’examen pédagogique des anormaux d’école 63 elle sera bonne, car elle tire parti d’une longue expérience massive, qui a duré pendant plusieurs années. Pour qu’un enfant soit en retard de trois ans, imaginons ce qu’il faut d'inattention et d’incompréhension ! Pour notre part, nous attachons le plus grand prix à ce témoignage de l’expérience. C’est le point de départ, la donnée primitive; on peut, on doit chercher à l’interpréter, et à la compléter; mais on n’a jamais le droit dé ne pas en tenir compte. Disons même hardiment que si, par un hasard malheureux, d’autres méthodes plus fines se trouvaient en conflit avec celle-là, et concluaient à l’arriération d’un enfant qui s’adapte à la vie scolaire, c’est lepreuve de la vie scolaire qui devrait être considérée comme la plus importante. Comment, en effet, pourrait-on décréter 1 arriération d’un enfant qui réussit dans ses études, qui est un régulier, qui profite de l’enseignement? Aussi nous résumons-nous en disant que nous possédons un procédé très simple, permettant de reconnaître tous les enfants qu’on a droit de suspecter d’arriération intellectuelle : ce procédé consiste à tenir compte du retard des enfants dans leurs études.

Pour reconnaître les enfants instables, la règle est la même. Il faut que le directeur d’école choisisse les enfants qui, par leur caractère indiscipliné n ont pas pu se soumettre au régime ordinaire de l’école, et y ont été une cause perpétuelle de désordre. Tandis que les arriérés ne s’adaptent pas, par déficience d intelliligence, les instables ne s’adaptent pas par incoordi-

nation de caractère. Dans le second cas comme dans le premier, il s’agit donc pareillement d’un défaut d’adaptation; et la meilleure preuve que ce défaut s’est produit chez tel et tel enfant, c’est l’épreuve continuée de plusieurs années, c’est le témoignage de maîtres différents qui se déclarent impuissants, malgré toute leur bonne volonté, à ramener l’enfant récalcitrant à la règle. Seulement, il faut reconnaître que l’appréciation de l’instabilité est bien plus délicate, plus subjective que celle de l’arriération. Celle-ci se traduit par un fait précis et contrôlable, l’insuffisance d’instruction. Au contraire, l’instabilité d’un enfant n’affecte que légèrement son intelligence et ses succès dans les études ; elle se traduit au dehors surtout par les plaintes des maîtres. Et ceux-ci, pour tout dire, peuvent être portés à abuser un peu du reproche d’instabilité, principalement s’ils y trouvent un moyen de se débarrasser d’enfants qui n’ont pas leur sympathie. Nous verrons un peu plus loin, quand nous parlerons du rôle de l’inspecteur, comment celui-ci doit contrôler les assertions des directeurs d’école.

Répartition de l’effectif d’une école. — Pour réaliser administrativement le principe que nous venons , 6 ormu ^ er î on fait passer une circulaire dans les eco.es, demandant aux directeurs de dresser, d’après un tableau dont on leur fournira le modèle en blanc, istribution des enfants par âge dans chaque classe.

' 6 travai1 est facile > et on doit l’exiger dans un temps

l’examen pédagogique des anormaux D’ÉCOLE 6b maximum de 8 jours, comme nous avons pu nous en assurer ; dans çe délai, 20 écoles primaires de Paris nous ont fourni les relevés que nous leur demandions, par l’intermédiaire de leurs inspecteurs primaires. Nous donnons un de ces relevés, que nous allons étudier rapidement en n’insistant que sur les détails nécessaires.

On demande donc que, sur le tableau, dont on fournit un modèle en blanc, le directeur porte le nombre des enfants qui, au I er octobre, c’est-à-dire le jour de la rentrée des classes, avaient de tel à tel âge, par exemple de six à sept ans. Rappelons-nous, d’autre part, que les âges normaux pour les cours sont les suivants :

Cours préparatoire (ou classe enfantine), de six à sept ans ;

Cours élémentaire 1 re année , de sept à huit ans ;

Cours élémentaire 2 e année, de huit à neuf ans;

Cours moyen 1 re année , de neuf à dix ans ;

Cours moyen 2 e année , de dix à onze ans ;

Cours supérieur l re année , de onze à douze ans;

Cours supérieur 2 e année , de douze à treize ans.

Ainsi, les réguliers du cours préparatoire ou classe enfantine ont de six à sept ans. D’après le tableau, on demande de faire figurer sur la première colonne de gauche ceux qui, à la rentrée, avaient de six à sept ans ;

École de garçons de la rue Grange-aux-Belles.

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