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En effet, si tous les enfants étaient réguliers, ils devraient se diviser par parts égales entre les colonnes de huit à neuf ans et de neuf à dix ans, puisque, ainsi que nous l’avons expliqué, ceux de cette première colonne ont une moyenne d’avance de six mois et ceux de la seconde une moyenne de retard de six mois. Or, la distribution est toute différente. La majorité est située entre les deux colonnes de neuf à dix et de dix à onze ans, ce qui constitue une moyenne de retard d’un an. Nous ignorons si ce fait que nous relevons sur 7 écoles primaires prises sans choix intentionnel est général ou résulte d’une combinaison de chiffres due au hasard. Nous inclinons pourtant vers la première solution, et nous admettons jusqu’à preuve contraire que la majorité des enfants dans le cours moyen a près d’un an de retard par rapport aux prévisions des programmes. Ce cours moyen est pris là comme un exemple. Des calculs faits sur la répartition des âges dans lés autres cours nous ont donné des résultats équivalents.
tableaux de chiffres. Rien n’est plus simple si on suit les règles que nous avons posées. Revenons à notre tableau de répartition d’effectif. On tiendra pour suspects d’arriération les enfants inscrits aux colonnes 4 et suivantes, à partir de la gauche, pour le cours préparatoire; aux colonnes 6 et suivantes, pour le cours élémentaire, l r0 année ; aux colonnes 7 et suivantes, pour le cours élémentaire 2 e année; aux colonnes 8 et suivantes; pour le cours moyen l re année ; aux colonnes 9 et suivantes, pour le cours moyen 2 e année. Qu’on veuille bien faire le calcul du retard impliqué par les colonnes que nous désignons et on verra que ce retard est, au-dessous de neuf ans, égal à plus de deux ans ; et au-dessus de neuf ans, égal à plus de trois ans.
Le nombre des enfants suspects d’arriération qu’on obtient par ce procédé est extrêmement variable d’une ecole à 1 autre, indépendamment des erreurs que les Directeurs commettent avec une fréquence regrettable. Nous avons trouvé des proportions variant entre 0,20 p. 100 et 10 p. 100 avec tous les intermédiaires représentés. La moyenne de suspects pour 10 écoles de filles, ayant une population de 300 enfants en moyenne, â été de 3,7 p. 100; pour 8 écoles de garçons, situées dans le même milieu et strictement comparables aux précédentes, elle a été un peu plus forte, de 5,35 p. 100. Il est bien entendu que ces chiffres sont provisoires; ils ne correspondent pas à de vrais arriérés, mais à des enfants suspects d’arriération; et, de plus, ils ne comprennent pas les insta-
blés, quand ceux-ci ne sont pas en même temps des arriérés.
Après avoir fait ces relevés, on écrit aux directeurs d’école ou bien on les convoque pour leur demander les noms de ces retardés, et divers autres renseignements qui sont utiles pour les opérations d’admission.
Çes renseignements porteront sur trois points principaux :
1° Indiquer les noms, prénoms, date de naissance des enfants retardés (de deux ans ou trois ans suivant les distinctions formulées plus haut), et indiquer aussi si ce retard s’explique par un défaut de scolarité ou par un défaut d’application ou d’intelligence de l’enfant.
2° Signaler les enfants qui, ne rentrant pas dans la catégorie précédente des retardés, semblent cependant être des anormaux bien caractérisés.
3° Signaler aussi les enfants instables, jugés rebelles à toute discipline, d’après l’opinion de plusieurs maîtres les ayant eus dans leur classe.
Nous avons reçu déjà de telles réponses, elles nous ont paru instructives, elles débordent même l’étude des anormaux, et pourraient jeter quelque lumière sur la psychologie de ce qu’on appelle vulgairement les cancres. En général, les retardés le sont pour cause de maladies, ou d’infirmités, ou de faiblesse maladive; on indique cependant des enfants de parents nomades, d’autres que les parents s’abstiennent d’envoyer à l’école, d’autres qui ont fréquenté
une école congréganiste et y ont peu appris en dehors de la couture et de l’écriture, d’autres qui ont trop souvent changé d’école, d’autres qui viennent de la campagne, d’autres aussi qui sont de nationalité étrangère et comprennent mal le français, d’autres enfin qui ont été retardés dans leurs études par une myopie non reconnue. Ce sont là des causes extrinsèques à l’enfant. Les raisons de retard qui lui sont personnelles sont son défaut d’intelligence, ou sa lenteur d’esprit, ou son indiscipline, son caractère bizarre et irritable, son état continuel de distraction, et enfin sa paresse.
Le dépouillement complet et méthodique des documents relatifs à 223 enfants retardés dé trois ans nous a montré un certain nombre de faits intéressants. Il est très rare que la cause du retard soit unique; en général, on incrimine plusieurs causes agissant simultanément; la faiblesse d’intelligence, compliquée de maladies, est signalée dans 20 p. 100 des cas; l’insuffisance de scolarité (due à d’autres causes que la maladie), compliquée de faiblesse d’intelligence, se rencontre dans 2o p. 100 des cas. Si, sans tenir compte de ces associations de causes, on calcule simplement la fréquence avec laquelle l’une quelconque des raisons du retard est invoquée, on arrive aux proportions suivantes :
Faiblesse d’intelligence..
Insuffisance de scolarité (sans maladie)*.-*.
Maladie.
Défaut d’application, paresse.
l’examen pédagogique des anormaux d’école 71 Si on admet, ce qui est une hypothèse, évidemment, que la fréquence d’action d’un de ces quatre facteurs principaux mesure sa puissance d’action, on conclura que la paresse explique bien rarement un retard scolaire aussi considérable que celui de trois ans, et que le facteur le plus important est sans contredit la faiblesse d’intelligence. Nous aurions cru que les instituteurs allaient invoquer bien plus souvent la raison banale du défaut d application ; il n en a rien été, et ces résultats confirment de manière fort inattendue la convention d’après laquelle tout retard de trois ans doit faire suspecter une intelligence faible.
Il est intéressant de savoir si quelques enfants réellement arriérés de l’intelligence échappent à la révélation fournie par les tableaux de répartition de l’effectif. Nous avons posé cette question par écrit aux directeurs et directrices d’écoles, et ils nous ont signalé 15 enfants, soit 6 p. 100, qui en effet leur semblent bien être des arriérés de l’intelligence, mais n’ont point de retard scolaire de trois ans. Vérification faite, les directeurs ont commis là plusieurs erreurs; et le seul résidu d’arriérés qui ait échappé à notre recensement est représenté par trois sujets auxquels il manque un mois, ou quelques semaines pour avoir atteint pleinement le retard de trois ans : ils sont donc sur la frontière, et ces cas exceptionnels se présentent toujours lorsqu’on établit une limite précise ; il n’y r a pas lieu de s’en inquiéter.
Directeurs et Instituteurs hostiles. — Il est important de remarquer que les procédés de sélection que nous venons d’indiquer peuvent être utilisés sans le concours des directeurs d’école. En effet, il faut tout prévoir, même l’hostilité du personnel scolaire. Il se peut qu’un directeur qui a un anormal dans son école s’abstienne de le signaler. Ce directeur est un indifférent, qui ne croit pas à l’utilité de l’enseignement spécial \ ou qui tout simplement se plaît à 1 inactivité; c’est un timoré, qui craint d’avoir des affaires, ou qui redoute des récriminations de parents au caractère difficile, derrière lesquels il entrevoit la silhouette hostile de quelque conseiller municipal ou de quelque journaliste 2 . Enfin, ce peut être un ignorant, mais ignorant de premier ordre, qui s’imagine encore que, pour être un anormal, un enfant doit avoir de l’incontinence d’urine ou une tête en pain de sucre. JNous avons déjà rencontré quelques personnalités de ce genre. Le type sceptique est le plus fréquent. Nous nous rappelons un directeur d’école qui, enquêté par nous, nous répondit avec une irritante tranquillité :
« J ai oOO éleves dans mon école. Je suis persuadé qu aucun d’eux n’est anormal. Vous êtes d’un avis contraire. Mon école vous est ouverte. Cherchez! » et il ajoutait avec un sourire sceptique : « Le médecin
l’écôkHpremière^ eid “ Bel ^. ^ directeur de dée, est dè^nu^nous a-t-cui assuré'li’advp^ spécial qui ait été fon- 2. On a vu des inspecteurs nrima^I! lr ^ de C6t enSeignement ‘ devant des instituteurs : « Si i’ava^ dl , S ^ ent ouv ertement
n’en soufflerais pas mot! » J Q anormal dans mon école, je
l’examen pédagogique des anormaux d’école 73 de l’école et moi nous serons très curieux de savoir comment vous mènerez votre enquête ». En réalité la proportion d’anormaux que renfermait son école était normale; il y en avait environ % p. 100.
De même lorsque la Commission ministérielle a prescrit le recensement des anormaux, nous avons constaté sur les feuilles de la statistique que nous avons eues entre les mains, que des villes entières, et aussi importantes que Fontainebleau, ont répondu : « Néant »,: alors que nous savons pertinemment, par enquête personnelle, que cette réponse est fausse.
L’abstention systématique du directeur d’école s’est donc présentée déjà; et certainement, elle se présentera encore, même quand la loi sera en plein fonctionnement. Sans doute, des idées meilleures s’établiront, et les résistances deviendront moindres. Mais elles ne seront jamais égales à zéro. Nous venons de voir comment on pourra passer outre quand elles se rencontreront.
On pourra passer outre, pour connaître les enfants retardés; mais les enfants anormaux quoique non retardés, les enfants instables échapperont peutêtre, à moins que l’inspecteur primaire ne fasse une visite dans l’école et, connaissant les dispositions du directeur, ne prenne la précaution d’interroger les instituteurs adjoints sur les enfants de leur classe qui leur donnent le plus de mal au point de vue discipline. En général les maîtres ont intérêt à signaler ces élèves, pour qu’on les en débar¬
rasse.