INTERPRÉTER, CONTROLER, JUGER
L’inspecteur primaire doit représenter, dans l’examen pédagogique, une force de contrôle. C’est lui qui met en œuvre les documents fournis par l’instituteur; c’est lui qui interprète ces documents, et fixe leur valeur véritable.
On travaille mieux quand on se sent sous la menace d’un contrôle. Les directeurs d’école mettront encore plus de soin dans le recrutement des anormaux, s’ils savent que tous leurs candidats seront examinés par une personne qui a une compétence de la même valeur que la leur, mais plus élevée en hiérarchie. L inspecteur primaire, qui généralement connaît bien son personnel, verra du premier coup d’œil ce qu’il doit penser des renseignements qu’on lui apporte. Il sait que ce maître-ci est trop sévère, celui-là trop indulgent ; on doit calmer les zélés, stimuler les inertes, ranimer le courage des déprimés. Quand il s’agit d apprécier l’instabilité d’un enfant, il est essentiel de connaître le caractère de celui qui juge l’enfant. D excellents maîtres n’arrivent pas à prendre sur un de leurs élèves l’ascendant nécessaire, soit parce qu’ils montrent de la douceur là où il faudrait de la sévérité, soit parce qu’ils indisposent par une brusquerie ou une sévérité excessives des tempéraments qui ont besoin d’être ménagés. L’inspecteur arrivera à mettre toutes choses au point; et facilement, parce
L’examen pédagogique des anormaux d’école 75 que c’est son habitude, son métier, il donnera aux faits qu’on lui apporte l’interprétation juste.
Appréciation des insuffisances de scolarité. — Le travail de l’inspecteur commencera, croyonsnous par l’examen des renseignements donnés sur les enfants retardés. Il verra, d’après les. notices qui lui sont envoyées, quels sont ceux de ces enfants dont le retard doit être mis sur le compte d’une scolarité irrégulière, quels sont ceux aussi chez lesquels on est en droit de soupçonner de l’arriération intellectuelle ou de l’instabilité. Il fera donc une première sélection. C’est affaire de coup d’œil, d’habitude et de bon sens.
Voici quelques exemples de notices qui appellent des réflexions :
G. Renée, enfant de treize ans, est du cours moyen 2 e année, donc elle a trois ans de retard scolaire. L explication que la directrice donne de ce retard est la suivant : « Avait une ophtalmie contagieuse; n a ete reçue a l’école qu’à dix ans. Intelligence médiocre. » Si le renseignement est exact, on ne s’étonnera pas qu’en trois ans cette enfant n’ait pas franchi plus de 4 à 5 degres de scolarité.
Citons encore d’autres exemples où il semble bien que le retard scolaire est excusé par des causes extrinsèques à l’enfant.
Suzanne M..-, douze ans et demi (2 ans de retard scolaire). Toujours très maladive, s’absente fréquemment; intelligence moyenne normale.
Yvonne D..., dix ans et demi (2 ans de retard). A vécu longtemps sur un bateau, sans aller à l’école; intelligence moyenne, très appliquée.
Eugénie V..., onze ans et demi (3 ans de retard) Elevée chez les religieuses jusqu’en octobre dernier; intelligence peu développée, lente à saisir; écrit et coud assez bien • difficultés pour l’orthographe.
Suzanne B..., onze ans et demi-(2 ans de retard). Enfant intelligente et appliquée, a fait de nombreux voyages avec ses parents, et est restée ensuite dans un petit pensionnat Alecole depuis octobre, elle y a fait de grands progrès.
Anna E..., onze ans et demi (2 ans de retard). Originaire de la Suisse allemande, a été élevée en Angleterre et n habite Paris que depuis un an et demi ’
G^maine G dix ans (3 ans de retard). Fréquente 1 école depuis 1903. Enfant très myope. C’est dans le cou- 'J Q f e dermère seulement qu’on s’est aperçu que ce defaut de la vue l’empêchait d’apprendre à lire. Depuis qu elle porte des lunettes, elle fait des progrès notables.
Marguerite L dix ans (2 ans de retard). Cette enfant a mal aux yeux. Elle a été opérée plusieurs fois.
Sans avoir la prétention de donner une opinion juste et définitive sur les cas précédents, on peut supposer que le retard scolaire est dû à la maladie, ou à une fréquentation irrégulière de l'école. Si c’est nécessaire, on serrera la question de plus près, par une enquete spéciale dans les autres écoles fréquentées par leleve.ou bien on demanderai l'école où elle est le nombre exact des jours d’absence.
Dans d'autres cas, il semble bien que c'est l'intelli- Ctons ‘ qui eStla «^principale du retard.
régulièrement Mnimelîfgente'^et ’imressêuse^ UeD ’ e médiocre. en ortilo gi , apûe ; intelligence
l’examen pédagogique des anormaux d’école 17 Marie R... (2 ans de retard). Intelligence très médioere,
inattentive, progrès très lents.
Blanche.S... (3 ans de retard). Intelligence très au-dessous de la moyenne. Montre un peu d’aptitude pour la couture et le calcul; mais très en retard pour le reste; incapable de formuler une réponse demandant bon sens et réflexion.
Jeanne B... (2 ans de retard). Intelligence plus que médiocre ; aucune réponse prouvant un peu de bon sens.
Après avoir lu ces notices, s’être fait une opinion à leur sujet et recueilli au besoin des renseignements nouveaux sur la scolarité des. enfants, sur les méthodes d’enseignement qui leur ont été appliquées, l’inspecteur primaire, fera son choix 1 . Il décidera quels sont les enfants qui doivent être examinés, et il les fera appeler.
Il est entendu que maintenant l’enfant doit se présenter, et que c’est en l’interrogeant que l’inspecteur se fera une idée de son niveau mental. Cet interrogatoire est tout à fait important. On doit regarder l’enfant, le faire causer, suivre ses jeux de physionomie, examiner ses traits : on reçoit ainsi une impression
1. Nous savons assez, par expérience personnelle, qu’il faut être un peu exigeant pour obtenir de quelques directeurs d école des renseignements précis. Les directeurs ont une tendance fâcheuse à dire sommairement : « Scolarité régulière ou irrégulière », au lieu de rechercher dans leurs registres le nombre exact des absences. L’inspecteur primaire exigera qu’on lui fournisse ce nombre exact. La question se complique lorsque l’enfant a fréquenté plusieurs écoles. Si ce sont des écoles publiques, on peut leur adresser une demande de renseignement. Mais si ce sont des écoles privées, comment se rendre compte de 1 assiduité des élèves à les fréquenter, et surtout de la valeur des méthodes d’enseignement qui y sont èn usage?
vivante qui trompe rarement un œil exercé. On le fera même un peu causer sur des sujets quelconques : par exemple, la profession des parents... Après ces préliminaires commence l’examen proprement dit • il est double, examen d’instruction et examen d’intelligence.