‹ Les enfants anormauxChapitre 32 sur 36 · MO · texte numérisé non relu

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Voici ce que ce tableau signifie : si l’on mesure cent enfants d’école primaire on n’en trouve qu un petit nombre (à peine 10 p. 100) dont les mesures soient inférieures à celles indiquées ici ; si 1 on mesure au contraire des idiots et imbéciles, la proportion de ces mesures inférieures augmente, dépasse 25 p. 100. Sur 120 normaux nous n’en avons trouvé

d’autre part aucun qui fût au-dessous de ces fron

r e \™Y deux mesures à Ia fois ’ tandis que

w p. 100 d anormaux étaient dans ce cas. Certaines dimensions prennent ainsi des significations précises non definitives sans doute pour un jugement sans appel sur un sujet donné, mais cependant nettement présomptives.

Les stigmates de dégénérescence. — Chacun a entendu parler des malformations physiques, qu’on appelle les stigmates de dégénérescence. Il y en a de très grossières, très apparentes, comme un doigt à la main, ou un bec-de-lièvre, ou ces déformations de la tête avec ou sans changement de volume qui s’appellent la plagiocéphalie \crâne oblique ovalarne) la scaphocéphalie (crâne en carène), etc.

au res stigmates sont moins apparents : formes bizarres du pavillon de l’oreille, implantation vicieuse des cheveux, des dents, altérations de l’œil, etc. uelques médecins, pas tous, sont dressés à l’étude e ces divers stigmates. Mais du moins les directeurs eco e, les instituteurs, n’en connaissent eux-mêmes que ce que la vulgarisation médicale si répandue à otre époque a pu leur permettre d’en connaître. Éviemment, ce n est pas à eux de les relever, encore qu aucun diplôme d État n’e puisse les empêcher de S a ^duer à le faire si tel est leur bon plaisir. Point exercice illégal. Tout au plus s’exposeront-ils avantage au risque d’interprétations erronées par gnorance grave du mode de production de ces stig-^ mates, et l’ignorance des médecins est encore grande

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à ce sujet 1 . La constatation des stigmates, leur énumération, leur description appartiennent donc, de préférence au moins, au médecin. Dieu nous garde

de vouloir l’en déposséder!

Mais quel service peut rendre leur relevé dans la question qui nous occupe, à savoir si tel enfant doit ou non être reçu dans une classe d’anormaux?

C’est une opinion, nous le savons, fort répandue, surtout parmi les instituteurs et les gens du monde, souvenir hérité aussi des fameuses doctrines de Gall, que des stigmates physiques sont les signes d’un caractère original et que le possesseur d une certaine forme de tête est certainement arriéré : « J’ai conduit mon garçon, nous disait une brave mère de famille, à la consultation de M. le D r P... parce qu’il n’apprend rien en classe, se fait renvoyer de toutes les écoles où je le place, est insupportable à la maison, etc. Le docteur lui a palpé la tête de çà et de là. Il a bien vu que mon garçon avait quelque chose de spécial. » Ne nous moquons pas trop de cette mère. Beaucoup de gens très intelligents pensent comme elle sans être aussi naïfs dans leur langage. Du moment qu’on leur présente des enfants anor-

1. Rabaud fait, par exemple, remarquer (Les états pathologiques et les états tératologiques, Bulletin de la Société philomathique de Paris, 9 e série, t. IV, n° 2) combien il est illégitime de considérer tous les stigmates indistinctement comme indiquant indirectemen une mauvaise organisation du système nerveux. Un enfant .peut très bien avoir une main en pince de homard sans a era 1011 ®

sa moelle. C’est là le résultat d’un processus local du fœtus et qui n’a, par suite, pas plus de signification quant a 1 état de ses centres, nerveux que n’en aurait chez l’adulte une fracture de jambe.

maux, ils s'attendent à trouver dans la physionomie de ces enfants quelque chose de spécial, de laid, de pathologique. Et bien des médecins, disons-le franchement, sont aussi naïfs, et, ce qui est plus grave, se laissent influencer par des suggestions inconscientes. Si l’on prévient un médecin, comme le faisait notre brave femme de tout à l’heure, que tel enfant est anormal, le médecin n’aura pas de peine en général à démontrer qu’zï doit l'être. Qui n’a pas ses stigmates? Aucun de nous n’est taillé sur le modèle de l’homme schématique. On découvrira toujours quelque détail anatomique qui viendra à l’appui de l’opinion préconçue qu’on s’est faite. Mais le même médecin qui, voyant un enfant anormal avec des lobules adhérents dira qu’on devait s’y attendre, changera brusquement d’avis quand il découvrira un tourbillon de cheveux frontal chez un autre qui lui sera présenté comme normal et refusera d’attacher à ce fait une importance quelconque.

En réalité, ces questions n’ayant pas encore été étudiées comme elles doivent l’être, par une comparaison sans parti pris des enfants anormaux avec des normaux de même âge et de même milieu, nous ne savons pas au juste comment il faut interpréter les stigmates ; nous ne pouvons que suggérer quelques conclusions provisoires.

La première de ces conclusions est que l’absence ou la présence d’un stigmate défini n’a point de valeur précise pour l’individu qui en est porteur;

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car, d’une part, on rencontre bien des sortes de malformations chez des normaux avérés, et, d’autre part, certains anormaux authentiques sont conformés normalement. Le stigmate n’a donc jamais la valeur d’un signe pathognomonique, comme le râle crépitant dans la pneumonie, ou l’amnésie localisée dans l’épilepsie. Mais si on oppose un groupe de normaux à un groupe d’anormaux, le total des stigmates par groupe sera plus fort dans le second; et de plus, la multiplicité des stigmates chez un même individu constitue une probabilité pour que cet individu soit un anormal. Voici quelques faits qui appuient ces deux propositions.

Récemment, ayant pratiqué sur 58 enfants d’école un examen rapide de la tête, nous en avons remarqué 18 qui avaient chacun quelque stigmate, notamment une configuration spéciale de l’oreille (pavillon très écarté du crâne, conques traversées par la racine de l’hélix, oreilles mal ourlées, etc.). On trouve donc des stigmates chez des enfants de niveau scolaire moyen.

Mais de ces 58 enfants auxquels nous venons de faire allusion, un seul réunissait 4 malformations céphaliques : déformations auriculaires, strabisme, prognathisme, et scaphocéphalie légère; les autres en présentaient au maximum 2. Le premier seul est un anormal certain.

Chez neuf enfants d’une classe d’anormaux soumis à la même recherche nous voyons, d’autre part, qu’un seul n’a qu’un stigmate, un autre en a 2, quatre en

ont 3, trois en ont 3. Un de ces trois derniers a un degré très marqué d’arriération ; un autre n’est pas moins accentué au point de vue de l’instabilité. Comparons donc nos deux groupes, l’ün de 58 enfants moyens, l’autre de 9 anormaux, et groupe à groupe la différence est bien nette. Les stigmates sont habituellement plus nombreux quand les enfants ont un état mental défectueux. L’existence de stigmates est une présomption dans ce dernier sens et cette présomption est d’autant plus forte que les stigmates s’accumulent davantage.

Si nous regardons quels sont chez nos anormaux les stigmates le plus souvent rencontrés nous voyons que l’asymétrie de la face: est presque constante, mais nous l’avons rencontrée aussi chez des enfants normaux; les malformations de l’oreille viennent ensuite. Et nous sommes surtout frappés par la fréquence de de la blésité : 3 fois sur 9 anormaux ; tandis que nous n en avons rencontré aucun exemple sur 58 enfants d’école pris au hasard.

Voilà donc une vérité dégroupé qui est intéressante au point de vue scientifique. Mais peut-on en faire état pour le diagnostic individuel? C’est bien plus délicat; car si on peut poser cette règle générale que les anormaux (nous ne parlons ici que des garçons) ont plus de stigmates que les normaux, cette règle souffre des exceptions importantes.

Un de nos anormaux ne présentait qu’un stigmate, un autre n en présentait que deux, et il s’agissait dans ces deux cas des anomalies les plus banales : asymétrie

l’examen médical des anormaux légère de la face et oreilles très détachées. Des enfants à stigmates peu nombreux et peu accusés (bien qu’on constate le plus souvent ces stigmates sans les mensurer) peuvent donc n’être pas d’intelligence normale.

11 en est de même quelquefois d’enfants sans stigmate aucun.

D’où cette conclusion que la considération des stigmates peut entrer dans la balance, comme circonstance soit atténuante, soit aggravante de l’examen, mais ne doit jamais, à elle seule, servir de base à un diagnostic.

L'expression de la physionomie. — A côté des stigmates nous devons signaler une autre particularité physique qui s’en rapproche beaucoup à certains égards. Des études méthodiques faites au moyen d’une soixantaine de photographies d’enfants normaux et anormaux, photographies prises par M. Bertillon dans des conditions comparables pour tous, ces études, disons-nous, nous ont montré qu’un instituteur intelligent ne se trompe guère sur la valeur de toutes ces physionomies; elles ont beau être figées par l’objectif, elles n’en restent pas moins vivantes et parlantes pour celui qui a l’habitude de regarder les enfants. En effet, nous avons demandé à différents instituteurs d’étudier ces portraits et de se prononcer sur la mentalité qu’ils révèlent. Des erreurs se sont produites, il était même certain d’avance qu elles se produiraient ; mais les appréciations exactes ont constamment été en majorité, et quelques instituteurs ont fait preuve d’un talent d’observation vraiment remar-

quable ; ils ne se sont pour ainsi dire jamais trompés «. Soit dit en passant, il s’est trouvé dans notre liste d’expérimentateurs, et mêlés aux instituteurs, quelques médecins ; ils sont loin d’avoir donné des résultats brillants ; leur pourcentage ne vaut pas celui des maîtres d’école. Cette différence d’habileté, qui étonnera peut-être au premier abord, nous rappelle l’anecdote suivante. Un jour, dans une commission, nous avons jeté sur le tapis vert une collection de photographies d’enfants, précisément celle qui nous a servi pour nos expériences méthodiques. On fut intrigué, chacun regardait les portraits, donnait son opinion. Par malice on voulut connaître l’avis d’un médecin aliéniste qui siégeait à la commission ; il se trompa aussi souvent que ses collègues les plus ignorants de la médecine.

Il nous semble, et les faits précédents nous donnent raison, que les stigmates ne sont qu’une partie de ce tout si compliqué qui constitue une physionomie; il y a dans une physionomie bien autre chose, l’expression surtout, vive ou lente, forte ou faible, intelligente ou dépourvue d’intelligence ; il y a la finesse ou la grossièreté dès traits, la beauté ou la laideur'du visage, le caractère normal, c’est-à-dire ordinaire, usuel, de l’ensemble, ou son caractère insolite. Tout cela constitue un ensemble que l’œil n’analyse pas, mais qu’on juge en bloc, d’instinct, sans faire la part de chacun des éléments, et surtout sans pouvoir donner des raisons

1. Pour l’étude complète de cette question, très bien étudiée par Mme Rousson, voir Année psychologique, La pédagogie scientifique, t. XII, 1906, p, 271.

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valables de son jugement. Pourra-t-on un jour analyser dissocier, décrire tous ces éléments si divers. Nous l'ignorons. Pour le moment, nous croyons que tout examinateur, en fait, se laisse influencer par « la tête » du candidat, et que cette impression injustifiable n’est pas entièrement dépourvue de valeur.

Résumons donc ce qui a trait à l’examen somatique : il existe entre le niveau intellectuel d’un sujet et son état de développement physique une corrélation réelle ; nous commençons actuellement à la connaître avec précision ; mais elle est malheureusement faible. En ce qui concerne les stigmates, le travail est loin d’être aussi avancé; aucun pourcentage ne nous indique la valeur de probabilité qui revient à chacun ni à leur combinaison. Reste l’aspect général

dont la signification paraît indubitable mais qui jusqu’à présent est trop dépendante de l’appréciation individuelle pour être utilisée. Remarquons d’ailleurs que ces relations entre le mental et le physique paraissent d’autant plus significatives qu’il s’agit d’états mentaux plus inférieurs ; or, à l’école c’est le débile qui constitue le nombre, c’est lui qu il faut reconnaître bien plus souvent que l’idiot ou 1 imbécile; l’importance de l’examen anatomique en est diminuée d’autant. Nous sommes donc autorisé à con¬

clure par la règle pratique suivante : l’étude anatomique ne peut en aucun cas dispenser de l’examen direct de l’intelligence. L’utilité de l’anthropométrie, des stigmates, de l’aspect physique pour découvrir dans une école les arriérés et les instables ne doit

venir qu’en second lieu. A défaut d’un recours possible à l’instituteur ces notions pourraient et devraient servir. Mais le plus souvent, grâce au concours de l’instituteur, on a mieux. Elles pourraient seulement incliner dans le sens de l’arriération pour les cas qui sont sur la limite. Leur rôle principal n’est pas d’aider à choisir les enfants pour classes d’anormaux; elles ont une signification toute différente que nous dirons tout à l’heure.

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