CHAPITRE III
Enfants arriérés et Enfants épileptiques.
Les investigations non officielles relatées dans le précédent chapitre, ayant attiré ^attention publique sur Fexistence d’un nombre considérable d’enfants incapables de recevoir l’éducation ordinaire, le Lord President of Council (comme chef du Département de l'Instruction publique) désigna, en décembre 1896, un Comité départemental chargé d’étudier les systèmes existant pour F éducation des enfants défectueux au point de vue mental, non idiots ou imbéciles. On le chargea de se renseigner « sur les meilleurs moyens pratiques pour distinguer les enfants défectueux au point de vue mental, en éducables et non-éducables ; puis pour distinguer, des enfants éducables dans les classes élémentaires ordinaires par les méthodes ordinaires, ceux qui doivent être éduqués dans des classes spéciales, » et aussi d’aviser aux moyens de donner l’éducation élémentaire aux enfants épileptiques.
Le Comité se composait du Rév. T. W. Sharpe, C. B. , alors Her Majesty’s Senior Chief Inspector of Schools ; de MM. Pooley et Newton, du Départe-
ment de FInstruction ; de Mme Burgwin et de Miss Douglas Townsend; du professeur W. Smith et du Dr Shuttleworth ; M, H.W. Orange remplissait les fonctions de secrétaire.
Le Comité, sous la présidence de M, Sharpe, tint 28 réunions et examina 46 mémoires, parmi lesquels nous trouvons les noms des Drs Fletcher Beach, W, S. Colman, Ferrier, Harris, Holm, Kerr, Shuttleworth, Tait, Walmsley et Warner. Des renseignements sur Fécole de Darenth furent donnés par le secrétaire du Metropolitan Asylums Board , par le dernier directeur et par la directrice en chef. Les médecins des autres institutions anglaises pour idiots et imbéciles fournirent un mémoire en réponse aux questions qui leur furent envoyées, mais ne vinrent pas déposer. Le Dr Alexander, de Liverpool, fournit aussi un mémoire sur le traitement des épileptiques au Maghull Institution . Parmi les autres se trouvaient sir Douglas Galton, MM. C, S. Loch, Penn Gaskell, Van Praagh, Knollys, du local government board , Rév. Scott Lidgett, Miss F. A. Cooper, Miss Sewell et Miss Margaret Hodge. Des renseignements complets sur les classes spéciales existant alors à Londres, Leicester, Bradford, Brighton et Bristol furent fournis par Finspection personnelle, par écrit et de vive voix par les directeurs et les instituteurs y attachés. Plusieurs inspecteurs de Sa Majesté exposèrent leurs idées sur ces classes.
Enfants arriérés et Enfants épileptiques.
Les questions discutées dans îe Rapport comprenaient la terminologie, F examen et le nombre des enfants soumis à l’enquête et l’état de la loi intéressant ceux-ci. Des propositions sont soumises pour les distinctions à faire parmi les enfants défectueux ; on examine les procédés actuels employés pour ces enfants et on note des changements à apporter. Les cas de défectuosité physique et ceux des enfants épileptiques sont aussi envisagés.
Il est à remarquer que le terme feeble-minded (employé dans les instructions données au Comité) pouvait être appliqué à toutes les classes d’enfants^ défectueux au point de vue mental, y compris les imbéciles. Or les idiots et les imbéciles sont expressément exclus de la discussion, « le terme feeble-minded qualifiera donc simplement les enfants qui ne sont pas imbéciles, mais qui, toutefois, ne peuvent pas être éduqués dans les classes élémentaires par les méthodes ordinaires » .
Le Comité estime approximativement à i % de la population d’école le nombre de ces enfants. Il est tenu compte dans cette proportion des expériences faites dans les classes auxiliaires allemandes, des observations du Dr Warner à Londres et du Dr Kerr à Bradford, des dépositions des directeurs de certains établissements provinciaux d’enseignement spécial et des enquêtes locales faites par plusieurs inspecteurs.
Relativement à la loi concernant les enfants
défectueux au point de vue mental, il est signalé que « si les enfants ne sont pas légalement soignés comme idiots ou imbéciles, ils se trouvent dans la même situation que. n importe quels autres enfants pendant le temps qu'ils passent à l’école ». Ils sont soumis aux mêmes lois et règlements relatifs à la vie scolaire; on ne peut donc pas les forcer, à cause de leur arriération mentale, à fréquenter les classes spéciales plutôt que celles d’une école ordinaire.
La loi concernant les imbéciles est brièvement examinée au point de vue des obligations des autorités scolaires vis-à-vis des enfants mentalement défectueux. Les ressources publiques pour l’éducation des imbéciles dans les asiles étant très insuffisantes, il y a une tendance à envoyer ces enfants dans des classes spéciales, et il est important que la limite entre l’imbécile et l’arriéré simple soit bien marquée afin d’exclure de ces classes des enfants trop défectueux pour y recevoir l'enseignement. Il existe une différence essentielle entre les méthodes d’éducation suivies dans les institutions pour imbéciles et celles qu’on emploie dans les écoles élémentaires.
Envisageant la distinction qu’il y a à faire entre les feeble-minded (arriérés simples) et les « non-éducahles », le Comité recommande aux autorités scolaires de charger un médecin d’examiner tout enfant qui, à cause d’un défaut mental ou physique, ne va pas à l’école (aussi bien que ceux des écoles ordi-
Enfants arriérés et Enfants épileptiques.
naires reconnus incapables par leur professeur de recevoir l'instruction ordinaire), et le certificat délivré doit mentionner si l’ enfant est : i° capable ou 2° incapable de profiter de l'instruction a) dans les écoles ordinaires, b) dans les classes spéciales pour arriérés. S’ils sont incapables d’être éduqués dans ces dernières, le certificat doit être libellé de façon à le rendre valable pour l'admission de l’enfant (si les parents le désirent) dans une institution pour imbéciles.
Classes spéciales pour enfants arriérés» — - Après avoir examiné le mode d’admission dans les classes spéciales, il est recommandé que le médecin reçoive de l’instituteur qui présente l'enfant comme « arriéré » un tableau dûment rempli, contenant un exposé des connaissances de l’enfant; ce tableau est dressé par l'inspecteur, l’instituteur de l'enfant et celui de la classe spéciale, et le médecin doit faire son rapport aux autorités scolaires dans la forme suivante :
Je certifie que A. B..., sans être imbécile, n’est cependant pas capable, à cause d’un défaut i° physique ou 2° mental, de profiter de l’instruction donnée dans les -écoles ordinaires, mais peut recevoir l’instruction dans des classes spéciales.
Dans les cas douteux, il sera fait appel au Département de l’Instruction qui « disposera d’un médecin dont il pourra prendre les conseils. » Il faut aussi qu’il soit fait outre les rapports ordinaires émanant des autorités scolaires, des
rapports médicaux sur les enfants désignés pour l’enseignement spécial, et qu’un examen régulier soit fait tous les ans, dans chaque classe, parle médecin.
Les enfants ne seront pas admis dans les classes spéciales avant 7 ans, l’enseignement des écoles gardiennes étant jugé suffisant jusqu’à cet âge. Mais les enfants pourront être retenus dans les classes après 14 ans, les directeurs d’école ayant pleins pouvoirs de les y retenir jusqu’à 16 ans, sur avis conforme du médecin.
Des règlements ont été élaborés concernant l’instruction des instituteurs des classes spéciales, les heures des leçons et les tableaux-horaires de distribution du travail dans ces classes.
Il est recommandé, chose extrêmement juste, de NE PAS TROP INSISTER SUR LES « THREE R’S (I) )) (LECTURE, ÉCRITURE, CALCUL) ET D’ATTA- CHER UNE GRANDE IMPORTANCE AUX TRAVAUX manuels, si utiles pour les cas d’arriération mentale ; ce travail manuel peut procéder des occupations Frœbel pour les jeunes élèves et de l’instruction technique pour les plus âgés.
Un choix judicieux d’exercices physiques sera fait pour les arriérés ; on aura spécialement égard aux défauts physiques de chaque enfant. Les exercices respiratoires et les mouvements des yeux sont surtout recommandés. Pour les enfants
(1) Reading, wRiting, aRithmetiCo
Enfants arriérés et Enfants épileptiques
arriérés résidant dans les districts où des classes spéciales n’ont pas été établies, les mesures suivantes seront prises : les autorités scolaires ont le pouvoir, si les parents y consentent, de mettre les enfants en pension dans une localité où existe une école d’enseignement spécial; ce sera, par exemple, le cas pour les enfants aveugles et sourds; on ne pourra loger qu’un seul enfant dans une même maison. Dans certains cas, l’enfant devra être mis dans une institution qui ne pourra pas contenir plus de 20 pensionnaires et qui sera réservée à des enfants âgés de moins de 16 ans.
Ces maisons d’éducation seront surtout utiles pour les filles arriérées quittant l’école à quatorze ans et devant être soigneusement préparées au travail dans la société. En ce qui regarde les écoles rurales, il a été prévu que des contributions volontaires venant de l’initiative privée seront autant que possible utilisées pour donner l’éducation spéciale à un ou deux enfants arriérés qui existent dans ces écoles.
Enfants ayant des défauts physiques. — • Ces enfants ne seront admis dans les classes spéciales, que quand le mauvais état de leur santé les rendra incapables de profiter de l’enseignement des écoles ordinaires. Il ne serait pas juste que des enfants normaux fussent éduqués avec des anormaux, uniquement à cause d’un défaut physique.
Enfants épileptiques. — Le nombre des
enfants épileptiques est estimé à i °/00; le sixième de cette proportion est gravement atteint. Les enfants épileptiques d’une intelligence normale seront laissés dans les écoles ordinaires si les attaques ne sont pas trop fréquentes et si de violentes attaques ne se produisent pas en classe. L’instituteur aura reçu des instructions pour le traitement de ces enfants.
Les épileptiques à intelligence inférieure pourront être admis dans les classes spéciales quand la maladie n’est pas trop grave ; dans ces cas, il sera nécessaire que l’enfant ne se rende pas seul de la maison à Fécole. Les épileptiques atteints gravement, qu’ils soient arriérés ou non, devront être placés dans des asiles qui leur seront spécialement destinés. Chacune de ces maisons n’aura qu’un étage et ne renfermera pas plus de 20 pensionnaires, mais il peut y avoir une réunion de ces maisons groupées autour d’un bâtiment d’école, comme dans une colonie.
Il est stipulé que les autorités scolaires pourront créer des maisons de ce genre et subsidier les institutions privées conformes au règlement, Résumé d©s dispositions générales. — Il sera pourvu à l’éducation des enfants arriérés comme il est stipulé dans l’acte de i8g3 pour aveugles et sourds.
Les autorités scolaires devront nommer des médecins chargés de faire la distinction entre les enfants arriérés et les épileptiques, et comme
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corollaire, il faut que le Département de F Instruction, comme autorité supérieure, nomme un médec in dont la fonction sera de renseigner le Département sur toutes choses concernant l’éducation des enfants arriérés et épileptiques et aussi d'inspecter les asiles et les classes spéciales lorsque cela leur sera demandé.
L’ensemble de ces notes comprend 283 pages. Bien qu’on se soit rendu compte de la question financière soulevée par ces innovations, on ne parle pas de ce point dans le Rapport , le Comité ayant été avisé que ce n’était pas à lui à faire des recommandations sur ce chapitre.
Les règlements du Comité départemental ont été réunis dans un acte du Parlement qui a reçu h assentiment royal en août i8qq. L’acte (nommé <c Education élémentaire [Enfants arriérés et épileptiques] acte 1899 ») décrète seulement le fait, mais il donne le moyen aux autorités scolaires d’obtenir des subsides sur les deniers publics pour l’éducation des enfants arriérés et épileptiques soumis à « telles conditions que le Département de l’Éducation peut imposer dans ses ordonnances ».
Le temps d’éducation sera pour ces enfants étendu jusqu’à l’âge de seize ans et des dispositions sont prises pour les mettre en pension si c’est nécessaire, soit dans des familles, soit dans des écoles désignées, et pour leur donner un guide de la maison à l’école. Il est inutile d’examiner ici
les clauses détaillées de ce règlement, mais nous pouvons en mentionner brièvement quelques points qui diffèrent des dispositions prises par le Comité. Il n'est fait aucune recommandation pour la nomination des médecins ni par les autorités scolaires, ni par le Département de l'Instruction, mais il est décrété que pour qu'un enfant soit admis, il sera exigé dans chaque cas un certificat donné par un médecin désigné ou approuvé par le -Département de F Instruction.
Le parents peuvent demander l'examen de leurs enfants pour les faire admettre dans des classes spéciales ou pour les faire transférer dans des classes ordinaires d'écoles élémentaires. Les écoles avec internat sont limitées à quatre bâtiments ; chaque bâtiment ne contiendra pas plus de t 5 enfants (i).
(ï) Cette limitation a été abolie par une législation plus récente.
Enseignemen i spècial .