‹ Les enfants anormaux au point de vue mentalChapitre 24 sur 34 · CHAPITRE VL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VL

Étiologie, Diagnostic et Pronostic.

L’étiologie clés cas cle défectuosité mentale comporte, au point de vue clinique, les différents facteurs qui interviennent pour la produire. L’auteur a déjà enregistré ses statistiques (en commun avec celles du Dr Fletcher Beach) dans un article de Hack Tu ko s Dictionary of Psychological Medicine, dans lequel 1,200 cas observés au Royal Albert Asylum et 1,180 cas à Fasile de Darenth sont rapportés. Il n’est pas logique d’attribuer à une seule cause spécifique, la majorité des cas qui se présentent; nous leur découvrirons au contraire de nombreux facteurs. La tendance de la nature à revenir à un type sain est en effet si forte que la seule infraction aux lois physiologiques n’est pas souvent punie par une anomalie mentale consécutive ; et si nous prenons toutes les informations nécessaires, nous trouverons probablement qu’un degré profond de défectuosité mentale ne se produit qu’après des transgressions répétées des lois physiologiques. Tous les parents alcooliques ne procréent pas des idiots, mais quand une instabilité nerveuse héréditaire provenant de cette cause

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ou d’autres est intensifiée dans la génération suivante, par un mariage peu judicieux ou par des circonstances défavorables , des exemples de dégénérescence mentale surviennent. D’après notre expérience, les facteurs physiques jouent un rôle important dans la production des défectuosités mentales. L’hérédité tuberculeuse est le facteur le plus important dont on puisse suivre les traces dans les cas qui nous occupent, la proportion dans laquelle elle fut trouvée étant de 28.31 ; la faiblesse mentale héréditaire (folie ou imbécillité) fut enregistrée dans une proportion de 21.38; l’hérédité épileptique ou névropathique accuse 20 %. L’intempérance des parents fut notée dans 16. 38 °/0 des cas, allant de i3.25 % au Royal Albert Asylum où la grande majorité provient d’une classe parfois tout à fait supérieure, jusqu’à 19.57 % à l’asile pour les pauvres de Darenth.

Des traces manifestes de syphilis héréditaire furent trouvées seulement dans 1.17 °/0 de nos cas, mais cette tare fut suspectée chez plusieurs autres. La consanguinité des parents ou des grands-parents se rencontre dans moins de 5 % des cas notés; et ce facteur paraît agir en proportion de l’intensification par le mariage des tares familiales. Plus de 3o % des cas furent attribués à une mauvaise santé de la mère, à un accident ou une frayeur pendant la gestation; ces facteurs, souvent combinés, forment les prin-

cipales causes agissant avant la naissance.

Parmi les causes agissant a la naissance, celles qui ont sans aucun doute une grande importance se rattachent à racccuchement prolongé. Il a été allégué par les Drs Winkler. Bollaan et d’autres que l’usage du forceps est cause d un nombre considérable de lésions cérébrales et, par conséquent, d’imperfections mentales., Nos statistiques prouvent que ce n’est pas toujours le cas, et qu’une compression prolongée, sans intervention instrumentale, est une cause beaucoup plus active pour produire la défectuosité mentale ou nerveuse ; ce dernier facteur est signalé comme quatre fois plus fréquent que le premier (à savoir 14.24 % pour 3.3i %) dans nos tableaux étiologiques communs ; en outre , la circonstance de l’asphyxie du nouveau-né est notée dans 12.96 % des cas du Dr Beach. Le Dr Langdon-Dôwn (1) a, en effet, estimé la fréquence de cette condition à 20 % parmi les enfants imbéciles en général et â 40 °j0 parmi ceux qui sont des premiers-nés. Il est indiscutable que Y asphyxia neonatorum , si souvent due à un travail prolongé, sans intervention obstétricale, est en beaucoup de cas suivi de paralysies congénitales et d’un affaiblissement plus ou moins fréquent du pouvoir mental. La naissance pré» tu at U ré© fut notée dans 3.52 % de nos cas.

(1) The Obstetric Aspects of Idiocy. Tranz. Obstet. Society, 1876.

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Les causes gui entrent en jeu après la naissance sont celles dont on entend parler le plus souvent, car les parents insistent sur cellesci plutôt que sur les causes congénitales de défectuosités mentales, qu’ils sont toujours gênés de reconnaître. Conséquemment, les causes telles qu’une chute, une attaque ou une frayeur, doivent être admises pour ce quelles valent, et il faut bien se mppeier qu’un accident semblable peut avoir été la cause excitante, parfois même la conséquence d’une catastrophe nerveuse à laquelle l’enfant est congénitalement prédisposé; il peut y avoir aussi simple coïncidence.

Dans le dernier chapitre, nous avons exposé la pathologie des cas « de développement », et sous ce titre, beaucoup de ceux produits par des causes agissant après la naissance pourront être rangés. Cette remarque s’applique surtout à la cause souvent désignée comme produisant la défectuosité mentale chez les enfants, à savoir les convulsions pendant la dentition (éclampsie), qui figurent dans les statistiques du Royal Albert Asylum jusqu’à 32.58 % (environ un tiers des admissions). Il est hors de doute que les convulsions infantiles se rencontrent fréquemment sans qu’il y ait de défaut intellectuel consécutif, et lorsque celui-ci se produit, on peut affirmer — sauf quand il y a eu des lésions inflammatoires — qu’une anomalie cérébrale héréditaire existait. L’épilepsie, qui se rencontre dans environ 25 °/0 des

cas de défectuosité mentale est, aussi une cause fréquemment mise en avant. Il y a des exemples très nets j d'enfants précédemment bien développés, qui, affligés d'épilepsie, tombent dans un état d'hébétude mentale ; mais dans la majorité des cas, l’épilepsie et F anomalie mentale sont toutes deux la conséquence d'une instabilité nerveuse héréditaire. La même chose peut être dite en ce qui regarde le rôle de la paralysie infantile, considérée comme facteur de défectuosité mentale.

De petites blessures sont parfois données comme causes déterminantes de la défectuosité, bien que cela soit souvent une erreur ; il est certain que le tray mat! s line (particulièrement sous forme de blessure à la tête) est une cause bona fide dans un grand nombre de cas ; on les trouve dans 8.25 % des admissions au Royal Albert Asylum. Une frayeur ou une émotion se montrent comme causes, dans environ 3 % des cas; et Ton cite comme preuve, un enfant enfermé, par exemple, dans une armoire sombre pendant plusieurs heures, ou effrayé et mordu par un chien furieux.

Las maladies fébriles aiguës, comme la coqueluche, la scarlatine, la rougeole, la variole, lorsqu’elles ont été accompagnées de méningite, sont indiquées comme causes chez environ io °/0 des malades admis au Royal Albert Asylum. Il est remarquable que nos statistiques, à la fois à Lancaster et à Darenth, faites au moment où le

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système d’éducation dans les écoles élémentaires était le plus mauvais, ne donnent qu’une très petite part d’action au surmenage qui intervient comme facteur seulement dans 0.16 °/0 de nos 2,38o cas!

Quoique les statistiques précédentes aient été recueillies pour des cas d’idiotie et d’imbécillité reconnue, il est certain cependant que le même genre de causes, agissant avec moins d’intensité, peut être attribué à ces cas atténués d’infirmité mentale que nous désignons sous le nom ày arriérés. Ces enfants ont souvent des parents fortement névropathes, parfois ceux-ci sont des personnes de haute culture intellectuelle et. exceptionnellement douées dans une branche spéciale. On dirait dans certains cas, que les parents ont tellement dépensé leur énergie nerveuse, qu’ils n’en ont laissé que très peu à transmettre à leur progéniture ; et des exemples de tous les jours se présentent à chacun de nous, d’hommes et de femmes très distingués, affligés d’enfants dont les qualités mentales sont au-dessous de la moyenne. Rappelons-nous l’aphorisme qui dit :

Great wits are sure to madness near allied (1),

et sachons qu’un tempérament névropathique est parfois associé à des facultés intellectuelles brillantes, chose qui ne surprend pas le médecin, mais qui est souvent trouvée extraordinaire par

(i) Le. génie est proche parent de la folie. G -E. Shuttleworth. — Les enfants

les parents. La faiblesse mentale est, clans quelques cas rares, la conséquence d'une santé faible, et avec f amélioration de l’état physique, la défectuosité intellectuelle peut disparaître graduellement.

Diagnostic. — Examinons d’abord la question pratique, souvent soulevée, de savoir comment nous reconnaissons l’anomalie mentale chez un jeune enfant. Et la question suivante sera : L’anomalie est-elle congénitale ou acquise? L’aveuglement des mères, en ce qui concerne les défauts de leurs enfants, est proverbial, et dans beaucoup de cas, il incombe au médecin de faire remarquer ce fait pénible que le pauvre enfant n’est pas ce qu’il devrait être. II importe pour cela qu’il connaisse bien les signes diagnostiques de la faiblesse d’esprit infantiles.

Nous pouvons grouper ceux-ci en quatre grandes divisions :

i. Anomalies crâniennes.

'2. Défauts de développement.

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