CHAPITRE VIII
Traitement éducatif.
Nous passons maintenant aux méthodes que nous pouvons, afin de les distinguer du traitement général, nommer éducatives. Par ce mot nous comprenons tous les exercices méthodiques et spéciaux, physiques ou mentaux, qui entrent dans le programme ordinaire de l'école et dont la direction nécessite un éducateur expérimenté, agissant de concert avec le médecin. Le genre et la quantité des exercices éducatifs appropriés à un cas particulier de défectuosité ou de faiblesse mentale seront en effet prescrits par ce dernier et par conséquent une brève esquisse de la technique didactique ne sera pas déplacée en cet ouvrage qui est plutôt essentiellement médical. — Pour plus de facilité, l’éducation technique manuelle et l’éducation morale, quoique formant des parties intégrales du système éducatif, seront examinées dans des chapitres différents.
En divisant les méthodes éducatives en physiques (qui s’adressent plus spécialement au corps) et mentales (qui s’adressent plus spécia-
no Les enfants anormaux au point de vue mental.
lement à Fintelligence), nous devons nous rappeler que les deux ne sont pas indépendantes lune de l’autre et que spécialement en ce qui regarde les enfants à mentalité anormale, l’éducation physiologique des sens doit précéder l’éducation psychique de l’esprit (i). Nous pouvons ajouter que l’éducation du système musculaire, faite dans le but d’obtenir des mouvements orécis et bien coordonnés, est simplement une extension de l’éducation sensorielle; ces deux processus précèdent naturellement une éducation intellectuelle plus élevée et lui préparent la voie.
Frœbel a bien fait remarquer que dans la première éducation, « les petits travaux manuels, le dessin et l’instruction proprement dite, doivent constamment reposer sur des faits actuels, d’existence réelle, de sorte que l’intelligence exerçant ses efforts sans cesse sur des choses simples, comme elle le fait dans la vie courante, peut ainsi développer et étendre le pouvoir et le désir créateur des élèves, en tenant compte de la mesure de leurs forces et de leur habileté, de leurs aptitudes et de leurs goûts (2) ».
L’enfant faible d’esprit est spécialement incapable de comprendre l’abstraction : toute instruction, par conséquent, doit lui être présentée sous
(1) Séguin, New Facts , etc., p. 41, New-Nork, 1870.
(2) Froebel, Letters on the Kindergarten , Swan Sonnenschein & C°, 1891.
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une forme concrète ; il doit non seulement pouvoir voir les objets, mais aussi quand c est possible les prendre « en mains » aussi bien que « dans la tête ». La plupart des jeux et des occupations du jardin d’enfants seront utiles; mais tandis que Tentant normal exerce par les jeux son activité spontanée, les enfants faibles d’esprit, spécialement ceux du type apathique, doivent être stimulés par la force de l’imitation. Notre système d'éducation, par conséquent, part d'un point de vue physiologique, s’adressant d’abord à la culture des sens externes, puis à la coordination des mouvements musculaires, et finalement au développement par des exercices d’imitation et autres, des activités manuelles et mentales.
Ces principes généraux étant posés, il ne faut pas croire que tous les bas puissent être traités de la même façon. Au contraire, il est essentiel pour amener le succès que l’éducateur étudie les particularités de chaque cas et y adapte ses méthodes éducatives. Les enfants anormaux de l’intelligence peuvent être divisés en deux grands groupes : i° ceux qui sont lourds et apathiques; 2° ceux qui sont nerveux et dont l’action mentale est irrégulière. Il est certain que le régime stimulant du premier n’est pas applicable au second, chez lequel les fonctions d’inhibition et de coordination demandent à être fortifiées par l’exercice.
Comme exemple extrême du premier groupe, nous pouvons donner « Fidiot profond, passif, dont l’éducation commence par un bombardement avec des sacs de fèves. Un tel enfant est tellement inerte qu'il ne lève même pas les mains pour protéger sa figure contre les petits sacs de fèves que lui lance son instituteur ; peu à peu cependant, Finstinct de la préservation fait qufil cherche à se garantir contre des projectiles. Le second pas, qui consiste à saisir le sac, et, le troisième, à le renvoyer à l’instituteur, marquent les étapes successives de l’amélioration intellectuelle ; partant de ces exercices, on arrive à faire faire de la gymnastique élémentaire, rythmée au moyen de la musique (i). Les sacs de fèves dont nous avons parlé ont à peu près 5 pouces carrés, ils sont faits en étoffe de couleur très vive et lâchement remplis de fèves ou de maïs, de façon à ce qu’ils ne puissent pas faire de mal. Le même exercice peut être modifié : les petits sacs devront être lancés à travers des trous ronds ou carrés découpés dans une planche, ou bien dans la bouche d’une figure grotesque. Ces exercices sont excellents pour améliorer l’activité des yeux et des mains et pour concentrer l’attention chez des enfants d’un grade plus élevé.
Parmi les enfants du second groupe, nous pou-
(i) Voir le travail de l’auteur : On points connected with the Education of Feeble-minded Children. British Medical Journal. 8 Septembre, 1894.
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vons mettre ceux qui ont des symptômes d’un système nerveux instable, ou qui font des mouvements répétés, uniformes, comme ceux désignés sous le nom d 'athétose. Le meilleur remède à employer dans ces cas, c’est de tâcher de substituer à ces mouvements irréguliers et sans but, des exercices et des mouvements à but bien défini et qui exigent une certaine volonté. De cette façon la difficulté de fixer l’attention (qui a été nommée aprosexia) est peu à peu vaincue, et la satisfaction morale que produisent les résultats acquis, encourage à faire de nouveaux efforts. Dans les cas où l’irritabilité nerveuse est tellement grande qu’elle entraîne des tendances à la destruction, les énergies incoordonnées seront dirigées vers la construction. Un enfant ayant ce tempérament sera amené à grouper des blocs de bois en une forme définie pour avoir le plaisir de les renverser avec fracas. Peu à peu, il sera amené à faire ces constructions pour elles-mêmes.
L’enfant qui fait constamment des mouvements des doigts (athétose) n’est pas ordinairement dépourvu de volonté ; il est merveilleux de voir combien il peut être amélioré par des exercices de doigts appropriés (comme ceux faits à l’aide de la planche à chevilles, fig. i) et par des exercices intéressants de piquage de la méthode Frœbel. L’instituteur intelligent saura adapter à chaque enfant anormal les moyens éducatifs variés, en vogue dans nos jardins d’enfants. Il est
i H J-es enfants anormaux au point de vue mental .
Don de rappeler que beaucoup de choses apprises spontanément par l’enfant normal, devront être enseignées d’une façon tout à fait spéciale aux anormaux. Les sens sont souvent défectueux au point de vue fonctionnel, si pas au point de vue de la structure, et il sera nécessaire d’ouvrir, par une série d’exercices sensoriels, ces voies fermées pour arriver au centre * nerveux. Ensuite la coordination des mouvements musculaires
Fig. i. Planche a chevilles.
sera fortifiée et régularisée par des exercices appropriés, judicieux. Enfin, l’intelligence sera cultivée en intéressant l’enfant à tout ce qui F entoure, en retirant de l’isolement où ils vivent, l’idiot solitaire et même l’enfant faible d’esprit. Fout ce travail préliminaire précède nécessairement l’enseignement des branches utilitaires (lire, écrire, calculer) et ce que nous sommes habitués
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à considérer comme le travail scolaire ordinaire.
Nous nous réjouissons cependant de voir que la suite physiologique que nous avons indiquée et qui a été donnée par Séguin, il y a plus d'un demisiècle, comme mode éducatif pour les enfants anormaux (aussi bien que pour les autres), a été peu à peu reconnue dams le programme des écoles élémentaires. Nous ne voulons pas empiéter sur le domaine de la pédagogie plus loin qu’il ne le faut pour signaler les méthodes spéciales d’éducation indiquées pour parer aux besoins spéciaux des élèves qui, par suite d’un défaut mental (souvent associé à un défaut physique), ne peuvent pas être éduqués convenablement par les procédés ordinaires ou par les méthodes ordinaires.
Pour traiter de l'éducation sensorielle, il faudra considérer séparément les différents sens, quoique, dans la pratique, plusieurs sens soient souvent éduqués ensemble.
Le toucher n’est pas seulement le plus général de nos sens, mais, à certains égards, le plus important; chez le bébé normal, son évolution précède celle des autres sens. Les impressions reçues par l’œil et Foreille sont vérifiées par le sens du toucher, et ce développement naturel, si utile dans l’éducation spontanée de tous les jeunes animaux sains, devra être imité dans nos efforts pour amener à la normale le développement sensoriel des enfants défectueux. Dans certains cas, nous serons en présence de grosses mains insen-
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sibles qui devront être éduquées en touchant des objets durs et doux, en distinguant les impressions de résistance et de surface de substances variées telles que du marbre poli, du papier sablé, du velours, de la soie, etc. La sensibilité à la chaleur et au froid peut être appréciée et cultivée en faisant toucher des bouteilles remplies d’eau à différentes températures. Ces exercices prépareront les enfants aux leçons de choses qui ont tant d’importance dans l’éducation élémentaire. Dans quelques cas exceptionnels on rencontre une sensibilité morbide ( hyperesthésie ) ; le meilleur traitement consiste à endurcir les enfants en leur faisant manier des substances dures et à leur faire faire des travaux grossiers.
L’emploi de la planche à chevilles (pegboard ) a déjà été signalé comme rendant de grands services dans les cas d’athétose (mouvements spasmodiques des doigts). Cette planche est aussi de grande utilité dans la culture du sens tactile. De même l’emploi des tableaux des formes ©teles dimérisions (i) favorise l’exactitude des mouvements de préhension ; une pelote recouverte d’une étoffe à pois peut aussi être employée ; l’enfant doit piquer des épingles dans ces pois: cet exercice est fort utile pour obtenir des sensations et des mouvements musculaires précis.
Un excellent moyen pour exercer le sens tactile
(i) Fig. 2 et 3,
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consiste à faire enfiler des perles et des boutons. Cet exercice sera fort utile aussi plus tard pour donner les premières notions de Farithmétique.
Fig. 2. Tableau des dimensions.
Fig. 3. Tableau des formes.
Au point de vue éducatif, le sens de la vue est presque aussi important que celui du toucher. Les défauts oculaires devront naturellement être
G.-E. Shuttleworth, — Les enfants
traités par l’oculiste ; la tâche de l’instituteur est de concentrer le regard vague, sans expression de l’élève défectueux. Séguin a dit : « Le principal instrument pour faire fixer le regard, c’est le regard; » c’est-à-dire que l’œil errant de l'élève sera amené à l’attention par le regard fixe de l’instituteur. Des objets brillants, tels que les boules argentées employées pour les arbres de Noël, sont fort utiles pour attirer l’attention des enfants jeunes, et le kaléidoscope est un jouet attrayant d’une mande valeur éducative pour les enfants plus âgés. Les mouvements du globe oculaire faits indépendamment de ceux de la tête devraient être exécutés plus souvent ; l’éducation des muscles de l’œil est trop souvent négligée, ce qui fait que le champ de la vision latérale est souvent réduit chez l’enfant. La distinction des couleurs arrive ensuite; dans ce but, on emploie les objets suivants : des disques diversement coloriés que l’enfant devra grouper ; des cubes dont les faces sont peintes de différentes couleurs ; l’enfant devra présenter la face que l’instituteur lui-même montre ; une série de coupes et de balles : l’enfant devra mettre la balle dans la coupe de même couleur. Un exercice plus intéressant encore peut-être pour les enfants consiste dans le groupement de rubans et d’objets de toilette coloriés, ou dans la recherche d’objets de mêmes couleurs dans des images coloriées. Ces exercices conduisent naturellement à la distinction des couleurs par leurs noms , mais cela se
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fait plus tard seulement. L’instituteur ou la nurse ne demandera pas pour cela à l’enfant : Où est V objet rouge, bleu, etc... ? la distinction entre les diverses couleurs se fera par exemple en faisant mettre en petits tas de même couleur des cartes ou d’autres objets.
D’autres exercices utiles consistent à grouper des laines coloriées ; à trouver des cartes de la même couleur que celle désignée sur un tableau
divisé en carrés diversement coloriés. La composition d’une image au moyen des cubes d’un jeu de patience constitue une forme plus avancée de l’éducation visuelle et l’usage des tableaux des formes et des dimérisions (fig. 4), des réglettes de bois de diverses grandeurs, qui doivent être arrangées en escalier, développera à la fois la main et l’œil et donnera les
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notions de forme et de dimension. Les idées de relation entre les objets sont de même données au moyen de dominos (%. 5) dont deux sont placés : a) l’un à côté de l’autre ; b) à angle droit formé par le grand côté ; c) à angle droit formé par le petit côté.
Fig. 5. Dominos.
Le goût et l'odorat étant des sens d’un ordre plus inférieur, ne demandent pas à être cultivés, en règle générale, chez les anormaux de l’esprit (i).
(i) Des états anormaux et pervertis de ces sens sont rencontrés occasionnellement chez des idiots ; nous en avons connu un dont le goût pour la littérature » faisait qu’il cc dévorait ses livres », y compris la couverture; et un autre qui distinguait ses habits de ceux de ses camarades seulement par le sens de l’odorat !
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Mais la discrimination doit être exercée en offrant aux élèves des substances d’apparence semblable, comme du sel et du sucre blanc, qui doivent être distinguées par le goût, du café moulu et du tabac, qui doivent être différenciés par l’odorat.
L’ouïe semble parfois être défectueuse alors que c’est seulement l’attention qui fait défaut.
Les faibles d’esprit entendent souvent très bien, mais ne se donnent pas la peine d’écouter; ils peuvent cependant être forcés à l’attention si on leur fait entendre des sons agréables. Heureusement, la musique a pour les enfants de cette espèce des charmes spéciaux ; et un simple chant captivera souvent l’attention, alors que la parole ne produit aucun effet. Les chansons de la nursery ont donc de la valeur éducative et, comme nous le verrons plus loin, elles sont de grande utilité pour la formation du langage. La surdité est parfois rencontrée pour certains sons, et si des sons graves ne sont pas perçus, ceux plus aigus, comme le son d’un sifflet, par exemple, seront choisis Plus tard, les élèves seront exercés à distinguer les diverses espèces de sons produits par divers instruments, ce qui constitue un bon exercice.
La parole est une fonction complexe ayant d’un côté des rapports intimes avec l’audition, de l’autre exigeant le fonctionnement intégral de centres nerveux et de nerfs, et la coordination parfaite des mouvements phonateurs et articula-
leurs. Une imperfection plus ou moins considérable du langage est un fait extrêmement fréquent chez les enfants faibles d'esprit, et quand il n’est pas le résultat d’une lésion du centre du langage, on peut arriver à d’excellents résultats par une éducation appropriée . A l’exclusion des cas dépendant de la surdité (dans lesquels les méthodes par imitation des mouvements des lèvres sont de la plus haute valeur, et la méthode orale a une littérature toute spéciale), nous pouvons dire que, en règle générale , les enfants demandent à être enseignés au point de vue de la parole, de la même façon que le baby apprend à parler. Dans certains cas, cependant, un cours de gymnastique buccale et linguale est un préliminaire essentiel. L’élève doit être capable de mouvoir ensemble les lèvres, les dents et de diriger la langue de façon à pouvoir former un son déterminé. Assez souvent, des exercices spéciaux, adaptés à tel ou tel défaut, sont nécessaires. Pour améliorer l’occlusion de la bouche au moyen des lèvres, on fait tenir à l’enfant un petit morceau de bois, un porte-plume entre les lèvres, pendant quelques minutes, et ce dernier exercice sert aussi à diminuer considérablement ou complètement l’écoulement de la bave. Siffler dans un sifflet, ouvrir et fermer la bouche de façon à. réunir les lèvres et les dents ; pousser la. langue, la porter à droite, à gauche, la placer derrière les dents supérieures, puis inférieures, lui faire tou-
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cher le palais, tout cela constitue diverses formes d’exercices, qui peuvent rendre de grands services en guérissant les troubles de coordination qui empêchent l’articulation nette.
En règle générale, les consonnes sont plus facilement acquises que les voyelles. L’enfant normal commence à parler en répétant les labiales ou les linguales simples : « hab-ba », « mam-ma » et plus tard « dad-da ». — Nous basant là-dessus, nous exercerons l’enfant atteint de trouble de la parole au moyen de consonnes simples suivies du son ouvert a. Un modèle d’exercices de langage basé sur ces pricipes a été publié par l’auteur dans un
article sur Y Education des idiots et des imbéciles dans le Hack Tuke’s Dictionary of Psychological Medicine (i). Dans ces exercices, le son répété (comme mam-ma ) est associé au nom d’un objet (: mat , man), d’une partie du corps (mouth) et d’une pièce de vêtement (muff, mitten) commençant par le son m ; et ainsi de suite pour toutes les consonnes labiales, linguales, gutturales, labio-dentales et nasales. Il y a aussi une table de voyelles avec des exemoles.
Mais dans le présent ouvrage, il doit suffire de dire qu’avec des enfants faibles d’esprit, la moitié de la besogne est faite si l’on parvient à soutenir leur attention et à les intéresser à ce qu’on fait ; les exercices mécaniques de langage doivent être
(i) Churchill, 1892, vol. Il, p. 673 (voir Appendice 1).
accompagnés d'images intéressantes. Il faudra faire nommer à l'enfant les objets se trouvant sur des tableaux coloriés (i) ou des objets familiers ; limitation du cri de certains animaux est aussi un moyen excellent. Un enfant hésitera à répéter des sons lus par Fin sti tuteùr sur le tableau, alors qu’il répondra sans hésiter aux questions : « Que dit la vache? » (Moô) ou « Que dit le chat? » [Miaou). De même j il imitera le Bébé du mouton et le Bow-wow du chien et, par conséquent, apprendra inconsciemment les consonnes et les voyelles sans le moindre effort.
Nous avons dit déjà que chez les faibles d’esprit la musique est souvent un excellent moyen d’arriver à la parole. Ces enfants chanteront souvent des airs fantaisistes avant qu’ils soient capables cFarticuler des mots ; mais si on leur fait apprendre de petites chansons avec des syllabes à répétition , en les leur répétant souvent, après un certain temps, d’abord un mot, puis un autre sera retenu par Féîève la rime et Fair étant déjà connus.
Nous passons maintenant de l’éducation de la parole, qui occupe une place intermédiaire entre Féducation des sens et la coordination des mouvements musculaires, à Fétude des exercices qui s’adressent plus spécialement à ces derniers et qui sont appelés, en terme général, drill. Avec des
ii) Dean's B ook of Objects peut être recommandé.
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enfants ayant un développement mental et physique défectueux, l’éducation physique rend des services non seulement pour l’accroissement de la force et pour la coordination musculaire- mais aussi, en exigeant une obéissance prompte, qui fortifie la faculté d’attention. Les mouvements doivent être doux et adaptés aux capacités individuelles et même aux incapacités ; les tours de force sont inadmissibles. Les exercices en musique, sont préférables quand c’est possible, et il existe maintenant plusieurs excellents manuels sur ce sujet, comme les Physical Exercises, par Gill, le Musical Drill for Infants , par Alexander, etc. (i), qui peuvent d’ailleurs être employés aussi bien pour les normaux que pour les anormaux. Les seuls engins nécessaires sont des haltères en bois léger, des cannes et des anneaux. Il existe cependant des exercices spéciaux pour certains cas déterminés, comme on en rencontre chez les anormaux ; les défauts d’équilibre sont souvent améliorés par la marche sur une ligne droite en se tenant sur la pointe des pieds, en faisant marcher les enfants sur une planche, ou en les faisant marcher d’abord entre les échelons d’une échelle déposée horizontalement à terre, puis sur chaque échelon. On peut corriger les défauts de la préhension par l’exercice avec les sacs de fèves dont
(i) Voir aussi. Physical Education , par Lennox et Sturrgck (Blackwood).
il a déjà été parlé, puis par les cannes à sphères, enfin en faisant des exercices d’appui aux barres parallèles ou à l’échelle horizontale.
Quoique cela ne puisse pas à proprement parler être rangé sous la rubrique gymnastique, disons ici qu’on doit donner des leçons d'habillement aux enfants qui ne savent pas mettre convenablement leurs vêtements. Boutonner, lacer, faire des nœuds, tout cela met enjeu les petits mouvements des doigts, si souvent défectueux, chez les faibles d’esprit.
En ce qui concerne la matière scolaire ordinaire , nous indiquerons seulement quelques points auxquels il faudra donner une plus grande importance chez les enfants faibles d’esprit. Facta , non verba , sera le principe fondamental ; des choses faites feront beaucoup plus d’impression que des choses souvent répétées; chaque fois que ce sera possible les leçons seront données au moyen d’objets, car comme Horace l’a déjà fait remarquer :
Segnius irritant animos demis sa per aurem Quant quœ suni oculis subjecia fidelibus.
(On apprend moins bien par Fouie que par les yeux.)
Les répétitions « à l’instar des perroquets » ou les branches « de mémoire » seront évitées ; rien ne sera appris par cœur de ce qui ne sera pas compris, sinon beaucoup d’efforts seront perdus et nous trouverions (avec Longfellow) que
In an idiofs brain remembered zoords Hang empty mid the cobwebs of his dreams.
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Les leçons cTintuition se donneront d'après des choses simples que l'enfant peut observer, .Le nom et l’usage des organes des sens, des membres, des effets d’habillement, des meubles de la chambre sont quelques-uns des sujets sur lesquels on exercera l'intelligence de l’enfant.
Le dessin et l’écriture seront enseignés en faisant des exercices sur la planche noire quadrillée, Les enfants feront des lignes verticales, horizontales et obliques entre des points marqués par l’instituteur; ensuite ils dessineront des objets familiers, sous lesquels leur nom pourra, si cela est utile, être imprimé ou écrit (1) ; cela conduira, tout en amusant Fenfant, à l’écriture et à la lecture; et en ce qui regarde cette dernière, la méthode des mois doit être préférée à l’ancienne méthode qui commençait immédiatement par cette corvée de l’alphabet (2}. Les noms des lettres seront étudiés ensuite, les mots étant décomposés dans ce but, au moyen de lettres séparées inscrites sur un petit morceau de bois ou de carton.
Le calcul est la branche qui offre le plus de difficultés dans l’éducation des enfants défectueux (3).
(1) Voyez Reading Made Easyf Anna Snell, Philip and Son, London.
(2) On peut se servir des Gill’s Regina Reading Sheets .
(3) Il est remarquable que certains candidats à l’admission dans les classes spéciales de Londres ont une certaine facilité de faire de petits calculs, basés sur la valeur de pièces de monnaie ; leurs parents les ont en générai initiés à cela. Avec eux, c’est la lecture qui semble alors offrir des difficultés .
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Pour apprendre à compter, il faudra toujours se servir de moyens concrets, d’objets. Beaucoup de bons ouvrages existent dans ce but ainsi que des tableaux coloriés, et autres; mais un instituteur ingénieux ne devra pas forcément se servir de ceux-ci, et les doigts de l’enfant, les élèves en classe, sont toujours excellents pour les démonstrations concrètes. Des coquillages, des perles, sont aussi de bons objets pour servir à compter. Afin de donner les notions des divers poids, de la monnaie et pour enseigner le calcul simple, il n’y a rien de mieux que la leçon basée sur le « jeu de la boutique » ; dans cette leçon des marchandises ordinaires sont pesées et payées par les enfants et des problèmes vivants et concrets sont pratiquement résolus.
L’éducation manuelle est intimement liée à r éducation proprement dite ; nous lui consacrerons le chapitre suivant.
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