CHAPITRE X
Education morale.
Si une bonne éducation morale est une chose essentielle dans tout système d’éducation, il en est à plus forte raison ainsi pour les enfants défectueux au point de vue mental. Non pas que l’enfant faible d’esprit soit par nature moralement plus mauvais que l’enfant ordinaire, mais sa faiblesse le fait plus malléable, et un mauvais exemple, pour ne pas dire un mauvais conseil, peut chez lui avoir une influence très pernicieuse. C’est une constatation curieuse et triste que lorsque le pouvoir nerveux inhibiteur est amoindri soit par une maladie, soit par un défaut congénital, les instincts bas peuvent se développer, à la fois sous . forme d actes et de paroles ; et c’est parfois chose surprenante de constater combien des personnes faibles d'esprit, malgré un excellent entourage, ont un langage extrêmement grossier et obscène. Même un mot violent, prononcé par mégarde, peut être entendu par l’enfant faible d’esprit et répété en une occasion qui ne convient absolument pas. Par conséquent, un grand soin sera pris, par tous ceux qui ont charge de ces enfants, au point de
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, vue dë la correction dans la conduite; car limitation est la caractéristique de cette classe d'enfants. D’un autre côté, une bonne influence morale peut être insensiblement exercée par ceux qui sont eux-mêmes moraux, et le choix d’un instituteur ou d’un surveillant est une chose de grande importance, au double point de vue moral et mental.
En ce qui regarde la discipline morale, la fermeté, non la force, doit être le principe dirigeant. Spécialement avec le faible d’esprit « la force n’est pas un remède » ; i enfant « dompté » sera un enfant poltron sans initiative ou tendance à agir par lui-même. Comme Roger Ascliam le fait remarquer en ce qui concerne l’enfant ordinaire, il ne doit en aucune façon « être forcé d’apprendre malgré lui des choses rebutantes » ; et non seulement dans l’instruction, mais aussi dans la façon générale de conduire et d’éduquer l’arriéré, la sympathie doit être le grand principe directeur. En même temps, une fermeté judicieuse doit s’exercer ; et la conséquence dans les actes et dans les paroles, jointe à du tact, sont essentielles au point de vue de l’influence morale.
Le faible d’esprit, comme l’enfant normal, sent toujours très bien à qui il doit obéissance.
Un système de récompenses et de punitions, modifié suivant les particularités individuelles, est efficace avec ces enfants aussi bien qu’avec les autres. Les enfants anormaux tiennent souvent
beaucoup à obtenir les louanges de leurs supérieurs; et parfois un éloge modéré fera bonne impression, d’autres fois des mots de reproche seront nécessaires. Les châtiments corporels sont rarement utiles ; mais il existe des cas où une douleur infligée par malice à d’autres est corrigée d’une façon très bien appropriée par le fait de causer la même douleur à l’offenseur. Parfois la meilleure façon de les prendre, c’est par l’estomac ; ainsi la suppression de certains mets aimés (par exemple du pudding ou du sucre) constituera une punition meilleure que beaucoup d’autres. La privation d’un plaisir attendu, tel qu’une fête ou une visite à l’église, sera efficace dans beaucoup de cas ; des enfants plus jeunes pourront être privés momentanément de leur jeu favori. Chez d’autres enfants on constate parfois (exceptionnellement peut être) un goût spécial pour l’argent; ceux-là seront le mieux atteints par une diminution de salaire ou par l'obligation de payer une amende.
Quand l’intelligence se développe, il faut que l’enfant sache bien que la douleur de la punition est le résultat inévitable de sa mauvaise action et que
2 hough the mills of God grind slowly , yet they grind exceeding small;
Though with patience He stands waiting, with exactness grinds he all (i).
Le laible d’esprit ne doit pas être porté à croire
(i) Tout ce que l’enfant fait est su ; il ne peut rien cacher..
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cette chose — qu’il accepte trop facilement, et cela non sans conséquences dangereuses — que, parce qu’il n’est pas tout à fait comme un autre' homme, il est moins responsable de ses actes. Il sera empêché d’avoir des « côtés faibles » ; il apprendra à respecter son voisin et à agir suivant la maxime sic ulere tuo , ut alienum non laça as. Il serait hors de propos, ici, de discuter la question de la responsabilité légale du faible d’esprit ; l’auteur a d’ailleurs fait remarquer que la responsabilité varie en tous cas avec la malignité et le degré de la défectuosité (î).
Il est à peu près certain que le cas le plus difficile sur lequel nous puissions être appelé à nous prononcer parmi les enfants présentant des troubles mentaux — il n’y a alors souvent que peu de défectuosité intellectuelle c’est celui de l’ imbécile moral. Le désespoir de ses parents, la bête noire de l’institution dans laquelle il est placé, l’embarras constant de l’homme de loi, il semble être le produit maladif de l’instabilité nerveuse héréditaire et d’instincts criminels ancestraux. Il (ou elle) peut combiner les apparences les plus innocentes, souvent les plus engageantes, avec une astuce, une ruse, une cruauté si profondes, qu’elles demandent à être expérimentées pour pouvoir être appréciées. Les impulsions sou-
(i) Legal R esp on s ability of Educated Imbeciles, Journal of Mental Science, vol. XXIX, p. 467.
daines au crime qui se rencontrent dans ces cas sont probablement de nature épileptique et certains paroxysmes peuvent parfois être coupés court au moyen des bromures. Mais, en règle générale, chez ce genre d’imbécile, la discipline morale sert à peu de chose; des punitions peuvent être administrées et des déclarations de repentir peuvent être faites, mais tout cela sera oublié dès que le trouble mental réapparaîtra. L’auteur a un souvenir vivant de trois jolis enfants, frère et sœurs, jadis confiés à ses soins, qui, par moments, semblaient des modèles de bienséance, tandis qu’à d’autres, ils avaient tous les caractères de petits démons. Avec un air innocent, ils accomplissaient les actions les plus abominables et, après avoir humblement reconnu Terreur de leur conduite, ils y mettaient le comble en envoyant un projectile à la tête de la personne qui essayait de les amener au repentir ! De tels enfants auraient jadis été appelés possédés ;* maintenant ils sont classés comme imbéciles moraux ou comme atteints de
folie juvénile. Le Dr Samuel J. Fort a décrit des
cas similaires sous le titre d’ Epilepsie psychique (1).
Dans d’autres cas désespérants, on arrive à une amélioration considérable de l’intelligence et de l’habileté manuelle malgré un manque complet de développement du sens moral. L’intelligence et
(1) Proc. Association Amer. Institution for Idiotie and F eebîe-minded Persons, p. 400, 1894.
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Fhabiîeté acquises sont en effet utilisées à des buts mauvais ; et le Dr Kerlin, le distingué directeur de ^Institution de Pensylvanie, qui a porté son attention d’une façon toute spéciale sur cette classe d'individus, arrive à la. conclusion « que les éduquer contribue encore à augmenter leur tendance au mal, et qu'il ne devrait pas leur être permis de miner la société ». Il déclare que les imbéciles moraux « devraient être traités comme une classe à part, dans des bâtiments spéciaux, puisqu’ils gênent les autres enfants en empêchant leur éducation convenable (1) ».
Le Dr Jules Morel a, dans une remarquable communication à la Medico-Psychological Association (2), demandé l’établissement d’institutions spéciales, intermédiaires entre les maisons de correction et Fasile, dans lesquelles « ces indi» vidus seraient Fobjet d’un traitement prophylactique dirigé contre la criminalité ».
Il est nécessaire de faire en sorte, lorsqu’on s’occupe de la classe des faibles d’esprit, que Fégoïsme qui souvent découle des instincts solitaires de ces enfants ne soit pas encouragé, mais plutôt que les instincts altruistes soient développés et renforcés. La règle à inculquer sera que même les arriérés devront « agir envers les
(1) Forty-first Annual Repo fi Pennsylvania Training School, Philadelphia. 1893.
(2) Journal ofi Mental Science, vol. XI, p, 599,
142 Les enfants anormaux au point de vue menial.
autres comme ils voudraient qu'on agit envers eux » ; et heureusement ces individus sont susceptibles d'être influencés non seulement par des facteurs moraux, mais aussi par des facteurs religieux. Leur grande simplicité d’esprit les conduit
à accepter sans hésitation les idées d’un Père
Eternel, qui est en même temps un Dieu « voyant tout », d’un Sauveur aimant, et d’un Esprit saint; et tout imparfaite que soit leur compréhension de ces mystères, il est certain que de telles notions tendent à exercer une influence bienfaisante considérable sur leur conduite. Il n’est pas dans notre intention de discuter ici l’importance de l’enseignement religieux comme base de l’éducation morale ; mais aucun de ceux qui se sont occupés de l’éducation d’enfants faibles d’esprit ne déniera que chez beaucoup d’entre eux le sentiment religieux existe. A ce propos, nous sommes tenté de publier la lettre qu’écrivait à sa sœur un imbécile athétosique jadis pensionnaire du Royal Albert Asylum; cette lettre, dans laquelle le pauvre garçon parlait du service du dimanche, a été écrite sans aide ni assistance ;
Comme il est beau de songer à notre cher Sauveur qui nous aime tous. Il voit que je ne saurais rien faire pour Lui, et il me donne cependant la joie de pouvoir penser à Lui et de chanter pour Lui tout de même. Nous devons prier Dieu de faire les gens heureux en notre cher Lord et Sauveur, et le Saint-Esprit.,.
Nous citerons aussi, comme finale, le témoi-
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gnage d’une ancienne institutrice, décrivant la scene finale de la vie d’un élève, que nous rangerons parmi les imbéciles moraux. Elle dit :
Le pauvre cher enfant, autrefois plein de vivacité et de méchanceté turbulente, le mauvais garnement de ma première école, mourait de phtisie. Presque toutes les nuits il appelait le directeur afin « d’écouter ses prières », donnant comme raison que « son papa lui avait dit de ne pas les oublier ». A la fin, à cause de sa faiblesse croissante, il ne pouvait plus que placer ses faibles mains dans celles de M. Mb. et 1 écouter, tandis qu’il répétait l’oraison dominicale. Un dimanche, que nous veillions près de son lit, survint un changement brusque ; la fin était évidemment proche et nous envoyâmes prévenir le médecin. Tournant vers nous sa face placide, avec ses yeux vitreux, le pauvre garçon essaya de se dresser lui-même dans le lit, alors il étendit les doigts amaigris comme s’il cherchait quelque chose ; a Où est Dieu? » dit-il, « je veux trouver Dieu ! Je veux aller vers Dieu, » Bientôt il retomba sur roreiller et quelques minutes plus tard son esprit retourna vers ce Dieu qui le lui avait donné.
144 ^es enfan^s normaux au point de vue mental