PROJET D’AVIS
Vu le mémoire en date du 23 décembre 1875, par lequel M. le Préfet de la Seine lui soumet pour avis le projet de budget de la Direction des nourrices pour l’exercice 1876, et une proposition du Directeur de l’Assistance publique, tendant à la suppression de ce service ;
Vu le dit budget, s’élevant en recettes et en dépenses à la somme de 358,388 fr. 27;
Vu les avis du Conseil de surveillance de l’Administration de l’Assistance publique, eu date des 13 mai et 5 août 1875;
Vu le rapport du Directeur de l’Assistance publique, en date du 4 décembre 1875;
EST d’avis :
Qu’il y a lieu : 1" (l’approuver le budget susvisé de la Direction des nourrices pour l’exercice 1876 et de l’arrêter en recettes et en dépenses à la somme de 358,388 fr. 27 ;
2“ De procéder à la liquidation de ce service dans les conditions proposées par le Directeur de l’Assistance publique;
3“ De vendi-e aux enchères publiques, sur la mise à prix de 500,000 francs, l’immeuble de la rue des Tournelles, actuellement occupé par la Direction des nourrices.
Les conclusions du rapport furent adoptées.
Mais, malgré les efforts et les sacrifices, le nombre des nourrices devenait de plus en plus insuffisant, non seulement pour les secours aux mères nécessiteuses, mais aussi pour les propres besoins du service des Enfants assistés. Ce que disait M. Clémenceau dans son rapport de 1875 au Conseil général s’aggravait encore.
« Le recrutement de ces nourrices, disait-il, a toujours été difficile à raison du peu d’élévation de leur salaire et des risques très graves qu’elles courent. Dans le courant de l’année 1875, le recrutement est devenu si pénible et si lent que M. le Directeur de l’Assistance publique a dû prendre sur lui, avec l’assentiment de M. le Préfet, de porter les gages des nourrices sédentaires de 30 à 40 francs par mois, mesure que nous approuvons hautement. C’est pour satisfaire à ce surcroît de dépenses que M. le Directeur de l’Assistance publique nous propose d’élever le crédit à la somme de 12,500 francs. Malheureusement, l’élévation du salaire des nourrices sédentaires n’a pas produit l’effet que l’on en attendait, et le recrutement de ces femmes est resté aussi laborieux. Cela provient de ce que la somme de 40 francs est encore de beaucoup inférieure à celle qu’offrent les particuliers. Ajoutons que la situation d’une nourrice vivant largement dans la famille de son nourrisson n’est pas comparable à celle de la nourrice sédentaire de l’Hospice qui n’a pas môme le droit d’aller faire une promenade hors de l’établissement. Enfin, il est un dernier point que nous devons indiquer. C’est que la nourrice sédentaire court des risques énormes sans qu’il y ait pour elle aucunes compensations ni garanties. Les cas d’infections syphilitiques des nourrices par les enfants deviennent malheureusement de plus en plus fréquents et, en cas de contamination, ces malheureuses n’ont aucun recours contre l’Assistance publique dont la justice vient de déclarer l’irresponsabilité en cette matière. On leur alloue néanmoins de légers secours en pareil cas, et l’Administration a installé à l’Hospice un certain nombre de chèvres auxquelles on a recours toutes les fois qu’il y a crainte de contamination syphilitique. La difficulté du recrutement ne s’explique donc que trop aisément. Si l’on veut se rendre compte du résultat fâcheux de cette pénurie de nourrices sédentaires, il suffit d’examiner quelle était la situation des nourrissons de l’Hospice le 15 novembre 1875, jour de notre dernière visite. Il y avait ce jour-là 17 nourrices sédentaires seulement au lieu de 30, chiffre réglementaire qui, d’ailleurs, n’est jamais
atteint. Ces 17 nourrices étaient réparties de la façon suivante : 2 étaient malades; à l’infirmerie de la chirurgie, 11 nourrissons sur 14 avaient chacun une nourrice ; à l’infirmerie de la médecine, il y avait une nourrice pour deux nourrissons; et enfin, les 26 nourrissons de la crèche n’avaient que 3 nourrices sédentaires. Il est vrai que, à ce moment là, il y avait par bonheur une surabondance de nourrices de la campagne (30) et que celles-ci, obligées de séjourner quelques jours à l’Hospice en attendant qu’elles fussent pourvues d’un nourrisson, donnaient le sein aux 23 nourrissons de la crèche qui se trouvaient sans nourrices. Une pareille situation ne peut se prolonger. Il est d’une nécessité absolue que nous ayons de bonnes nourrices sédentaires à donner aux nourrissons des infirmeries et de la crèche. Or il n’y a pas d’autre moyen pour en avoir que de les payer aussi cher ou même peut-être plus cher que les particuliers. Nous engageons donc M. le Directeur de l’Assistance publique à élever dès à présent le salaire des nourrices sédentaires de 40 francs à 50 francs par mois, et pour lui permettre de subvenir à ce surcroît de dépenses, nous vous proposons d’inscrire en prévision un crédit de 18,000 francs pour gages des nourrices sédentaires au lieu de la somme de 12,500 francs qui vous est proposée. »
La situation ne s’était pas améliorée, au contraire, et de plus l’alimentation donnée aux petits syphilitiques par les chèvres qui étaient à l’Hospice était reconnue absolument mauvaise; ils mouraient presque tous. N’y avait il donc aucun moyen de suppléer au lait de femme qui manquait pour les enfants sains par pénurie de nourrices, et pour les enfants syphilitiques par crainte de la contamination. Fallait-il donc laisser mourir de faim les uns et les autres?
L’Académie de médecine avait longuement et souvent discuté sur la mortalité du premier âge; elle, avait affirmé que le meilleur mode d’alimentation de la première enfance était l’allaitement par la femme, et surtout par la mère, ce qui certainement n’était pas une nouveauté. Mais elle n’avait pas donné son savant avis sur les cas, trop nombreux hélas, où la mère ne pouvant pas nourrir, empêchée par une cause quelconque, on ne pouvait pas non plus donner du lait de femme à l’enfant faute de nourrice. C’est dans ce cas qu’un conseil utile eût été le bien venu!
L’Académie n’avait pas davantage indiqué les moyens d’alimenter et
(le sauTer quelques-uns au moins des enfants syphilitiques qui jusquelà étaient tous voués à une mort certaine.
Deux pétitions ayant été présentées à ce sujet, le Conseil municipal tenta de faire, en s’entourant de- toutes les garanties de savoir et de prudence, l’expérience nécessaire que l’Académie n’essayait pas.
RAPPORT
Présenté pur M. Thulié, au nom de la 4® Commission (1) sur deux propositions déposées, la première par M. Level, la deuxième par M. Asseline, et douze de ses collègues, et relatives à l'élevage normal de la première enfance.
(Annexe au procès-verbal de la séance du 24 février 1877.)
Messieurs,
Vous avez été saisis des propositions suivantes :
Messieurs,
Je crois inutile de vous retracer ici l’effrayant tableau de la mortalité des nouveau-nés, constatée par une augmentation toujours progressive, et pour laquelle on a créé cette triste e.xpression : « Dépopulation de la France. »
Vous connaissez tous. Messieurs, le rapport, fait au nom de la Commission de l’Assemblée nationale, présenté par M. Théophile Roussel, et
1. La 4® Commission (Instruction puplique. Assistance publique, Monl-de- PiétéJ est composée de MM. Asseline, Président; Lafont, Secrétaire; Bonnet-Duverdier, François Combes, Louis Combes, Delpech, Charles Loiseau, Martin, Prôtet, ïhulié.
les résultats de cette vaste enquête qui oflFre un si puissant intérêt pour la solution des grands problèmes qui s’attachent à la protection et à la conservation des enfants nouveau-nés.
Cette mortalité, vous le savez Messieurs, limitée, dans la première année de la naissance, pour les enfants placés dans de bonnes conditions, à Sou 10 0/0, s’élève, pour ceux qui sont envoyés en nourrice, de 40 à 800/0, et même dans certains départements, à 90 0/0.
L’abandon volontaire ou forcé de l’allaitement maternel qui livre les nouveau-nés à l’industrie nourricière, exercée presque partout sans garanties ou sous une surveillance illusoire, sont les causes de cette effrayante mortalité qui, si nous n’y prenons garde, menacent l’avenir de la France, en la frappant dans sa force vitale, et par conséquent dans son indépendance et dans sa liberté.
C’est pour prévenir ce triste résultat que je viens soumettre au Conseil municipal les propositions suivantes :
Le Conseil municipal, voulant, dans l’intérêt de la santé publique, favoriser la création des fermes-nourrices dans le département de la Seine, concède, dans le bois de Vincennes, le terrain occupé par l’ancienne ferme dite impériale pour la construction d’une ferme-modèle sur des plans qui devront être soumis à l’approbation du Conseil.
Le terrain concédé reste la propriété de la Ville qui, en tout temps, pourra se rendre acquéreur de l’immeuble au prix d’estimation du devis primitif.
Le Conseil municipal alloue, en outre, une subvention annuelle de 6,000 francs et se réserve le droit de contrôle et d’inspection sur ladirecüon et l’administratioii dudit établissement.
Paris, le 12 mai 1875.
Signé : d'' level.
Les soussignés :
Considérant que les statistiques médicales révèlent une mortalité excessive des nouveau-nés dans la ville de Paris ;
Que des médecins, vivement frappés de ces résultats meurtriers d’un
élevage anormal de la première enfance, ont proposé divers projets pour remédier à un mal toujours croissant et qui menace de la façon la plus directe la prospérité nationale ;
Qu’un de ces médecins notamment, M. le docteur Coudereau, a saisi l’Administration d’un projet de fondation municipale relatif à l’élevage normal de la première enfance, projet très complètement et très savamment étudié et qui a été adressé à tous les conseillers municipaux ;
Proposent que la 4“ Commission du Conseil soit saisie de l’examen de ces divers projets et présente, le plus promptement possible, au Conseil, un rapport sur la suite qu’il y aurait à leur donner au point de vue des voies et moyens d’exécution.
Paris, le 2 mars 1876.
Signé : asseline, bonnet-duvebdier, cadet, François combes, forest,
YVES GUYOT, JACQUES, SIGISMOND LACROIX, D" LEVEL, MARTIN, PRÉTET, TALANDIER, VIOLLET LE DUC.
Ces deux propositions ont été inspirées par les mêmes causes ; d’une part le danger que fait courir à notre pays la dépopulation qui s'accentue chaque jour davantage et dans des proportions en effet terrifiantes; d’autre part le sentiment profond de nos devoirs d’humanité. Considérant que ces vœux sont dus à une môme inspiration et cherchent dans des conclusions presque semblables, un remède au mal social qui nous frappe, votre 4' Commission a pensé qu’un même rapport pouvait les e.xaminer tous les deux à la fois et vous proposer une seule et unique délibération.
Ces vœux sont l’expression de l’inquiétude qui se manifeste de tous les côtés en France depuis quelques années ; mais si la préoccupation qui les a fait surgir n’est dans le domaine public et ne frappe tous les esprits que depuis quelque- temps, depuis longtemps déjà les statisticiens et les économistes avaient signalé le danger, avaient étudié et analysé ses causes. En dehors des crimes de la guerre dont les conséquences ont frappé comme nous une nation voisine sans pour cela faire baisser son chiffre proportionnel de population, en dehors de l’émigration qui n’existe pas pour ainsi dire chez nous, il est des causes inhérentes aux coutumes
de la génération'française actuelle, dominée par la timidité et le manque d’initiative personnelle. Devant la dépréciation de l’argent, la bourgeoisie riche s’efforce, dans sa grande généralité, de maintenir sa fortune non pas en travaillant à augmenter ses bénéfices, mais en éliminant le plus possible ses dépenses; elle a donc réduit les charges de la famille en réduisant la famille elle-même. D’autre part, on ne cherche pas à donner aux enfants la possibilité et la volonté d’acquérir, on veut leur laisser le moyen de ne rien faire; le travail n’est pas encore considéré comme une chose noble, les préjugés sont tenaces. Le calcul d’ailleurs est faux, car à mesure que la production s’accroît et que le travail augmente de valeur, le capital perd de la sienne, et toi qui était riche hier sera, malgré son économie et sa Iirétondue sagesse, pauvre demain. C’est ce calcul erroné qui fait si sensi- ) démolit diminuer le nombre des naissances, car ceux qui poussent cette prévoyance jusqu’à ses dernières limites ne se contentent pas de restreindre les charges de la famille, ils n’en ont pas du tout et restent dans un prudent célibat.
Voici le résultat de ce système :
Dans son remarquable travail sur la natalité, le docteur Bertillon expose les faits suivants : « L’excès moyen annuel des naissances sur les décès est, en France, de 5,68 par 1,000 habitants, de 181'1 à 1820; c’est-àdire que, dans cette période, on comptait annuellement, par 1 ,000 habitants, 31,75 naissances et 26,07 décès, dont la différence, 5,68, est le profit de la natalité sur la mortalité ; ainsi , pendant chaque année de cette décade, la population française s’est accrue en moyenne de 0,00568, c’est-à-dire de 5 à 6 personnes par 1,000 habitants. Dans les décades suivantes, jusqu’en 1870 (exclu), le môme excès des naissances a été de 5,8 — 4,1 — 4,1 — 2,36 par 1,000, et enfin de 3,16 pour 1861-69; c’est-à-dire que pendant ces dix-neuf dernières années de paix et d’ordre matériel, notre population augmentait de 3 par 1,000 vivants! Maigre accroissement bien menaçant pour notre puissance à venir !
« Cependant, dans cette même période (1861-69), ce même excès ou accroissement était de près de 13 (12,92) en Angleterre;, — de 8 en Autriche; — de 9,8 en Bavière; — de 8,2 en Belgique; — de 10,8 en Danemark; — de 13,4 en Ecosse; — de 8,8 en Espagne; — de 8 en Italie; — de 13 à 14 en Norwègé; — de 10 en Hollande; — de 9 à 10 en Prusse; — de 13,8 en Russie; — do 10 en Saxe; — de 11 en Suède;
— et, à prendre les document au pied de la lettre, près de 10 (9,75) en Irlande. »
Plus loin l’éminent statisticien ajoute :
« Quoi qu’il en soit, nous avons démontré qu’il n’y a que nous en Europe dont la natalité, déjà bien inférieure, décline continuellement, tandis que celle de la plupart de nos rivaux se maintient à un taux élevé, et même s’accroît encore !
« Le mouvement rétrograde qui a saisi notre natalité s’arrétera-t-il ? Au point' où nous en sommes arrivés, il le faut, .sans quoi notre diminution ne serait pas seulement relative, mais absolue. Arrêter notre déclin n’est pas assez : en présence des nations rivales dont le croît est aujourd’hui trois ou quatre fois le nôtre, il ne suffit plus qu’il s’arrête, il faut (ju’il remonte la pente descendue, il faut une restauration de notre natalité !
« Sait-on bien où nous conduit ce mouvement, s’il persiste ? A devenir une des moindre nationalités en Europe !... et, sur la terre entière.
« Sait-on bien où nous conduit ce mouvement, s’il persiste ? A devenir une des moindres nationalités en Europe !... El sur la terre entière que recouvrent déjà les Ilots pressés des Teutons et des Anglo-Saxons, à idêtrc plus qu’un vestige. C’est là une conséquence nécessaire, aussi rigoureuse que le calcul qui le démontre. »
Je trouve des chilfros encore i)lus terrifiants dans un travail inédit de M. Lafabrégue, Directeur de l’Hospice des Enfants Assistés :
Tandis qu’en Angleterre, il y a, de 1869 à 1873, un accroissement annuel de 1,32 par 100 habitants, ce qui donne pour la période de doublement de la population 52 ans 3/4, qu’en Prusse, la population s’accroît chaque année de 1 ,03, ce qui donne pour la période de doulilement 67 ans 1/2, nous remarquons que dans ces trois années, la France subit, au contraire, un décroissement de 0,01 par 100 habitants, ce qui amènerait l’e.xtinction do la race en 600 ans.
Mais si nous ne pouvons modifier des coutumes funestes, il y a une seconde cause de dépopulation que nous pouvons atteindre, c’est la mortalité des nourrissons. Elle n’est pas plus considéralile dans notre, pays que chez les nations voisines, malgré les affirmations de quelques membres du congrès de Bruxelles, et MM. Bertillon, Proust et autres, ont démontré qu’il n’y avait dans ces affirmations que des apparences dues à des statistiques mal faites. Il n’en est pas moins vrai que cette mortalité est
effrayante et qu’il faut y porter remède ; et puisque notre idéal français / n’est pas la production, mais l’économie, puisque nous ne sommes que ' des conservateurs, conservons au moins les existences précieuses d’une quantité d’enfants qui meurent faute de soins, ne laissons pas périr des milliers d’êtres qui devraient servir à la force et à la richesse de la nation.
C’est là l’objet des deux vœux que j’ai été chargé d’analyser devant vous.
En 1866, le docteur Brochard, dans un ouvrage couronné par l’Acadéiçie des sciences, écrivait qu’eu France, sans compter les Enfants assis- \ tés, 100,000 nourrissons meurent chaque année de faim, de misère, et faute de soins et de surveillance. Le docteur Boudet affirmait, quelque temps après, devant l’Académie de médecine, que notre pays perd annuellement par sa faute 120,000 enfants de la naissance à un an.
Dans l’enquête publiée en 1862, par le Ministère de l’Intérieur, on trouve les chiffres suivants pour la mortalité des Enfants assistés, de un jour à un an, dans les départements suivants :
Loire-Inférieure Seine-Inférieure Eure ....
Calvados . . .
Aube ....
Seine-et-Oise .
Côte-d’Or . .
Indre-et-Loire .
Manche . . .
90,50 pour 100 87,36 —
Pour Paris, sur les 54.000 enfants environ qui naissent chaque année, plus de la moitié a péri avant quatre ans (enquête de la Commission de l’Académie de Médecine faite en 1869), et en comptant à part la mortalité des enfants envoyés en nourrice, ou arrive au chiffre eff'rayaut de 51 0/0.
D’après la statistique municipale de 1873-1874, les enfants de 1 jour à 1 au, élevés à Paris, meurent dans la proportion de 27 0/0. Et cependant il faut' compter dans ce dernier chiffre tous les enfants des familles aisées, élevés sous les yeux et dans la maison de leurs parents, ce qui doit donner pour les enfants élevés chez des mercenaires des chiffres de mortalité
considérables, puisque nous voyons que pour les crèches bien tenues, ce chiffre s’abaisse à 8 0/0 environ.
Ce sont ces effroyables hécatombes qui ont fait dire à un statisticien I éminent : « qu’un enfant qui* naît a moins de chance qu’un homme de quatre-vingt-dix ans de vivre une semaine, et moins de chance qu’un \, octogénaire de vivre un an.' »
Cette mortalité du premier âge n’est pas une des fatalités de notre espèce. 11 y a des localités, dans la Creuse par exemple, oü la mortalité de la première enfance ne dépasse pas 10 0/0 et s’abaisse quelquefois jusqu’à 5 0/0. Mais l’habitude dans ces pays, est l’alimentation au sein de la mère, et certes, on pourrai! là encore améliorer la situation, car, comme dans toutes les campagnes, il y a des habitudes d’élevage et des préjugés dont la suppression diminuerait encore cette proportion qui, comparativement, nous paraît si faible.
L’alimentation par la mère est donc une cause de salut, et le Conseil général de la Seine l’a si bien compris qu’il a consacré des sommes considérables pour encourager les femmes nécessiteuses de Paris à conserver leurs nourrissons et à les alimenter au sein.
Mais, malgré la meilleure volonté, malgré le désir le plus vif de la mère, la chose est souvent impossible. Les domestiques, les ouvrières ne ; peuvent conserver leur enfant, sous peine de périr avec lui de misère et - de faim. Elle^doivent donc avoir recours à une nourrice mercenaire. Fj IV .
Les plus heureuses ont une nourrice à lait, ce qui donne à l’enfant quelques chances de vivre ; les autres ne peuvent obtenir que des nour.rices sèches, ce qui est la mort à peu près certaine pour le -nourrisson.
Il ne faut pas croire que l’industrie nourricière ne soit.pas de son côté J une cause de mortalité. La nourrice qui quitte son pays pour faire une
q nourriture à Paris a toutes les chances de perdre son propre enfant. K'- '
Le double voyage, le retour au pays avec une meneuse trop souvent sans soins, le séjour chez des étrangers ou chez des parents qui ont des traditions funestes d’alimentation pour les enfants du premier âge, leur misère qui les empêche de faire les frais indi.spensables et de consacrer le temps nécessaire pour le bien-être de l’enfant, sont autant de causes de mortalité.
Mais quand la nourrice emmène un nourrisson à la campagne, un petit Paris, comme on dit dans l’argot des nouiTicicrs; il y a 50 chances
sur 100 d’existence pour l’enfant qui quitte sa mère; mais il y a aussi des chances nombreuses de mort pour le fruit de la nourrice, et quelquefois ils meurent tous les deux. On a bien fait jusqu’ici la 'statistique de la mortalité des enfants confiés aux nourrices, mais on n’a jamais fait celle des enfants dont la mère a un nourrisson. Cela serait d’une grande importance, car nous ne devons pas cbercbér seulement à déplacer la / mort et à sauver un citadin aux dépens d’un campagnard, ce qui serait grossièrement injuste et tout aussi funeste au point de vue de l’intérêt général.
L’enfant allaité à la campagne, après avoir subi un voyage long qui déprime ses forces autant qu’une maladie, arrive dans une habitation pauvre, une seule chambre ordinairement, où le jour et l’air pénètrent mal; c’est en même temps la cuisine, la salle à manger, et le dortoir, car toute la famille l’habite. 11 n’y a pas de parquet, la porte ouvre sur une rue mal entretenue ou sur une cour où pourrit le fumier de la ferme. Quand la nourrice va au travail des champs, c’est un enfant qui garde les deux nourrissons, ou une voisine qui vient jeter un coup d’œil de temps en temps sur la petite famille. Avant de partir, et dans l’idée de donner à l’enfant une nourriture plus substantielle que du lait, on administre, à l’enfant beaucoup trop tôt pour ses jeunes organes, une bouillie ou une soupe qui lui permettra d’attendre l’heure du retour. Enfin, quand son propre enfant est souffrant, elle vole de son lait au nourrisson payant pour soutenir le sien propre; elle le fait souvent mémo sans que la santé de son enfant l’exige. Enfin les langes ne sont pas changés à temps, le petit être se refroidit et en meurt souvent.
C’est cette absence de menus soins, d’attention continue qui occasionne la mortalité relativement si considérable chez les nourrices à, la campagne, même chez celles qui montrent la meilleure volonté.
Rappelons-nous que dans notre service départemental des Enfants assistés où la surveillance est si bien faite, où les médecins choisissent les nourrices, les visitent périodiquement, les conseillent et essayent, vainement le plus souvent, de faire disparaître leurs préjugés sur l’alimentation, rappelons-nous, dis-je, que la mortalité des enfants de un jour à un an, placés à la campagne a été de 32 0/0. Et c’est l’élite des enfants | cependant, car tous ceux qui sont malades ou trop chétifs pour entreprendre le voyage restent à l’Hospice dépositaire jusqu’à guérison ou mort.
Sauf l’alimentation au sein par la mère que nous encourageons en ce moment, mais qui est absolument impossible dans un trop grand nombre de cas pour la population qui travaille, c’est encore là, malgré son effrayante défectuosité, ce que nous avons de mieux et le seul mode d’alimentation regardé comme possible dans l’intérêt de la société.
Quant à l’alimentation artificielle, elle est généralement repoussée et si l’on ne tenait compte que des résultats, sans se demander comment ils ont été obtenus, on aurait absolument raison de le faire. Dans notre service du Bureau municipal des nourrices malgré les soins et les inspections, malgré l’attention que l'on mettait à choisir les femmes les plus soigneuses et les plus honorables, on est arrivé en 1874 à une mortalité de 42 0/0, comme moyenne, et dans certaines localités, de GG 0/0. C’est que là, comme chez la nourrice à lait, toutes les mauvaises conditions hygiéniques existent, et que la seule condition au contraire qui pourrait permettre à l’enfant de supporter toutes ces misères, l’alimentation au sein, manque. C’est avec la nourriture artificielle, dite au petit i)ot, qu’on est arrivé, et cela dans un des pays les plus beaux de France, en Normandie, à une mortalité de 80 et 90 0/0. Mais ipie l’on visite ces localités, que l’on se rende compte des soins que l’on donne aux enfants, et l’on comprendra facilement la cause vraie de ces massacres. A Paris et dans les environs, il y a des femmes qui font le métier de gardeuses. Dans un taudis, ordinairement, elles ont 10, 15, 20 enfants; ou les alimente avec du mauvais lait de la veille, dans un biberon mal nettoyé, où il s’altère vite, devient acide ou est caillé et ne peut se digéri'r. Ils sont rarement changés, vivent dans une atmosphère empestée, et quand ils crient trop, quelques-unes de ces gardeuses leur donnent ce qu’elles appellent du dormant, c’est-à-dire une décoction de pavot. Mais ce n’est pas de l’alimentation artificielle, c’est do l’assassinat!
Je ne parle pas des industrielles qui, comme la faiseuse d’anges, les laissent mourir sciemment, ou de ces êtres ignares, criminels par sottise, que M. Bethmann, adjoint de la ville de Bordeaux, nous a fait connaître :
« Des rumeurs graves, écrivait-il, nous apprirent qu’une mortalité effrayante régnait parmi les enfants de filles-mères nourris arlilîciellement. L’Économe de l’hospice y fut envoyé; il déclara que tous les fiiits étaient vrais et qu’un des personnages les plus notables de la commune était persuadé que l’Administration plaçait les enfants de cidte
manière clans l’intention d’en débarrasser la société. Ces enfants étaient confiés aux habitants les plus pauvres et souvent laissés aux soins des vieillards, les femmes travaillant aux champs. »
Non, ce n’est pas là ce qui doit servir à une statistique comparative entre l’alimentation artificielle et l’allaitement, les nourrices sèches mêmes que le Bureau des nourrices donnait aux enfants de Paris ne peuvent servir d’exemple, car cette alimentation quoique surveillée était tout ce qu’il y avait de plus mal fait et devait être fatale aux nourrissons.
Pour faire une expérience sérieuse sur ce mode d’alimentation, il faut compenser les bienfaits de l’alimentation qu’indique la nature par toutes les données scientifiques que nous avons en main; il faut se rapprocher le plus possible, dans l’aliment que l’on donne, des conditions naturelles, en écartant toutes les causes d’afiàiblissement ou de maladie que nos connaissances nous permettent de connaître et de conjurer.
Je lis à ce sujet, dans une dicussion de l’Académie de Médecine :
« M. Guérin fait remarquer à M. Delpech que les critiques et la condamnation qu’il a dirigées contre l’allaitement artificiel ne sont pas fondées. Les statistiques sur lesquelles il s’est appuyé sont fautives, parce qu’elles ne tiennent pas compte de toutes les conditions qui accompagnent l’allaitement artificiel et' qui le compli(piont, par exemple, de l’alimentation prématurée. M. J. Guérin s’éféve contre ces .statistiques banales qui donnent des chiffres bruts, sans s’inquiéter des divers éléments de la question qu’elles ont la prétention de résoudre. Il faut d’abord éloigner les éléments étrangers, comme dans l’espece l’alimentation prématurée, pour savoir au juste à quoi s’en tenir sur l’alimentation artificielle. »
Sans contredit, si nous étions absolument certains d’avoir un nombre suffisant de nourrices, et si d’ailleurs le métier de nourrice n’ôfait pas une cause trop fréquente de décès j)our le propre enfant de la femme qui vend son lait, nous pourrions rester immobiles et demander le sein pour tous les nourrissons; d’autant mieux que la loi Roussel va nous donner des garanties par ses inspections et par ses comités locaux. Mais la loi Roussel ne peut pas créer des nourrices, et elle sera bien empêchée pour éviter que les enfants des noun-ices sur lieu no soient pas destinés une mort à peu près certaine.
11 faut donc trouver un moyen de remédier à cette pénurie et d’em-
LKS KNFANTS ASSISTÉS DE LA SEINE
pêcher un grand nombre d’enfants d’être voués à une mort presque fatale ; or, il n’y en a qu’un, c’est l’alimentation artificielle très décriée jusqu’ici, mais qui n’a pas été expérimentée encore dans de bonnes conditions. Sauf quelques médecins de mérite isolés, qui ont fait des expériences suivies et qui ont été satisfaits des résultats obtenus, on ne s’en est rapporté, pour condamner cette méthode, qu’à des statistiques établies sur des faits qui ne démontrent en somme que la profonde barbarie de l’élevage artificiel tel qu’on le pratique aujourd'hui, et l’absence absolue de toute notion d’hygiéne :
« On peut donc croire, disait M. Jules Guérin dans la séance de l’Académie du 7 novembre dernier, que tous ces nécrologes contre l’allaitement artificiel, d’où vient tout le mal, demandent à être passés au creuset d’une observation plus sérieuse et plus impartiale. On y verra, comme je n’ai cessé de le dire, plutôt les mauvais résultats d’une regrettable confusion entre l’allaitement artificiel et l’alimentation prématurée, que les effets véritables de l’allaitement artificiel. »
Le savant académicien venait d’ailleurs de citer des cas heureux de ce mode d’élevage.
L’idée de fonder des établissements où l’on pratiquerait l’allaitement artificiel, scientifiquement dirigé, est venue à l’esprit de nombreux médecins.
Le docteur Coudereau d’abord , puis les docteurs Chalvet , Bertrand, etc., ont traité la question et demandent à l’Administration de prendre l’initiative de ces fondations qu’ils regardent comme la seule voie de salut dans la situation actuelle. Le docteur Fauvel demandait un peu plus tard à l’Académie l’expérimentation en grand de ce système.
Nous n’avons été saisis jusqu’ici que du travail de M. Coudereau, que vous connaissez tous et dont je vais donner les dispositions principales.
Pour éviter les dangers de l’encombrement, le docteur Coudereau regarde comme condition principale de ne pas réunir les enfants dans une maison, mais dans un village, créé ad hoc, en dehors duquel seraient établis l’administration, la ferme, les infirmeries, les pavillons d’isolement et les services.
Ce village serait composé de pavillons isolés, divisés chacun en deux dortoirs de cinq lits d’enfants et d’un lit de nourrice ; deux nourrices par
pavillon étant nécessaires pour le cas où l’une d’elles s’absenterait. Ces pavillons seraient sur pivot et pourraient être orientés selon la direction des vents. Par conséquent, l’isolement de chacun d’eux serait absolu.
Derrière chaque pavillon serait un abri pour les chèvres, autour duquel il y aurait un espace semé d’herbes dans lequel elles pourraient vivre au grand air quand elles ne seraient pas utiles aux nourrissons. Les linges souillés seraient immédiatement rejetés à l’extérieur, dans une boîte disposée à cet effet.
Le cube d’air pour chaque nourrisson s’élèverait à 18“333.
Chaque nourrice aurait à sa charge cinq nourrissons, dont un ou deux au sein, suivant l’âge ou l’état de leur santé. Elle pourrait être acceptée avec son enfant, et n’aurait d’autre travail que les soins à donner aux élèves à sa charge et le nettoiement du dortoir.
Tout enfant nouveau-né devra être élevé exclusivement au sein pendant les deux premiers mois. Dans aucun cas on ne se servira de l’alimentation mixte pendant les premières semaines.
Ce mode d’élevage se rapproche donc un peu des desiderata formulés par notre savant collègue, M. Delpech, qui disait à l’Académie, dans la discussion sur les crèches. « Mais si le biberon employé seul, présente, comme vous le voyez, des dangers réels, ces dangers disparaissent presque complètement, lorqu’il vient suppléer seulement à l’insuffisance du lait de femme. »
L’enfant devenu assez robuste pour n’étre plus au sein, ne sera d’ailleurs alimenté que directement au pis de la chèvre, ou avec du lait vivant de vache, c’est-à-dire sortant du pis de la bête.
Un médecin verra chaque jour les enfants et dirigera l’allaitement. Une surveillance administrative sévère vérifiera si les prescriptions et les conseils du médecin sont scrupuleusement exécutés.
Un laboratoire destiné à compléter les observations médicales et à faire des recherches sur les améliorations à apporter dans le mode d’alimentation sera annexé à l’établissement et pourvu de tous les instruments nécessaires.
Un pareil établissement servirait non-seulement à donner des indications utiles dans le nouveau mode d’élevage des enfants du premier âge, mais serait aussi une excellente école pour les nourrices qu’on y emploierait ; c’est là seulement qu’elles pourraient apprendre les dangers que font
courir aux nourrissons les luiLitudes des campagnes, habitudes tellement invétérées que la nourrice sur lieu, elle-même, malgré la surveillance de la famille et les recommandations du médecin, ne peut s’empêcher d’y sacrifier, convaincue d’ailleurs que c’est pour le bien de l’enfant qui lui st confié.
Ce serait, oiipeutle dlrCj une école d’élevage.
Le docteur Chalvet recommandait, dans le travail qu’il a publié en 1870, de ne jamais soumettre un enfant à l’alimentation artificielle sans lui avoir donné le sein de sa mère pendant quinze jours au moins. Cela nous paraît une indication fort utile et si l’Assistance publique tient compte du vœu émis par le Conseil général cette année, de diriger pendant quinze jours au moins sur une maison de convalescence toutes les femmes qui sortent de la maison d’accouchement, les mères les plus dénuées de ressources pourront satisfaire à cette nécessité.
Le docteur Chalvet recommandait d’ailleurs, comme le docteur Coudereau, de ne jamais donner que du lait vivant.
Le vœu de notre collègue, le docteur Level, nous propose de donner à un e.xpérimentateur la ferme du bois de Vincennes et une subvention de 6,000 francs; la brochure du docteur Coudereau, dont je n’ai pu donner qu’une analyse trop succinte, en éliminant une foule de détails, si importants dans les soins de la première enfance qui ne se composent que de détails, recommande à la municipalité de prendre l’initiative pour la création de pareilles institutions. Le docteur Bertrand demande : « la création d’institutions laitières placées sous la surveillance de l’autorité publique. Les frais d’entretien dans ces établissements seraient à la charge des familles; en cas d’indigence, la commune, avec l’aide du département, il s’y avait lieu, concourrait à la dépense. »
Le Conseil municipal ne peut prendre une pareille initiative ; cela n’est ni dans ses attributions, ni de sa compétence. Il ne peut pas davantage subventionner d’avance une institution à créer, et sa jurisprudence constante est de ne subventionner que les établissements qui ont fonctionné déjà et dont les résultats peuvent être connus.
11 ne peut qu’encourager l’initiative privée et engager les savants médecins, auteurs des différents projets dont nous avons parlé à les mettre à exécution.
Celui de M. Coudereau a attiré l’attention de votre Commission parce
qu’il est complet et prévoit tous les détails d’une création qui dans ses mains expérimentées pourrait donner des résultats très heureux. Mais, je le répète, le Conseil municipal ne peut prendre aucune initiative et ne doit aider matériellement que les institutions déjà créées.
Toutefois, devant la situation navrante qui est faite aux enfants du premier âge par le mode d’élevage actuel, votre 4“ Commission vous propose d’émettre le vœu suivant :
L’Administration de l’Assistance publique mettra en expérience l’allaitement artificiel ; elle’ s’entourera pour faire cette e.xpérience de toutes les données scientifiques actuelles.
Sur ses plans et devis, la Ville de Paris l’aidera, soit par le prêt d’un terrain si elle en possède un dans dos conditions favorables, soit par des subventions, soit enfin par les deux, si besoin est.
L’Administration hospitalière devra, dans le délai de trois mois, soumettre au Conseil municipal un rapport sur les voies et moyens de réaliser cette expérience indispensable.
Une Commission d’étude de cinq membres suivra l’expérimentation et tiendra le Conseil au courant des résultats obtenus.
Paris, le 24 février 1877.
Le Rapporteur,
TllULIÉ.
Je dois faire remarquer tout d’abord que Delpech, membre de l’Académie de médecine, faisait partie de la Commission do l’Assistance publique et ne fit aucune observation au moment de la discussion de ces propositions. Je dois ajouter que le même académicien assistait à la séance du Conseil au moment de la discussion et de l’approbation de mon rapport, qu’il était près de moi et suivit avec attention ma lecture et la discussion qui lui succéda qu’il n’ouvrit pas la bouche et vota mes conclusions.
L’Administration de l’Assistance publique, dirigée alors par M. do Nervaux, ne demandait qu’à rester immobile. Comme nous l’avons vu
d’après les rapports de M. Clémenceau, faire un pas en avant lui paraissait insupportable ; à peine avait-elle la force de piétiner sur place. Elle était servie en cela par un Conseil de surveillance aussi désireux d’immobilité qu’elle-même, et de plus, sourdement hostile au Conseil municipal.
Le Conseil de surveillance de l’Assistance publique ne voulut pas donner son avis. Malgré la présence de délégués du corps médical des hôpitaux, malgré la présence du Doyen de la faculté de médecine, peutêtre sous l’influence de quelques-uns de ces hommes qui se fussent à coup sûr considérés comme insultés si on avait contesté leur compétence sur un pareil sujet, ce brave et vaillant Conseil de surveillance se débarrassa de la question sur l’Académie de médecine. 11 ne voulait pas du projet mais tenait à le faire repousser par d’autres. On appelle cela, je crois, de l’habileté.
Comment le dossier de l’affaire fut-il transmis à la docte assemblée, je ne sais. Mais il est certain que l’Académie ne connaissait ni les réclamations faites depuis 1871 contre les agissements de l’Assistance publique, contre ses habitudes homicides des billets jaunes et des noui'rices sèches, habitudes contre lesquelles, tout au moins, ne protestait pas ce Conseil de surveillance moins sévère pour ceux qui tuaient les enfants que pour ceux qui voulaient essayer de les sauver. Elle aurait vu, dans le rapport même qui demandait l’expérience au nom du Conseil municipal, que l’allaitement au sein était regardé dans l’assemblée municipale, aussi bien que partout ailleurs, comme le seul bon ; mais que là où le sein manquait il était impossible de se contenter de regarder les enfants mourir de faim, ou de les voir tuer par des procédés alimentaires barbares et mortels.
Voici quel fut le jugement de l’Académie sur le vœu du Conseil municipal.