‹ Les enfants assistés de la SeineChapitre 16 sur 116 · A MONSIEUR LE DOCTEUR BOURNEVILLE · texte numérisé non relu

A MONSIEUR LE DOCTEUR BOURNEVILLE

Mon cher Collègue,

J’ai été heureux de constater que la presse médicale n’avait pas suivi l’Académie de médecine dans sa proscription de notre vœu sur l’allaitement artificiel. Je suis heureux surtout de constater que l’épithète d’immorale lancée un peu étourdiment contre notre tentative, par quelques pontifes de la science, avait soulevé une réprobation presque générale.

Tout le monde s’est demandé pourquoi il est immoral d’essayer de réduire la mortalité efi’rayante qui frappe les enfants allaités artificiellement, en réglant scientifiquement ce mode d’alimentation, alors qu’il est reconnu que le lait de femme manque, que sous peine de ne pas nourrir du tout les enfants, il faut, dans un trop grand nombre de cas, recourir au biberon, et que là où le sein de femme n’existe pas, l’Académie de médecine, malgré sa bonne volonté et ses objurgations, ne peut en inventer.

Vous vous rappelez, mon cher Collègue, comment nous avons été amenés à formuler ce vœu, et certes l’Assistance publique, que nous avions si vivement attaquée à propos de sa Direction municipale des ■ nourrices, avait en main toutes les pièces nécessaires pour éclairer l’Académie et l’empêcher de passer à l’ordre du jour, sur une question si grave, avec tant de légèreté et d’injustice.

Dès 1872, le Conseil municipal avait été épouvanté par la mortalité effrayante des nourrissons confiés à la Direction municipale des nourrices. Notre vénérable collègue, le docteur Trélat, dans son rapport sur le budget de la Direction, le docteur Clémenceau dans ses différents rapports sur les Enfants assistés, avaient vivement attaqué l’Administration hospitalière sur la façon dont elle dirigeait son service. Le Bureau municipal des nourrices avait un double but : 1“ donner des nourrices

aux femmes nécessiteuses qui ne pouvaient subvenir aux frais nécessaires ; 2“ fournir des nourrices aux familles aisées, comme le font aujourd’hui les bureaux particuliers. Mais les gens aisés avaient peu à peu abandonné notre Direction municipale qui n’avait plus pour clientèle que les mères pauvres demandant des nourrices à titre gratuit, ou celles qui, moins malheureuses, étaient cependant obligées de rechercher des nourrices à bon marché, le plus souvent, d’ailleurs, poussées par la misère ou désirant se débarrasser de leur enfant, ces dernières ne payaient plus après le premier mois : l’enfant était ramené à Paris, immatriculé dans notre service des Enfants assistés, et renvoyé en province à la charge : du Département. Comme les familles aisées, les nourrices, bien moins j payées par la Direction que par les bureaux particuliers, avaient oublié ’ le chemin de l’Assistance, et l’Administration fut obligée de créer ce que l’on a appelé le billet jaune.

Ce billet était un bon sur un bureau de nourrices particulier; quand une mère se présentait à l’Assistance, on lui remettait un de ces billets ; jaunes et elle se rendait dans un bureau particulier où on lui donnait naturellement ce dont personne ne voulait. Les enfants de l’Assistance n’avaient donc que le rebut des nourrices : c’était à cette pratique qu’était due la mortalité effrayante des nourrissons, et le Conseil municipal lutta pendant deux ans pour obtenir la suppression de ces billets jaunes.

L’Administration de l’Assistance publique céda; mais, au lieu de chercher à se pourvoir de bonnes nourrices, elle trouva un procédé plus simple; elle continua bien à envoyer ses nourrissons à la campagne, mais elle les confia à des noun'ices sèches, sous prétexte qu’elle ne pouvait en trouver d’autres. Certes, le Conseil de surveillance de l’Assistance publique, qui s’est montré si sévère pour notre projet, ne protesta pas contre ces agissements funestes; et bien qu’aux premières places pour constater le mal et y porter remède, il resta immobile et c’est le Conseil municipal encore qui dût protester contre cette pratique qui tuait 50 pour cent des enfants que l’on confiait au Bureau municipal des nourrices.

Pourquoi donc l’Académie de médecine n’a-t-elle pas protesté à cette époque, pourquoi ne traita-t-elle pas ces pratiques d’immorales? C’était bien le cas cependant et elle eût grandement aidé le Conseil

municipal qui s’épuisait inutilement en vœux et en remontrances.

De guerre lasse, en 1876, le Conseil municipal supprima la Direction des nourrices qui lui coûtait des sommes énormes pour faire tant de victimes. Voici par quoi on la remplaça; une subvention serait donnée au Départenent : 1° pour avoir à fournir des nourrices de son service des Enfants assistés aux mères nécessiteuses; 2“ pour augmenter la somme que le Conseil général vote chaque année sous la rubrique : secours pour prévenir l'abandon. Ces secours sont donnés aux femmes qui consentent à garder et à nourrir au sein leur enfant.

Mais le nombre des nourrices est limité, notre service des Enfants assistés ne peut chômer de lait de femme, et d’autre part, beaucoup de mères travaillant dans les usines, étant employées ou en service, ne pourraient vivre avec la subvention que nous leur donnons, si elles devaient abandonner leur travail ou leur place. C’est donc la plus petite partie des mères pauvres qui acceptent notre secours et s’engagent à allaiter au sein leur enfant, et encore ne sommes-nous pas bien certain, malgré nos surveillants et nos enquêteurs, que toutes tiennent leur engagement et ne se servent pas du biberon.

M. Devilliers qui, dans son rapport, nous conseille d’employer nos fonds à aider les mères qui veulent bien nourrir elles-mêmes, n’est certes pas au courant de la question, chose bien grave quand on tranche du moraliste sévère. Il aurait su sans cela que sur ce point encore, et depuis 1872, nous avons été en lutte avec l’Assistance publique. Aussi bien pour les secours en argent, que pour les secours en nourrices, le Conseil général a fait des réformes utiles. Quand une mère se présentait à l’Hospice pour abandonner son enfant, on lui offrait un secours de nourrice pour un mois, c’est-à-dire qu’elle s’engageait à payer après le premier mois le reste de la nourriture, beaucoup d’entre elles acceptaient, mais ne reparaissaient plus, l’enfant était ramené à Paris et immatriculé. Quelques-unes, des plus honnêtes, n’acceptaient pas, se regardant comme dans l’impossibilité de remplir leurs engagements. Le Conseil général a empêché d’abord le retour de ces enfants à Paris; aujourd’hui on les immatricule sur place, de plus, il a obtenu qu’on n’offrirait des secours en nourrices que pour la durée de 10 mois.

Pour les secours en argent, l’Assistance donnait des sommes illusoires ; vingt francs, dix francs, cimj francs, le plus souvent une fois

donnés. Le Conseil général a obtenu que le secours pour prévenir l’abandon ne serait pas au-dessous de ce que coûte une nourrice, 20 ou 25 francs par mois pendant dix mois. Mais malgré ces améliorations, nous sommes bien loin d’obtenir l’allaitement au sein par toutes les mères nécessiteuses, et une très grande partie des enfants pauvres de Paris sont encore alimentés au biberon, soit par la mère, et c’est l’exception, soit par une mercenaire et dans ce cas l’enfant a peu de chance de vivre. Si quelques éleveuses, cas bien rares, mettent tous leurs soins dans l’allaitement artificiel, elles n’en sont pas moins imbues de préjugés tenaces, et soit par économie, soit dans le désir de fortifier l’enfant qui leur est confié, elles leur donnent une alimentation prématurée, le plus souvent mortelle. Mais la plupart de ces gardeuses n’ont ni les soins indispensables au jeune âge, ni les connaissances nécessaires pour éviter les aliments si nuisibles à la première enfance.

A Paris et dans les environs, disais-je dans mon rapport du 24 février 1877, il y a des femmes qui font le métier de gardeuses, dans un taudis, ordinairement, elles ont 10, 15, 20 enfants; on les alimente avec du mauvais lait de la veille, dans un biberon mal nettoyé, où il s’altère vite, devient acide ou est caillé et ne peut se digérer. Ils sont rarement changés, vivent dans une atmosphère empestée, et quand ils crient trop, qulques-unes de ces gardeuses leur donnent ce qu’elles appellent du dormant, c’est-à-dire une décoction de pavot. Mais ce n’est pas de l’alimentation artificielle, c’est de l’assassinat! Je ne parle pas des industrielles (jui, comme la faiseuse d’anges, les laissent mourir sciemment, ou de ces êtres ignares, criminels par sottise, que M. Betbmann, adjoint de la ville de Bordeaux, nous a fait connaître :

« Des rumeurs graves, écrivait-il, nous apprirent qu’une mortalité effrayante l’égnait parmi les enfants des filles-mères nourris artificiellement. L’Économe de l’hospice y fut envoyé; il déclara que tous les faits étaient vrais et qu’un des personnages les plus notables de la commune était persuadé que l’Administration plaçait les enfants de cette manière dans l’intention d’en débarrasser la société. Ces enfants étaient confiés aux habitants les plus pauvres et souvent laissés aux soins des vieillards, les femmes travaillant aux champs. »

Non, ce n’est pas là ce qui doit servir à une statistique comparative entre l’allaitement artificiel et l’allaitement au sein, les nourrices sèches

mêmes que le Bureau des nourrices donnait aux enfants de Paris ne peuvent servir d’exemple, car cette alimentation quoique surveillée était tout ce qu’il y avait de plus mal fait et devait être fatale aux nourrissons. »

Il y a encore une série de nourrissons condamnés, sans scrupule, au biberon mortel par les hommes qui sont les plus intransigeants sur cette question; ce sont les propres enfants des nourrices. Personne ne s’en occupe, et ce sont des êtres humains, ce me semble, qui dans les statistiques comptent aussi bien que les enfants des citadins. Quand une nourrice sur lieu s’engage, son enfant est ramené dans son pays par une meneuse, voilà pour le nourrisson deux voyages en peu de jours dont le second se fait dans des conditions pitoyables. Si le retour n’a pas été mortel, il tombe aux mains de la famille qui le nourrit artificiellement et dans toutes les mauvaises conditions connues, ou dans les mains d’une mercenaire; c’est toujours un enfant qui a cinquante chances pour cent de mourir. Le médecin de Paris ne voit que son petit client, mais il ne s’occupe pas du petit villageois qui après deux voyages difficiles est élevé artificiellement. Et, si ce même médecin prend successivement trois nourrices pour sauver l’enfant qu’il soigne, il ne songe pas qu’il condamne trois petits Français à la nourriture qu’il regarde comme si dangereuse. Le remède logique de cette difficulté, si toutefois l’on ne veut pas seulement déplacer la mort, si l’on compte l’enfant du paysan comme un être humain qui ne doit pas plus subir les chances de mortalité que l’enfant des villes, serait de forcer par une loi toutes les mères d’allaiter leurs enfants et de ne permettre à une femme de vendre son lait que lorsque son fruit aura atteint 10 ou 12 mois ou quand elle l’aurait perdu. Est-ce praticable? Si non, et si l’allaitement artificiel doit être exclu, pourquoi tuez-vous l’enfant pauvre pour sauver l’enfant riche?

C’était pour enlever toutes ces victimes à l’empirisme mortel des gardeuses, pour faire concurrence à l’aide d’un établissement scientifiquement dirigé, à ces entreprises où la mort moissonne si cruellement, que nous voulions faire étudier la question par notre service hospitalier et lui donner la direction de l’expérience. Mais après avoir pratiqué, jusqu’à la suppression du service par le Conseil municipal, la nourrice sèche, l’Assistance publique n’a même pas daigné tenter un essai ; elle

a demandé une consultation à l’Académie de médecine, sans même lui fournir toutes les pièces du procès. D’ailleurs, toutes les questions que je viens de soulever n’ont pas occupé le rapporteur de l’Académie, M. Devilliers; il a dans son rapport constaté que l’allaitement maternel est supérieur à l’allaitement artificiel, ce qui n’était pas en question, et ce qui n’a jamais été contesté pas plus en France qu’en Chine ou ailleurs. M. Devilliers a dit que nous avions formé un vœu sans plan d’aucune sorte.

Voici le desideratum formulé dans le rapport qui précède le vœu, nous suivions en cela le plan du docteur Coudereau .

(Ici je citais textuellement les indications données dans mon rapport du 24 février 1877).

Le Conseil municipal avait donc un plan, il l’avait indiqué succinctement, convaincu que s’il s’était présenté avec un projet tout dessiné, tout chiffré, accompagné d’un projet de règlement et d’expériences, les savants de l’Assistance l’eussent traité d’audacieux et d’outrecuidant.

Le Conseil municipal connaissait non-seulement le danger des nourrices sèches, puisqu’il avait supprimé la Direction municipale des nourrices pour faire cesser cette pratique, mais aussi le danger des nourrices de rebut que l’Assistance publique donnait sans vergogne avec ses billets jaunes.

S’il avait fait son projet c’est qu’il voulait amoindrir le danger inévitable de l’allaitement artificiel tel qu’il est pratiqué, et le faire diriger, puisqu’on ne peut s’en passer, par des savants dévoués. Nous voulions, en un mot, sauver une partie des enfants vonés actuellement à une mort certaine.

L’accusation d’immoralité à été lancée ; certainement elle ne tombera pas sur notre tête. Mais elle ne peut rester en l’air, elle retombera d’elle-méme à sa juste place.

Bien à vous, mon cher Collègue,

• D"" H. Thulié,

Conseiller municipal.

Il n’y avait plus à demander d’expérience à l’Assistance publique qui se retranchait, avec son Conseil de surveillance, derrière le verdict de l’Académie si grossièrement formulé.

Cependant un nouvel Administrateur avait été mis à la tête de l’Assistance publique. Autant M. de Nervaux s’était montré inuet et inerte, autant M. Michel Moring se montra actif, intelligent, communicatif et plein du désir de satisfaire les Assemblées départementale et municipale.

La difficulté du recrutement des nourrices continuant et s’accentuant sous sa direction, je lui rappelai le vœu du Conseil municipal et il s’occupa activement de son accomplissement. Si bien qu’en 1880 il présenta au Conseil municipal un projet de nourricerie artificielle; projet délibéré et accepté par le môme Conseil de surveillance qui s’était retranché longtemps derrière l’avis brutal de l’Académie, et qui, avec le nouveau Directeur, n’en tenait plus compte, soit qu’il l’eût oublié, soit que M. Michel Moring ait été assez éloquent dans le débat pour vaincre l’influence des objurgations académiques jusque là indiscutées.

RAPPORT

Présenté par M. Thülié ait nom de la 6° Commission (1), sur la construction, à l'Hospice des Enfants Assistés, d'une nourricerie destinée à l'expérimentation de l'allaitement artificiel.

Messieurs,

En 1877, le Conseil municipal de Paris était justement effrayé par la difficulté de plus en plus grande de se procurer des nourrices pour les enfants- abandonnés ou secourus ; sachant, d’ailleurs, qu’aucune

d. La 4“ Commission {Instruction publique. Assistance publique, Monl-de-Piété) est composée de MM. Thulié, Président; Lafont, 'Vice-Président; Hovelacque, Secrétaire; François Combes, Delabrousse, Harant, Sigismond Lacroix, de Lanessan, Levraud, Prétet.

expérience d’alimentation artificielle des enfants du premier âge n’avait été sérieusement et scientifiquement faite, et constatant la mortalité effroyable que les pratiques de l’Assistance publique occasionnaient, soit par ses billets jaunes, soit par ses nourrices sèches, il avait émis le vœu qu’une expérience d’alimentation artificielle soigneusement étudiée et sévèrement suivie fût faite par les soins de l’Administration hospitalière. Le Conseil de surveillance d’alors n’osa pas prendre un parti et trancher lui-même une question qui cependant était absolument de sa compétence, et, de même que jusque-là il s’était facilement résigné à laisser les choses en l’état et à contempler cette hécatombe sans chercher à faire cesser les pratiques qui causaient cette énorme mortalité, de môme il se résigna à attendre encore, et, dans son extrême prudence, voulut avoir l’opinion de l’Académie de médecine.

En réalité, et nous l’avons appris par ceux de nos collègues qui faisaient partie du Conseil de surveillance de cette époque, cette prudence cachait une hostilité absolue contre notre vœu et aussi, paraît-il, contre ceux qui l’avaient émis.

Nous n’avons jamais su en quels termes la question avait été posée et si les documents nécessaires avaient été fournis ; mais les termes de la réponse de la savante assemblée nous ont autorisés à penser que cette question avait été aussi mal posée par l’Administration que légèrement étudiée par la Commission de l’Académie.

Le Rapporteur de la Commission de l’hygiène de l’enfance disait, en effet, que le Conseil municipal avait formé un vœu sans plan d’aucune sorte. Or, le rapport de votre 4° Commission contenait des indications très précises sur les constructions, sur le cubage d’air des salles, sur le nombre d’enfants que chacune d’elles devait contenir, sur la qualité du lait, sur l’époque où l’allaitement artificiel devait commencer, etc., indications qu’on aurait pu considérer comme inutiles, en vérité, le Conseil municipal s’adre.ssant à une Administration hospitalière chargée d’étudier et de connaître les meilleurs modes d’hospitalisation, et admirablement outillée pour avoir les meilleurs avis sur la matière, le corps médical des hôpitaux étant toujours prêt à sacrifier son temps et sa peine pour tout ce qui peut rendre service à l’humanité.

Si MM. les membres de la Commission de l’Académie de médecine avaient été sérieusement renseignés, ils auraient su que les représentants

de la Ville de Paris luttaient depuis 1872, c’est-à-dire depuis quatre ans, contre les agissements dangereux de l’Assistance publique; ils auraient appris que, pour faire disparaître les pratiques dangereuses d’un service où la mortalité était comme organisée, le Conseil municipal de Paris, après quatre années de réclamations inutiles et d’ordres du jour de blâme, avait été obligé de faire disparaître ce service lui-même.

Avec l’enquête la plus élémentaire, MM. de l’Académie auraient compris pourquoi nous faisions cette proposition utile; ils auraient appris à connaître les fameux billets jaunes, ces bons que le Bureau municipal donnait aux mères pauvres et incapables d’allaiter ellesmêmes, et à l’aide desquels elles allaient chercher des nourrices dans des bureaux particuliers, où on ne leur fournissait naturellement que les seins de rebut. Ils. auraient appris, en outre, que les protestations du Conseil municipal soulevées par la mortalité qui résultait de ce système avaient forcé l’Administration hospitalière de cesser cette pratique déplorable, mais que l’Assistance publique l’avait changée pour une pratique pire encore, et avait [remplacé les nourrices à billets jaunes par des nourrices sèches qui nous tuaient 50 0/0 des enfants qui lui étaient confiés, et cela sans que le Conseil de surveillance de cette époque ait rien fait pour améliorer la situation. Ils auraient su que c’était le Conseil municipal qui, pour en finir avec tous ces agissements déplorables, avait supprimé le Bureau des nourrices.

S’ils n’avaient pas négligé de se renseigner, MM. les membres de la Commission de l’Académie auraient appris aussi que jamais aucun de nos collègues n’avait eu l’amère sottise de mettre sur le même pied l’allaitement artificiel et l’allaitement au sein, et ils se seraient épargné le ridicule de nous conseiller des solutions qui, depuis longtemps et sur notre demande, étaient mises en pratique dans nos services spéciaux. S’ils avaient voulu constater que les nourrices mercenaires manquaient et que leur nombre allait décroissant chaque jour, peut-être eussent-ils admis que le Conseil municipal ne pouvait rester stoïquement immobile comme le Conseil de surveillance et comme l’Académie elle-même devant cette mortalité effroyable, se contentant de compter les morts et de blâmer les pratiques funestes; peut-être eussent-ils admis que le Conseil municipal ne pouvait regarder mourir de faim les nombreux enfants de Paris, pour lesquels, faute de nourrices, l’alimen-

tation au sein était impossible, sans chercher un remède à ce mal. Peut-être aussi eussent-ils reconnu que l’alimentation artificielle surveillée et suivie par des médecins de premier ordre, donnée dans des locaux appropriés, par un personnel stylé par le chef de service, n’offrait certainement pas plus de dangers que l’alimentation donnée par les nourrices sèches de l’Assistance publique, c’est-à-dire par des femmes imbues de préjugés au sujet de l’alimentation de la première enfance, agissant sans surveillance sérieuse et efücace, donnant du lait de qualité douteuse, acide le plus souvent, à l’aide d’un biberon mal nettoyé, gorgeant le petit être de soupes épaisses, poison véritable pour l’enfant du premier âge, habitant des chambres où grouillent ordinairement, au milieu des conditions les plus malsaines, le père, la mère, quelquefois les grands parents, et des enfants nombreux.

Certainement, les enfants de nos nourriceries scientifiquement organisées ne seraient pas morts par moitié comme ceux que l’Assistance publique confiait aux nourrices sèches; leur mortalité même n’aurait pas atteint dans ces établissements le chiffre de 40 et 42 0/0 que l’on signalait pour les enfants confiés aux nourrices au sein procurées au moyen des billets jaunes (1). Nous pouvions ainsi, à l’aide de cette nourricerie d’essai, sans faire courir aux enfants des dangers plus grands que ceux auxquels l’Assistance publique les exposait, sinon avec l’approbation de l’Académie, au moins sans que celle-ci ait jamais protesté, faire expérimenter scientifiquement et, on peut le dire, dans des conditions relativement excellentes, un mode d’alimentation qui s’imposera le jour où la loi Roussel étant sérieusement exécutée et le service des Enfants Assistés étant humainement réorganisé sur tout le territoire, les nourrices au sein manqueront plus qu’aujourd’hui encore.

Enfin, en explorant nos services, la Commission d’hygiène de l’enfance aurait pensé aux enfants syphilitiques, dont un grand nombre sont guérissables; elle aurait compris certainement que, faute d’une alimen-

1. Le Bureau municipal des nourrices n’a jamais fourni une statistique exacte de la mortalité des enfants qu’il plaçait en nourrice. En 1878, alors que ce Bureau n’existait plus, les enfants ayant reçu le secours en nourrice sont morts dans la proportion de 39 0/0. Et cependant les nourrices venaient de nos circonscriptions de province, elles étaient visitées et surveillées par nos médecins et nos agents, et valaient incontestablement mieux que les nourrices à billets jaunes.

tation artificielle étudiée expérimentalement et scientifiquement réglée, on est placé entre la mort assurée de l’enfant et l’infection d’une femme appelée à être encore mère.

Sans s’occuper de tout cela, quelques membres de l’Académie de médecine ont tout simplement proclamé que le vœu du Conseil municipal était IMMORAL.

Mais pourquoi n’ont-ils pas accompagné cette accusation injurieuse d’une indication qui eut été une preuve et qui, en même temps, eut pu nous moraliser? Pourquoi ne nous ont-ils pas enseigné le moyen de nous procurer les nourrices qui nous manquent?....

La presse médicale, d’ailleurs, n’a pas suivi l’Académie, et l’injure est restée au compte de ceux qui l’avaient prononcée.

Le Conseil municipal protesta, mais la question resta sans solution, le Conseil de surveillance se retranchant derrière l’avis de l’Académie.

Cependant, le nombre des nourrices diminue toujours, et, je le répète, si la loi Roussel est sérieusement exécutée, leur recrutement deviendra de plus en plus difficile et diminuera encore si, comme cela est indispensable, une loi nouvelle réorganise le service des Enfants Assi.stés.

Le nouveau Directeur de l’Assistance publique a été frappé, comme l’avait été l’ancien Conseil municipal, par les difficultés actuelles, et, convaincu qu’elles ne feront que s’aggraver avec le temps, il a repris la question pour son compte et a chargé une Commission spéciale de l’étudier. Cette Commission était composée de :

MM. Michel Moring, directeur de l’Assistance publique,

Blachez, ]

Bergeron, | médecins des hôpitaux.

Dujardin-Baumetz, )

d’Écherac, secrétaire général de l’Administration,

Brueyre, chef de la division des Enfants assistés.

Voici le procès-verbal de la séance dans laquelle cette Commission a donné son avis :

« M. Michel Moring expose à la Commission que M. le docteur Thulié et le Conseil général de la Seine se sont préoccupés de la difficulté toujours croissante du recrutement des nourrices et de la néce.ssité de rechercher le moyen d’y remédier, en favorisant d’une part l’allaitement

maternel et d’un autre côté, en étudiant les différentes méthodes d’allaitement artificiel.

« Afin d’arriver au but, l’Administration se propose d’expérimenter à l’Hospice des Enfants Assistés les divers modes d’allaitement artificiel, notamment au moyen de lait de juments, de vaches, de chèvres et même de chiennes. On pourrait en outre expérimenter les résultats de l’allaitement des enfants syphiliticxues par des nourrices syphilitiques.

« Ces expériences, qui seraient confiées à l’émiiient docteur Parrot, médecin de l’Hospice des Enfants Assistés, seraient faites dans les meilleures conditions possibles.

« Une nourricerie spéciale serait établie dans des constructions en pisé élevées dans les vastes jardins. del’Hospice.

« M. le Président ajoute qu’il a reçu de l’un des agents de surveilla:nce des Enfants assistés une notice sur l’allaitement d’enfants syphilitiques par des chèvi'es et que cette méthode paraît avoir donné des résultats satisfaisants (1).

« Il prie, en conséquence, MM. les médecins, de vouloir bien faire connaître si des expériences analogues ont déjà été faites et quels eu ont été les résultats.

« MM. les médecins voudront bien en outre donner leur opinion sur la valeur que pourrait avoir une expérimentation faite dans les conditions qu’il a indiquées.

« MM. les docteurs Blachez et Bergeron prennent tour à tour la parole et déclarent que les expériences faites précédemment sur l’allaitement animal l’ont été sur une échelle trop restreinte et dans des conditions trop peu scientifiques pour qu’on en puisse tirer un enseignement utile.

« Ils ne peuvcntiiu’approuver vivement le projet de l’Administration, de procéder à des expériences sérieuses sur cette importante question. Nul, mieux que leur éminent confrère, le docteur Parrot, n’est à mémo de les suivre de près et d’étudier en particulier, au point de vue de la syphilis, les conséquences de tel ou tel mode d’allaitement.

« Toutefois, pour que des conclusions tout à fait certaines ressortent de ces expériences, il faudra que celles-ci soient prolongées pendant

1. Cet agent de surveillance est M. Boudard, qui depuis de longues années a consacré ses soins et ses peines à l’élude de cette très intéressante question. (Note du Rapporteur).

longtemps sur un grand nombre d’enfants. Il y a lieu aussi de remarquer que les enfants amenés à l’hospice de la rue Denfert-Rochereau sont nés de mères indigentes, accouchées dans de mauvaises conditions, après des gestations difficiles et souvent contrariées, que ces malheureux sont apportés dans des conditions de santé des plus déplorables et qu’il y aura lieu de tenir compte de ces faits particuliers.

« Ils encouragent donc vivement l’Administration à poursuivre le projet qu’elle a fait et qui rencontrera l’appui et la sympathie de tous ceux que préoccupe la question infantile.

(c M. le Président déclare qu’il convoquera de nouveau la Commission dans un an, afin de mettre sous ses yeux le résultat des expériences de M. le docteur Parrot.

« La séance est levée. »

Encouragée par l’opinion des savants médecins des hôpitaux qui faisaient partie de cette Commission, l’Administration de l’Assistance publique a présenté un projet à la Commission de surveillance sur l’établissement d’une nourricerie à l’Hospice dépositaire.

Cette nourricerie se composerait d’un pavillon à rez-de-chaussée comprenant deux salles de dix lits chacune, et séparées entre elles par un office.

En arrière de ce pavillon, un bâtiment, complètement séparé, recevrait les animaux destinés à fournir leur lait aux enfants de la nourricerie.

^ Sur le rapport du docteur Nicaise, ce projet a été adopté, sauf de légères modiflcations. Ainsi, la construction du bâtiment destiné aux enfants, d’abord projetée en pisé, serait, sur la demande formelle du Conseil de surveillance, formée de murs en moellons avec encadrements en briques autour des baies ; le plafond serait en charpente légère ; la couverture en tuiles à emboîtements ; le pisé n’a été conservé que pour les écuries.

Cette construction, quoique très simple, serait, de la sorte, édifiée en matériaux solides et durables.

Les travaux étant confiés aux entrepreneurs adjudicataires de l’entretien, en vertu de leurs cahiers de charges, la dépense s’élèverait, rabais déduits, à 13,086 fr. 28; elle pourrait être imputée sur le reliquat des subventions municipales.

La surveillance du mode d’alimentation des enfants serait confiée à l’éminent médecin de l’Hospice dépositaire, M. le professeur Parrot. Nous sommes absolument confiants dans la bonne direction de cette expérience, le talent indiscuté du docteur Parrot et sa conscience droite sont pour votre Commission une garantie plus que suffisante.

Votre 4° Commission a l’honneur. Messieurs, de vous proposer le projet de délibération suivant.

Paris, le 25 mars 1880.

Le Rapporteur,

THULIÉ

PROJET DE DÉLIBÉRATION

(Adopté dans la séance du 35 mars 1880.)

Le Conseil,

Vu le mémoire en date du 26 juillet 1879, par lequel M. le Sénateur, Préfet de la Seine lui soumet pour avis une demande formée par M. le Directeur de l’Assistance' publique à l’effet d’obtenir l’autorisation d’exécuter à l’Hospice dépositaire des Enfants Assistés un projet pour la construction d’une nourricerie modèle destinée à expérimenter l’allaitement artificiel ;

Vu les plans et devis dudit projet dont la dépense apres révision est évaluée à 13,086 fr. 28;

Vu l’avis du Conseil de surveillance de l’Assistance publique, en date du 26 juin 1879,

Est d’avis qu’il y a lieu :

1“ D’approuver dans la limite d’une dépense de 13,086 fr. 28, l’exécution du projet susvisé, ayant pour objet la construction, à l’Hospice

dépositaire des Enfants Assistés, d’une nourricerie modèle destinée à expérimenter l’allaitement artificiel ;

2“ De confier l’exécution des travaux aux entrepreneurs adjudicataires de l’entretien, aux clauses et conditions de leur cahier des charges;

3" D’imputer la dépense sur les reliquats des subventions municipales, inscrits au budget de 1880.

Le projet fut voté par le Conseil municipal malgré l’opposition violente, ou plutôt furieuse du docteur Delpech. Cet académicien, réactionnaire par élégance, était un savant de salon, reluisant de décorations, beau parleur, banal mais pédant et précieux, un galantin délabré dont la dévotion, postiche comme les atours, trompait encore moins qu’eux. Ayant la conscience aussi fardée que le visage, oubliant, ou plutôt cherchant à faire oublier son silence au moment de la discussion et du vote qui nous avait valu l’impertinence académique, il se laissa aller à une fureur trop exagérée pour être sincère. Il voulait bien mériter, cette fois, de ses collègues de la rue des Saints-Pères. M. Cattiaux, d’ailleurs, lui avait prêté le secours de son éloquence.

Comme on devait s’y attendre, il y eut grand bruit à l’Académie au sujet de ce rapport. M. Devilliers récrimina avec amertume, reprit à son compte l’accusation d’immoralité, lancée par feu Devergie, annonça comme un prophète, que l’expérience décidée par notre rapport ne réussirait pas quelque bien qu’elle fut faite. Quant à Delpech, il épancha toute sa bile et triompha facilement d’ennemis absents, il se livra à de ces bonnes moqueries qui transportent les âmes d’épiciers, demandant, ravi de lui-même, si les billets jaunes me tourmentaient parce qu’ils étaient jaunes, et ce que j’en aurais pensé s’ils avaient été bleus,... vous voyez ça d’ici. Il termina par l’insinuation chère à tout jésuite. Il s’écria en finissant :

« Toute question a ses dessous, qu’on n’aperçoit point toujours au premier abord. Si l’Académie venait à se déjuger, si elle paraissait seulement ébranlée dans la résistance qu’elle fait à l’allaitement artificiel, vous verriez des industriels de tout étage exploiter à l’instant ses hésitations .

« Les nourriceries modèles s’afficheraient de toutes parts, approuvées par l’Académie... »

Les académiciens et les auditeurs qui ne me connaissaient pas étaient convaincus que je voulais monter une nourricerie, que le dessous de la question était que je voulais être nourricier.

Jules Guérin, cette fois comme l’autre, défendit l’expérimentation avec son courage habituel et sa haute raison.

Tout ce tapage aboutit à un succès qui dépassa les espérances. En juillet 1882, Parrot lut à l’Académie un mémoire donnant le résultat de ses expériences pendant huit mois. Il apporta, dans cette étude la prudence, l’esprit méticuleux, la sincérité scientifique qu’il avait l’habitude de mettre dans tous ses travaux. Il lit une expérience comparative sur des petits syphilitiques. Les uns furent alimentés au pis de la chèvre, les autres furent nourris au pis de l’ànesse. Il ne faut pas oublier que, nourris au biberon, ces enfants atteints de syphilis héréditaire meurent à peu près"' tous. Dans cette première expérience, ceux qui étaient nourris au pis de la chèvre furent sauvés dans la proportion de 19,05 0/0; ce n’était pas brillant, mais rien que ce résultat aurait pu satisfaire en raison de ce qui se passe pour les enfants dans les mêmes conditions par la nourriture au biberon.

Mais le résultat obtenu par la nourriture au pis de l’ànesse fut absolument brillant; la proportion des petits syphiliques sauvés s’éleva au chiffre considérable de 73,68 0/0.

Naturellement on abandonna les chèvres.

Dans la suite, la proportion n’est pas restée aussi élevée que dans cette première expérience, mais elle variait entre 60 et 66 0/0 d’enfants arrachés à une mort certaine.

C’était là une brillante réplique aux objurgations de l’Académie, à la prédiction de M. Devilliers que l’expérience ne pouvait pas réussir, et enfin un triomphe pour la courageuse intervention de M. Jules Guérin.

Si on avait été prompt à malmener le Conseil municipal, peut-être oublia-t-on un peu trop que grâce à sa ténacité cette expérience avait pu être faite, l’expérimentateur lui-même glissa timidement sur ces aventures; voici tout ce qu’il en dit : « Je signalerai, par exemple, le projet d’une fondation municipale pour l’élevage normal de la première enfance, de feu M. le docteur Coudercau (1875) et le rapport au Conseil municipal, dans lequel M. le docteur Thulié (séance du 24 février 1877) émettait le vœu que l’Administration de l’Assistance publique mît en

expérience l’allaitement artificiel, en l’entourant de toutes les données de la science actuelle. A-près les incidents que je crois inutile de rappeler, cette intéressante question, momentanément abandonnée, fut reprise en 1878, à la suite d’une visite faite par M. Michel Moring à l’Hospice des Enfants Assistés. Là je lui montrai un grand nombre de nouveau-nés syphilitiques voués à une mort presque certaine, dans un bref délai; puisque, dans l’impossibilité de les confier à une nourrice sédentaire et de les envoyer à la campagne, j’étais obligé de les faire nourrir au biberon dans les salles d’infirmerie, où ils subissaient rapidement les atteintes de l’athrepsie (voir l’opinion de Michel Moring à la page 138)... »

Puisqu’il était dans ces dispositions, pourquoi Parrot n’a-t-il pas protesté comme M. Jules Guérin contre les injustices du Rapporteur et du Président de la Commission de l’Académie? Pourquoi, lorsqu’on renouvela les attaques après le vote du Conseil qui établissait la nourricerie à l’Hospice des Enfants Assistés et remettait entre ses mains la direction 416 l’expérience, pourquoi ne se joignait-il pas à M. Jules Guérin pour repousser les injures d’une part, et de l’autre les affirmations audacieuses qui annonçaient l’échec de l’expérience qui lui était confiée. C’était, en vérité, trop de discrétion ou trop de timidité.

Voici les conclusions de son rapport remarquable. « Si donc, dans le milieu parisien, pour l’alimentation des enfants, je place le lait d’ânesse immédiatement après celui de femme, je pense que celui de la chèvre peut le remplacer dans les pays où celle-ci vit en liberté.

« En manière de conclusion, l’on peut tirer de ce qui précède les propositions suivantes, d’un caractère éminemment pratique :

« A défaut d’une bonne nourrice, l’allaitement direct au pis des animaux peut rendre de grands services.

« Il est formellement indiqué pour les enfants atteints de syphilis héréditaire.

« L’ànesse, par sa sobriété, par la manière dont elle supporte la stabulation prolongée, surtout par la constitution chimique de son lait, qui le rapproche beaucoup de celui de la femme, tient le premier rang parmi les animaux qui peuvent être utilisés pour l’allaitement artificiel. Viennent après la jument, la chèvre et la vache.

« Une ânesse en pleine lactation ne peut nourrir eflBcacement que trois enfants, âgés en moyenne de cinq mois.

« Le nombre des tétées, dans les vingt-quatre heures, variera de six à huit; il sera d’autant moins considérable que les enfants seront plus âgés.

« Là où la chèvre pourra vivre en liberté et trouver ses aliments de prédilection, on la substituera sans inconvénients à l’ânesse.

« Dans la thérapeutique de l’enfance, le lait d’ânesse doit tenir une place importante, il est particulièrement indiqué dans les affections gastro-intestinales. — Exceptionnellement il remplacera avec avantage le lait de femme.

« Toutes les maisons hospitalières destinées à l’assistance des nouveaunés et des enfants du premier âge, sains ou malades, devront être pourvues d’une nourricerie où l’on entretiendra, proportionnellement aux besoins actuels, des ânesses et des chèvres.

« Les locaux affectés à ce service seront disposés de telle sorte que l’étable, où séjourneront habituellement les animaux, soit d’un accès facile.

« Une comptabilité régulière du poids des enfants, pris trois fois par semaine, donnera des renseignements exacts sur le mouvement de leur nutrition et servira de point 'de départ aux modifications qui devront être apportées dans leur régime alimentaire.

« Deux enfants, trois au plus, pourront être soignés par la môme personne. »

L’expérience s’est continuée et est devenue un service régulier. Le succès a été si complet et si probant que le Corps médical a demandé l’agrandissement de ce service spécial, et l’on va établir, dans le même jardin, une seconde nourricerie contenant un égal nombre d’enfants.

De tous les côtés on est venu visiter cet établissement nouveau; de son vivant, l’expérimentateur a été félicité par les savants étrangers qui venaient étudier l’installation et les procédés d’alimentation.

Si Parrot a toute la gloire de cette fondation, le Conseil municipal de Paris a bien sa petite part dans ce succès que M. Jules Guérin a eu le courage, contre tous, de prévoir et de prédire (1).

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