EXTRAIT
Observations ^éhérales. — Élèves atteints du muguet
(I Dans plusieurs circonscriptions, les médecins contre-visiteurs ont remarqué qu’à « l’arrivée des convois, beaucoup d’élèves étaient affligés de muguet; les uns le rap- « portant de l’Hospice dépositaire les autres en ayant été atteints pendant le voyage.
« L’opinion des praticiens qui nous ont entretenu do la question est que la maladie a « un caractère contagieux pour les enfants ainsi que pour les grandes personnes et que, « faute de soins dès le début, elle est dangereuse et de nature à compromettre l’existence n des jeunes nourrissons.
« Il peut donc y avoir intérêt à examiner si les visites des enfants avant leur départ « de l’hôpital sont bien faites et si le traitement du muguet est bien prescrit en temps «, voulu. C’est ce que l’Administration voudra bien faire étudier.
Signé : BERNARD.
« Il y a une certaine impertinence à dire que les visites ne sont pas bien faites au « moment où les élèves quittent l’Hospice, et une grande ignorance à formuler les choses « dites plus haut sur le muguet. Que chacun garde son rôle et sa place. Que Messieurs « les Inspecteurs cessent de vouloir faire de la médecine et qu’ils nous laissent ce « soin. »
Signé : PARROT.
16 Décembre 1877.
nourrisson, car rien ne peut remplacer le sein maternel. L’Inspection n’a pas agi comme nous le voulions; une grande partie des femmes secourues placent leur enfant en nourrice et sont mises dans l’obligation d’en' agir ainsi par l’Inspection départementale, qui les force à accepter un secours en argent, alors qu’elle sait que leur position les empêche de conserver l’enfant auprès d’elles. Les servantes, les ouvrières de fabrique sont forcées de recevoir le secours en argent; il est évident- qu’elles ne peuvent nourrir elles-mêmes.
Je sais bien que l’on peut nous faire des statistiques où tout paraîtra merveilleux si les Inspecteurs de Paris les font comme les Inspecteurs de province; — je lis en effet dans le rapport de M. Bérenger au Sénat :
« L’Administration disait dans l’enquête de 1800 que « eu conservant « les enfants à leur mère, le secours aux filles-méres les conserve à la « vie, » et elle produisait des documents statistiques à l’aide desquels « elle établissait que la mortalité sur les Enfants assistés de un jour à « un an, qui était en 1858 de 59,63 0/0 dans les départements où subsis- « talent des tours n’ètait/plus, dans les autres, que de 54,01. Elle préten- « dait, en outre, qu’à ne prendre que les enfants laissés à leur mère avec (c secours temporaires, la proportion descendait au chiffre de 29,56 0/0.
« Près de 60 0/0 avec le tour ; moins de 30 0/0 avec les secours tempo- « raires. Quelle éloquence dans ce rapprochement !
« On y voyait la justification des avantages multiples que la théorie « avait cru pouvoir annoncer d’avance; c’était le résultat naturel de « l’allaitement et des soins maternels !
« Malheureusement, ces chiffres sont aujourd’hui vivement contestés.
« On affirme, d’un côté, qu’il ont été établis sur une base dépourvue de « certitude, et de l’autre, que la réalité des faits en dément la conclusion.
« Ces reproches veulent être examinés attentivement. Sur quel fon- « dement la proportion de la mortalité a-t-elle été établie? Le rapport de « l’enquête le dit lui-même : sur le rapprochement du nombre des enfants (c auxquels le secours a été continué sans interruption et du chiffre des « décès de ces mêmes enfants durant la première année. Mais il recon- « naît qu’on n’a pas fait figurer dans ce compte les enfants pour lesquels « il y a eu cessation de secours.
« Il n’en pouvait être autrement. L’Administration, qui tend ouverte-
« ment à diminuer le nombre de ses pupilles ne recbercbe pas, en effet, « ce que deviennent ceux pour lesquels on cesse de réclamer le secours. « Les administrations départementales, dit avec sincérité le rapport, « na.ya.nt aucun intérêt financier à rechercher les décès de ces enfants, « le nombre de ces décès n’a pas. été constaté. »
Non certainement nous n’accepterions pas de ces statistiques, et nous dspérons bien que l’on ne nous en présentera pas de pareilles, car nous voulons savoir aussi bien ce que sont devenus les enfants secourus en argent, que ceux qui sont secourus en nourrices.
Nous voyons dans le rapport de M. l’Inspecteur que la façon dont le secours est distribué est déplorable; ce n’est qu’après 15 jours pour enquêtes et contre-enquêtes que l’enfant toucbe le secours en arge"nt ; si la mère n’a pas de domicile ou est chez des maîtres, l’enfant reste à l’Hospice dépositaire-, et c’est la mort dans un grand nombre de cas, ou si la mère peut le garder chez elle, il lui faut rester sans secours dans le moment où elle en a le plus besoin, quand elle vient de sortir de rhôpital ou de chez la sage-femme, quand ses économies sont mangées, si elle en a jamais eu, quand elle est trop faible encore pour se livrer à un travail fructueux.
Ce secours n’a de valeur que lorsqu’il est librement accepté, quand la mère a la bonne volonté de remplir ses devoirs de mère ; si toutes ces conditions ne sont pas remplies, ou l’enfant mourra chez sa mère faute de soins, ou il sera confié à un bureau de nourrices et mourra parce qu’il aura eu le rebut des nourrices.
Le Conseil municipal et le Conseil général ont toujours protesté contre les bons de nourrices. Le Conseil municipal a supprimé le Bureau des nourrices poiir supprimer les billets jaunes, et notre inspectorat, qui a suivi nos travaux, revient aux mêmes pratiques d’une façon détournée. Si, en supprimant 'le Bureau des nourrices, nous avons demandé que l’Assistance publique consacrât 350,000 francs pour aider notre service départemental, c’est en grande partie pour fournir aux mères qui ne peuvent allaiter elles-mêmes leurs enfants de bonnes nourrices, choisies dans nos circonscriptions, et visitées par nos médecins. Nous avons le regret d’affirmer que nos demandes, qui ont été si souvent formulées et imprimées, n’ont pas reçu d’exécution.
Nous voyons, en effet, dans le rapport de M. l’Inspecteur, au cha-
pitre des enfants secourus, des chiffres assez mal groupés et dont la compréhension nous paraît difficile. Mais, ce que nous constatons, c’est que sur 441 enfants secourus du l" janvier 1877 au 1" juillet, il n’y a que 185 enfants nourris au sein par leur mère, 45 sont nourris au bireron, ce qui est contraire à toutes nos recommandations, enfin 125 sont placés en nourrice en province, sur bureaux particuliers, 33 dans le département de la Seine. Or, les nourrices du département de la Seine sont le plus souvent mauvaises ; ces nourrices prétendues sont généralement des éleveuses. Nous avons lutté de toutes . nos forces contre l’Assistance publique pour empêcher ces bons sur bureaux particuliers qu’on appelait les billets jaunes, nous avons protesté contre l’alimentation sèche, nous nous sommes élevés encore plus fort contre les nourriceries, nous avons supprimé le Bureau municipal des nourrices en raison de ces pratiques et fondu ce Bureau municipal avec celui des Enfants assistés pour que toutes les mères qui ne peuvent nourrir au sein aient des secours en nourrices, et l’Inspection reprend les mêmes errements, et, repoussant avec acharnement les secours en nourrices, nous démontre que le secours en argent n’est que le billet jaune et la nourrice sèche déguisés. Nous ne pouvons admettre ces pratiques; si nous avons chargé le service des Enfants Assistés du service de notre Bureau municipal, c’est pour avoir des nourrices; si nous avons multiplié nos circonscriptions départementales, c’est pour avoir à notre disposition un plus grand nombre de nourrices. Votre Commission proteste donc contre ce qu’a fait l’Inspection départementale .
D’ailleurs, c’est un système de faire accepter le secours en argent quand les mères demandent un secours en nourrice; ainsi la fille W..., ancienne élève de l’Hospice, recueillie, par charité, par une concierge depuis 6 mois, n’a aucune ressource et ne gagne rien. Elle refuse le secours en argent, mais accepte le secours en nourrice. L’Inspection la menace de la séparer de son enfant si elle n’accepte pas le secours en argent. Elle reprend son enfant et proteste. Le bon de nourrice n’a été
accordé que lorsqu’une dame de charité qui accompagne la fille W .
menace de porter plainte à M. le Directeur général.
Autre exemple.
La femme V . , abandonnée de son mari a déjà deux enfants à sa
charge et ne gagne cpie 2 francs par jour comme couturière. Elle envoie le 15 novembre 1877, à l’Hospice, un troisième enfant, né le 24 octobre 1877, qu’elle veut d’abord abandonner. Le visiteur la fait revenir sur cette intention moyennant un secours complet de nourrice, le seul qu’elle veuille accepter et l’Hospice fait une proposition dans ce sens.
Que fait l’Inspection ? Sans motif, malgré le rapport de l’enquêteur, elle biffe le secours de nourrice et le transforme en un secours
argent de 41 francs, et 20 francs pendant 9 mois, et met la femme V .
en demeure de reprendre immédiatement son enfant. Celle-ci s’exécute, mais, moins- d’un mois après, le 15 novembre, elle rapporte à l’Hospice, après avoir dévoré le secours, son enfant qui est mourant. La pauvre victime de ces agissements meurt trois jours après; elle n’a coûté, il est vrai, que 41 francs à l’Administration. Est-ce ainsi que l’Inspection entend réaliser des économies ?
Quelquefois les menaces sont plus graves; la ülle S . , prussienne,
abandonne son enfant. M. X . inspecteur départemental, sans respect
pour la décision du Directeur de l’Assistance publique qui avait signé
l’immatriculation, prescrit de prévenir la fille S . d’avoir à reprendre
son enfant et à l’élever avec le secours offert si elle veut éviter une expulsion du territbire français.
Il n’y a pas de réflexion à faire : le fait est éloquent par lui-même.
Nous avons trouvé dans nos recherches la protestation suivante.
« Je, soussignée, fille L. . . . , demeurant. . . . , affirme n’avoir
« repris mon enfant L . C. . . . , née le . août 1877, que
« sur la menace qui m’a été faite, avenue Victoria, n“3, d’être recherchée « et poursuivie par la police si je ne la retirais pas immédiatement.
« Signé : E. ... L .... »
Et aussi cet ordre de service :
« Prescrire à MM. les enquêteurs du service des Enfants Assistés :
« 1“ De libeller leurs rapports, etc .
« 2“ D’informer toujours les femmes qui sont en instance pour obtenir « des secours que l’Administration est fermement résolue à faire pour- « suivre par le Procureur de la République, pour faits d’escroquerie,
« toutes celles qui, après avoir touché une somme quelconque à la Caisse « centrale ou dans les bureaux de bienfaisance, se rendraient à TPIospice « de la rue Denfert-Rochereau -pour y abandonner leur enfant ou pour « y obtenir frauduleusement un double secours.
« Signé. . . .
Inspecteur départemental.
En marge il y a : « môme chose à faire dans les salles d’attente, par placards. »
Et au-dessous cette note du Directeur de l’Assistance publique et signée par lui :
« pas de placards. »
Voilà jusqu’où peut entraîner le zèle; mais, si après un mois, deux mois de l’essai de ce secours, la mère voit qu’il est insuffisant, doit-elle laisser mourir son enfant sans réclamer, sans chercher un autre moyen de le sauver, sans demander une nourrice à l’Administration? Ce système de terreur ne peut pousser qu’à la mortalité des nourrissons.
Le Conseil général n’a jamais voulu se payer d’apparences; ce ne sont pas les sommes dépensées ou le nombre des enfants secourus qui lui importe, c’est le nombre des enfants sauvés.
L’Inspection demande la fusion des deux caisses municipale et départementale pour faciliter la distribution des secours. Cette année, elle a eu ces deux caisses à sa disposition; vers le mois d’octobre, le fonds municipal était épuisé. Et voici ce qui s’est présenté alors : les enfants légitimes n’étaient pas secourus parce que, d’un côté, ils n’avaient pas droit aux secours sur la caisse départementale et que, de l’autre, la caisse municipale était vide. Voici comment j’ai connu ce détail.
La femme A. . . . , habitant dans mon voisinage, a été abandonnée par son mari. Elle est tombée alors dans une misère profonde; sa santé s’est altérée, son lait s’est tari et elle en est arrivée à un tel découragement qu’elle a tenté de se suicider avec ses deux enfants; une voisine et un gardien de la paix ont pu pénétrer dans le Iqgement et éteindre
le réchaud allumé au milieu do la pièce. Le commissaire de police décida la femme A. ... à s’adresser à l’Assistance publique. Le plus jeune des deux enfants fut présenté à l’Hospice par la mère qui le remporta avec la promesse d’un secours mensuel de 20 francs pendant 10 mois; l’enqüèto lui était favorable et cependant l’Inspection départementale lui refusa le secours. Je pris des informations et j’appris qu’on n’avait pu accorder le secours parce que les fonds hospitaliers étaient épuisés. Ce n’est que sur la demande expresse du Directeur de l’Hospice, directement adressée au Directeur de l’Assistance et lui exposant la situation, que cette femme a pu être secourue; sur quels fonds? Nous l’ignorons encore.
Votre Commission croit qu’on peut accorder cette fusion, mais elle demande que chacun reste dans son rôle; que l’Assistance publique administre, que l’Inspection inspecte et contrôle. Elle demande qu’à la clôture de l’exercice, l’excédant ou le déficit soit partagé par moitié et réparti entre le Département et l’Assistance publique.
Sous la réserve de ces réflexions, votre 3“ Commission vous propose d’inscrire au Budget départemental, pour secours pour prévenir l’abandon, la somme de . 350,000 »
L’Assistance publique verse la même somme pour subvenir aux dépenses des enfants hospitaliers, ce qui fera monter la totalité du crédit à . 700,000 »
Mais, sur cette somme fournie par l’Assistance publique, l’Inspection demande qu’une somme de 20,000 francs lui soit allouée pour frais do tournées. Or, les frais d’inspection fournis par l’État se montent à 14,000 francs. Nous no voyons pas pourquoi la Ville de Paris payerait davantage. De plus, quand les Inspecteurs ont été nommés, les enfants hospitaliers étaient confondus avec les Enfants assistés; nous verrons d’ailleurs plus loin comment les inspections ont été faites, et vous jugerez. Messieurs, s’il y a lieu d’accorder une aussi forte gratification pour ce travail.
Votre Commission vous propose d’inscrire au budget des recettes la somme de 350,000 francs pour part de l’Assistance publique dans les secours pour prévenir l’abandon : mais elle croit qu’une somme
de 10,000 francs suffira pour l’inspection des enfants secourus par l’Assistance.