‹ Les enfants assistés de la SeineChapitre 58 sur 116 · JOURNÉES · texte numérisé non relu

JOURNÉES

PROPORTION

100 journées

Ce n’est pas pour obtenir ce résultat et faire des statistiques meilleures que nous avons toujours poussé l’Administration à précipiter les départs ; c’est parce que le séjour dans les salles do l’Hospice est fatal pour l’enfant. L’honorable député de la Seine, M. Clémenceau, avait, avant moi, dans tous ses rappports, poussé l’Administration à faire partir les enfants pour la campagne le plus rapidement possible. Je lis dans le rapport de M. l’Inspecteur départemental les lignes suivantes :

« . L’état des nourrissons laisse beaucoup à désirer; il est vrai

« que quelques-uns arrivent de l’Hospice de Paris en très mauvaise « santé.

« Je crois qu’il serait préférable de garderies plus débiles à l’Hospice « jusqu’à ce qu’ils eussent acquis assez de forces pour avoir des chances « sérieuses de survivre. La mortalité augmenterait peut-être à l’Hospice « mais la mortalité générale diminuerait.

« A l’Hospice, en effet, les nourrices sont constamment surveillées, « et les soins sont incessants ; il ne peut en être ainsi à la campagne.

a L’avantage d’un air pur pour les nourrissons est plus que balancé « par les fatigues du voyage et l’insuffisance de la surveillance.

« Les faits ne le prouvent que trop . »

C’est là une erreur. La mortalité à l’Hospice augmenterait, il est vrai, mais il est sûr, contrairement à l’opinion de M. l’Inspecteur, que la mortalité générale augmenterait aussi. Certains enfants affaiblis, chétifs, seraient absolument condamnés s’ils restaient à l’Hospice ; le séjour dans nos salles pour eux, c’est la mort fatale, inéluctable. Ils n’ont qu’une chance de vie, une seule, c’est le changement de milieu, c’est le départ pour la campagne. Il serait cruel de ne pas leur faire courir cette seule et unique chance de salut et de les garder avec la certitude de les voir bientôt mourir. Quelques-uns de ceux-là recouvrent la vie par leur départ, et l’on doit être satisfait, quelque petit que soit leur nombre.

Les nouveaux cours cliniques faits par l’éminent professeur M. Parrot, ont été ouverts le 4 décembre 1879. Là, se formeront des jeunes médecins connaissant les maladies et les délicates questions de l’hygiène de la première enfance. Tous les médecins qui penseront à s’établir dans une des circonscriptions où nous avons des Enfants assistés ou secourus suivront certainement ces cours remarquables, et nous aurons une pépinière de praticiens, qui ne seront ni plus intelligents ni plus zélés que ceux que nous avons maintenant, mais qui auront eu la bonne fortune de pouvoir profiter d’un enseignement qui nous a manqué à tous, et qui est fait par un savant de premier ordre.

C’est encore par les soins du docteur Parrot que va se faire l’expérience d’alimentation artificielle demandée par le Conseil municipal de Pàris. Les salles destinées aux petits syphilitiques qui seront soumis à une alimentation méthodique et sévèrement suivie, sont terminées, ainsi que les écuries qui renfermeront les animaux destinés à fournir à ces petits malades du lait vivant. L’expérience ne pourra commencer qu’aux premiers beaux jours pour laisser à la construction neuve le temps d’être suffisamment assainie.

Vous vous rappelez. Messieurs, que par une délibération du Conseil général du 30 novembre 1878 le Département doit contribuer pour moitié à l'exécution des travaux de reconstruction et d’appropriation à effec-

tuer dans l’Hospice de la rue Denfert-Rochereau, travaux évalués à 744,000 francs.

L’adjudication a été faite au mois d’août 1879, et les travaux ont commencé immédiatement; mais le rigoureux hiver de 1879-1880 d’une part, le mauvais état des carrières et la présence d’une nappe d’eau souterraine considérable d’autre part, ont retardé la consolidation du sol et empéché d’élever les constructions aussi rapidement que le Conseil général l’eût désiré. Vous savez, et nous l’avons souvent répété, combien les enfants sont dans de mauvaises concbtions, surtout dans la partie destinée aux enfants sevrés, partie de l’Hospice désignée par l’Inspection départementale cette année et par le Conseil général depuis neuf ans. C’est un retard fâcheux pour la santé de nos petits enfants et nous sommes convaincus qüe l’Administration hospitalière poussera les travaux avec d’autant plus de rapidité qu’elle sait aussi bien que personne les dommages que causent à nos élèves les dispositions actuelles.

La part du Département dans les dépenses d’appropriation et de construction à l’Hospice est payable par annuité. Deux sommes de 100,000 francs avaient été inscrites : l’une au Budget rectificatif de 1879, l’autre au Budget de 1880, et avaient été versées dans la caisse de l’Administration de l’Assistance publique qui fait l’avance de l’ensemble de la dépense.'

Une troisième annuité de 100,000 francs était portée au Budget de 1881; mais, en raison du retard apporté aux travaux par l’état du sous-sol, la seconde partie des constructions ne pouvant être commencée que vers la fin de l’exerciee 1881, M. le Préfet retire la proposition qui avait été faite au projet du Budget de l’exercice prochain, sous-chap. 14, art. 17, en se réservant toutefois de demander au Budget rectificatif les crédits qui seraient nécessaires.

2“ Frais de nourrices sédentaires.

Les frais des nourrices présentes â l’Hospice sont partagés par moitié par le Budget municipal et par le Budget départemental. La dépense pour chacun d’eux a été en 1879 de 9,428 fr. 20. Votre 3“ Commission, d’accord avec l’Administration, vous propose d’inscrire de ce chef la somme de 10,000 francs.

3“ Frais de layettes

Les frais de layettes ne se sont élevés, en 1879, qu’à la somme

de . 58,686 91

Tout fait espérer que cette dépense ne sera pas dépassée pour l’exercice de 1881 et nous vous proposons d’inscrire en prévision de dépenses la somme de . 60,000 »

Résumé des dépenses intérieures

1" Frais de séjour à l’Hospice . 30,000 »

2“ Gages des nourrices sédentaires . 10,000 »

3" Frais de layettes . 60,000 »

Total . 100,000 »

SERVICE EXTÉRIEUR

1“ Secours pour prévenir l'abandon

C’est à tort que dans son rapport M. l’Inspecteur principal met les secours pour prévenir l’abandon sous la rubrique : Service intérieur. La loi de 1869, loi purement fiscale, a mis les secours dans le service extérieur, et c’est pour cela que tous les ans les rapporteurs du Conseil général s’enferment scrupuleusement dans le cadre tracé par la loi. Au reste, d’autres erreurs se sont glissées dans ce rapport, qui paraîtrait trop long s’il n’était d’une excellente forme, et qui intéresse quoiqu’il relate bien des choses que nous savons déjà et pose des questions que nous avions déjà discutées et que nous croyions résolues. Parmi les erreurs je remarque celle-ci, par exemple : « Chaque secours de nourrice, y compris les frais accessoires, coûte à l’Administration 365 francs pour dix mois, et 409 francs pour un an... » Le secours de nourrice pour dix mois ne coûte à l’Administration que 325 francs et le secours d’un an, 365 francs.

Plus loin je vois que 425 enfants ont été placés en nourrice pendant

l’exercice 1879, tandis que sur le rapport du Directeur de l’Assistance publique il est dit que c’est 433 qui ont été secourus de la sorte. D’autres divergences existent encore entre les deux rapports. Ainsi, à la page 8, M. l’Inspecteur dit : « Enfants allaités par leur mère pendant toute la durée du secours, 1,907, » alors qu’à la page 11 de son rapport M. le Directeur de l’Assistance publique dit : « Enfants élevés au sein, 1817. »

Ces divergences sont regrettables car avec elles les proportions de mortalité diffèrent naturellement, et dans l’état actuel de la question de l’alimentation du premier âge les plus minimes écarts ne sont pas sans importance. Je ne reviendrai plus sur les différences nouvelles que je pourrai rencontrer, j’espère que l’année prochaine nous n’aurons pas ces erreurs de chiffres qui troublent, et empêchent de tirer des inductions solides.

D’après le rapport de M. le Directeur de l’Assistance publique le nombre des enfants secourus par des allocations de nourrices et layettes, s’est élevé à 433 ; de plus, 85 prolongations de secours de nourrice ont été obtenues pendant cet exercice.

Sur ces 433 enfants, à la fin de l’année, 127 avaient été définitivement abandonnés, 80 seulement restaient dans nos services, la plus grande partie des autres étaient décédés sauf quelques-uns, en très petit nombre, qui avaient été rendus à leurs mères.

Il est à désirer que le rapport donne l’année prochaine le chiffre exact des décès des enfants de cette catégorie.

La moyenne de la mortalité des enfants ayant reçu un secours de nourrice est de 42 0/0, résultat absolument déplorable, même en tenant compte de l’état pitoyable dans lequel un certain nombre d’enfants se trouvent au moment de l’abandon.

En revanche, les secours aux mères qui allaitent leurs enfants donnent d’excellents résultats depuis que l’Administration, sur la demande du Conseil général, donne des secours plus élevés qu’elle ne le faisait autrefois, et d’une durée d’au moins douze mois.

Le système a été expérimenté en grand en 1879, et l’on ne peut que se féliciter du succès obtenu.

2,050 enfants ont bénéficié de ce secours.

Ce chiffre de 2,050 se décompose de la manière suivante :

Enfants dont l’existence a pu être constatée à la fin du

douzième mois . • 1,691 | ^ 932

Enfants décédés pendant l’année . 241 | ’

Enfants dont le secours a été supprimé pour diverses causes 53 Enfants qu’on n’a pu retrouver à la fin du douzième mois,

par suite de changement d’adresse, disparition, etc . 41

Enfants placés en nourrice . 15

Total égal . . 2,050

En 1878 les enfants qui avaient bénéficié du secours d’allaitement étaient au nombre de . 1,727

Soit une augmentation de . 323

Or nous voyons que sur les 2,050 enfants ayant reçu le secours d’allaitement il n’y a eu que 9 abandons, soit 0,41 0/0, alors que sur les 433 enfants placés en nourrice 127 ont été abandonnés, soit près de 40 0/0.

Au point de vue de la mortalité il y a aussi un avantage incomparable dans notre mode de secours en argent, sur le secours en nourrice.

On peut s’en convaincre par l’intéressant tableau que publie le Directeur de l’Assistance publique dans son rapport :

Sur 1932 enfants secourus, la mortalité n’a été que de 241, soit 12,470/0, alors que la mortalité des enfants secourus en nourrice a été de 40 0/0.

Mais sur les 1932 enfants ayant reçu le secours d’argent,

1816 ont été élevés au sein;

116 ont été élevés au biberon.

La catégorie des enfants allaités au sein a compté 216 décès, soit une moyenne de 11,55 0/0, la catégorie des enfants alimentés au biberon a été de 25 décès, soit 21,55 0/0.

Nous voyons ici, et d’une façon incontestable, la supériorité de l’allaitement maternel sur tout autre mode d’alimentation, et encore faut-il tenir compte de ce fait que sur le nombre des enfants comptés comme ayant été élevés au sein, quelques-uns, après avoir été nourris plus ou moins longtemps à la mamelle, ont ensuite été élevés au biberon.

Mais il faut remarquer aussi que les enfants nourris exclusivement au biberon ne sont morts que dans la proportion de 21,55 0/0, alors que la mortalité des enfants secourus envoyés à des nourrices mercenaires s’élevait, je le répète, à 40 0/0.

Il faut observer, en outre, que les conditions de l’allaitement artificiel ne sont pas ici excellentes; les mères suivent, il est vrai, les conseils des Dames visiteuses, mais les règles de l’alimentation artificielle ne sont pas encore scientifiquement formulées, les conditions d’habitation ne sont, pas toujours excellentes, et enfin le lait que les pauvres mères secourues peuvent se procurer est loin d'étre bien pur. Et malgré toutes ces lacunes, il y a une différence de moitié entre l’allaitement artificiel défectueux donné par la mère, et l’allaitement donné par les seins de nos nourrices mercenaires aux enfants secourus.

Nous chercherons à étendre l’allaitement par le sein de la mère, et l’Administration, comme nous-mêmes, est trop satisfaite du résultat obtenu pour no pas faire les plus grands sacrifices pour répandre ce mode de secours.

Et non-seulement il sauve les enfants, non-seulement il est plus efficace pour éviter les abandons, non-seulement il est moralisateur, mais encore il est moins dispendieux ; au lieu de 365 francs que coûte la mise en nourrice pour un an, il ne coûte que 240 francs.

Les Dames inspectrices ont contribué pour une bonne part à ces excellents résultats, car elles surveillent l’allaitement, et donnent aussi des conseils non-seulement au point de vue de l’alimentation maternelle, mais encore pour ces mille petits soins qui constituent l’hygiène indispensable de la première enfance.

Sur les 12 Dames visiteuses, 11 sont consacrées au service actif, une reste au chef-lieu de l’Administration où elle centralise et prépare tout le travail de ses collègues.

Dans son rapport, M. l’Inspecteur principal dit que chacune d’elles fait une moyenne de 80 visites par mois, mais il ne compte pas les visites qu’elles font aux 1200 orphelins placés à Paris, ce qui augmente considérablement leur tâche.

En 1879, le nombre des Dames visiteuses était de 8 seulement; mais le service prenant une importance de plus en plus grande, on créa quatre nouvelles places et on établit deux classes, l’une à 1,800 francs, l’autre à 2,000 francs.

Parmi ces Dames visiteuses, celle qui est au chef-lieu de l’Administration, celle qui prépare et distribue le travail aux dames ses collègues, et étudie et résume leurs observations et leurs rapports, celle qui en un mot est l’intermédiaire entre l’Administration et la surveillance des secours d’allaitement par les mères, est encore de seconde classe. En raison des services qu’elle rend et de l’autorité qu’elle doit avoir, votre 3“ Commission pense qu’il serait utile et juste de l’élever à la l’’" classe.

En 1879 des secours ont été donnés à 1,401 orphelins et la dépense s’est élevée à 107,025 francs.

Ces orphelins sont ordinairement recueillis par des parents, ou des amis, moyennant le prix de pension qui serait payé aux nourriciers de la campagne, si les enfants étaient abandonnés.

Nombre de secours alloués en 1879

Les secours en argent alloués en 1879 se sont élevés à. . 27,477

11 a été donné 433 nourrices sur nos agences de province

ci . 433

Plus 85 prolongations variant entre 2 et 5 mois . 85

A reporter . 27,995

Report . . . 27,995

Enfin, le nombre des orphelins secourus a été de . . 1,401

Total des secours .... 29,396

Ces 29,396 secours ont été répartis entre 11,354 enfants, savoir:

Enfants secourus . 9,955

Orphelins . . 1,401

Total . 11,354

En 1878, il avait été alloué 34,366 secours à 12,613 enfants; c’est donc pour 1879, une diminution de 4,970 secours et de 1,259 enfants.

Sommes distribuées pour secours en 1879

nature des secours

Secours en argent et en layettes .

Secours en nourrices et en layettes .

Orphelins .

Personnel des enquêtes .

Totai,

Le crédit des secours pour prévenir les abandons étant, en 1879, de 700,000 francs, il y a ici un boni de 7,874 fr. 73.

C’est la première fois depuis 1876, qu’un pareil résultat a été obtenu et que la balance de fin d’année a pu s’établir sans excédant de dépenses.

Le tableau ci-dessous indique à la fois le nombre et la quotité des secours en argent alloués aux mères nécessiteuses.

Secours en argent

La somme inscrite au Budget de 1880 pour secours, pour prévenir l’abandon était de 772,000 francs.

C’est, vous vous le rappelez. Messieurs, un fonds commun fourni moitié par le Budget hospitalier, moitié par le Budget départemental, de telle sorte que le Département n’a à fournir, en réalité, pour secours pour prévenir l’abandon, qu’une somme de 386,000 francs.

Votre Commi.sfîion vous propose d’inscrire pour 1881, comme pour 1880, la somme de 772,000 francs qui se répartirait comme suit ;

Allocation de 300 nourrices à 365 francs . 109,500 »

Secours d’allaitement à 20 francs par mois et pour

12 mois . 288,000 »

Orphelins (fonds réservés) . 107,000 »

Secours en argent et en layettes . 192,500 »

A reporter . .

Report. . . 697,000 »

Enquêteurs (chiffre calculé en supposant une réduction

de 3 dans le nombre actuel) . 49,000 »

Dames visiteuses . 26,000 »

Total . 772,000 »

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