‹ Les enfants assistés de la SeineChapitre 59 sur 116 · ENFANTS MORALEMENT ABANDONNÉS · texte numérisé non relu

ENFANTS MORALEMENT ABANDONNÉS

L’année dernière, le Conseil général avait chargé l’Administration d’étudier le moyen de venir au secours des enfants de 12 à 16 ans qui sont abandonnés ou orphelins et qui n’ont d’autre moyen d’existence que la mendicité ou le vol. Votre 3° Commission rappelait que si le décret de 1811 ne fixait pas de limite d’âge pour les abandons jusqu’à la majorité, que si, d’après le même décret, l’enfant abandonné avant 12 ans restait jusqu’à 21 ans sous la tutelle de l’Administration, une circulaire ministérielle de 1823 décidait qu’après 12 ans un enfant ne pouvait plus être abandonné et bénéficier du décret de 1811.

De par la circulaire donc, tout orphelin ou abandonné qui a plus de 12 ans doit mourir de faim s’il est scrupuleux, ou se livrer à la rapine s’il obéit à son appétit, car à cet âge il est bien rare que l’on puisse trouver un gagne-pain. C’est là l’école du crime, c’est dans ce petit monde abandonné par la société que grandiront les scélérats de toute sorte.

C’est pour venir en aide à ces malheureux que le Conseil général de la Seine a demandé à l’Administration d’étudier un mode de placement qui permît de sauver ces victimes.

L’initiative privée s’est aussi occupée de cette question palpitante ; une société s’est formée pour venir au secours de ces enfants infortunés. Au reste, le mouvement est général; aujourd’hui, on s’occupe activement de la création d’orphelinats, de toutes parts les projets surgissent, sur plusieurs points on entre dans la voie de l’application, et d’ici à quelques années, l’enfance, trop délaissée jusqu’à ce jour, sera sérieusement secourue en dehors de toute idée de propagande ou de lucre, au nom seul de la fraternité.

Le département de la Seine limite son projet aux enfants au-dessus de douze ans qu’on ne sait où placer aujourd’hui.

Dans un remarquable et très étendu rapport, le Directeur de l’Assistance publique étudie la question : il considère que la fondation d’établissements spéciaux est impossible à l’heure actuelle, en raison des dépenses énormes que ce procédé nécessiterait et du temps qui serait indispensable pour élever des constructions ; il est urgent d’agir tout de suite, et d’appliquer l’argent dont on peut disposer au salut immédiat des enfants qui nous occupent.

Les colonies agricoles n’ont pas réussi jusqu’ici, excepté celles qui ont un caractère pénitentiaire ; ce n’est pas là ce que l’on recherche ; on veut rendre ces enfants à la vie honnête par la voie du travail libre, et non par la voie de la répression.

On ne peut envoyer ces enfants dans nos circonscriptions de la campagne et les faire entrer comme nos enfants abandonnés au service de cultivateurs. Cela n’est possible pour nos enfants immatriculés que parce qu’ils vont très jeunes chez les paysans et qu’ils sont presque de la famille quand le secours n’est plus touché; déjà, d’ailleurs, ils sont familiarisés avec les travaux des champs et peuvent rendre des services que des enfants plus âgés et plus forts ne rendraient pas.

M. le Directeur de l’Assistance publique propose d’essayer un système qui consisterait à donner des professions industrielles aux enfants recueillis ; on les placerait comme apprentis chez des ouvriers travaillant à domicile, ou dans des usines, des fabriques, des manufactures. Ils seraient sous la surveillance immédiate et permanente des agents des circonscriptions de province, et sous celle des contrôleurs de son administration qui feraient des inspections répétées.

D’après l’enquête faite par l’Assistance publique, dans les départements du Nord, de la Somme, du Pas-de-Calais, de Saône-et-Loire, de la Nièvre, les placements seraient faciles. Il serait possible, suivant ces renseignements, de placer sans aucune difficulté au moins six cents enfants, chiffre suffisant pour faire une expérience probante.

Si le caractère vicieux de l’enfant reprenait le dessus, on le rendrait à la justice qui l’enfermerait dans une maison de correction. C’est l’I^tat, dans ce cas, qui subviendrait à ses besoins.

Grâce à l’organisation du service des Enfants Assistés, les frais généraux n’existeront pas pour ainsi dire, et les dépenses nécessitées par chaque enfant seront peu élevées.

En comptant la bourse d’apprentissage que l’on sera forcé le plus souvent de payer au patron la première année pour l’entretien de l’enfant, chacun coûtera environ 200 francs. Voici le détail :

Séjour à l’Hospice dépositaire, environ huit jours

à 2 francs. . . 16 »

Trousseau au moment de l’admission . 60 «

Voyage . 30 »

Séjour au dépôt en province, avant le placement chez un

patron . 10 »

Dot d’apprentissage (maximum) . 100 »

Service de santé . 4 m

Frais généraux, indemnités et frais divers 40 h

Six cents enfants coûtant 260 francs chacun, demanderaient donc une dépense de 156,000 francs, soit en chiffres ronds 150,000 francs. C’est ce que l’Administration demande pour la première année.

Si l’on continuait à admettre 600 enfants par an, on arriverait à une population totale de 4,000 apprentis, dont 600 seulement coûteraient 150,000 francs. Les autres ayant dépassé leur première année d’apprentissage, ne nous obligeraient plus qu’à des dépenses insignifiantes qu’on peut évaluer à 50 francs par tête.

En comptant donc une population de 4,000 enfants, le Budget définitif

pourrait être établi ainsi :

600 enfants à 260 francs . • . 150,000 m

3,400 enfants à 50 francs . 170,000 m

Total . 320,000 m

Votre 3® Commission, d’accord avec l’Administration, vous proprose d’inscrire au sous-chap. VIII, n® 30, du Budget départemental de 1881, sous la rubrique : « Assistance des enfants vagabonds et moralement abandonnés m, une somme de 150,000.

On examinera, en étudiant le Budget de 1882, dans quelle proportion doivent participer à cette dépense la Ville et le Département. Il faut que ce crédit soit inscrit au Budget du Département puisqu’il

s’agit d’une branche du service des Enfants Assistés, service qui est essentiellement départemental.

Dès que le service sera organisé, l’Administration devra demander une subvention au Ministère de l’Intérieur qui se trouvera exonéré de dépenses qu’il aurait à supporter, si ces petits vagabonds avaient été dirigés sur des maisons de correction ou sur des colonies pénitentiaires.

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