‹ Les enfants assistés de la SeineChapitre 86 sur 116 · EN ALGÉRIE · texte numérisé non relu

EN ALGÉRIE

« Elle couvrirait en peu d’années ces belles provinces d’une populace tion jeune, probe et laborieuse, chargée de mettre en valeur un sol qui (c jusqu’à ce jour lui a été plus onéreux que profitable;

(( Elle en retirerait bientôt des produits assez abondants pour lui cc rendre par l’impôt une partie des avances qu’elle y aurait faites ;

« Elle trouverait, en un mot, dans la réalisitation de notre projet « un intérêt :

« D’humanité;

« De sécurité ;

« D’économie;

« De progrès cultural ;

« De bénéfices matériels ;

« Enfin, d’accroissements rapides de force, de grandeur et de richesse « nationale.

« Des obstacles invincibles s’opposent-ils à l’exécution du projet « dont nous proposons l’adoption?

« Nous ne le pensons pas.

« Que les hommes d’État s’en emparent, que les hommes de bien s’y « dévouent, que le gouvernement s’y applique avec résolution, et nous « osons affirmer que le résultat ne sera pas douteux.

« Souvenons-nous que le sol algérien a été couvert jadis de puis- « santés nations, et qu’il est appelé encore à porter un grand peuple.

« N’est-il pas digne de la France de proportionner ses efforts à un « tel but. ? »

Cette pensée de peupler et d’enrichir notre colonie en faisant la fortune des enfants trouvés s’est présentée dans les rêves humanitaires de tous les patriotes; mais c’est resté à l’état de rêve, rien n’a été tenté administrativement. Cette organisation est sans doute difficile et demande beaucoup de ténacité et, au début, de l’argent. Devons-nous reculer devant des difficultés quand le but à atteindre est d’une si haute importance? Cette idée a évidemment un côté excellent puisqu’elle frappe tout le monde, mais l’application n’a jamais été sérieusement étudiée, et à tous ceux qui veulent faire revivre ce projet on répond invariablement dans toutes les administrations : « c’est impossible, un essai a été tenté et « n’a pas réussi. » On ne se demande ni le pourquoi, ni le comment; les différentes générations d’employés se transmettent le souvenir de cet échec, c’est la réponse à tout, et la question est indéfiniment ajournée.

Nous allons voir ce qu’était cet unique essai.

En 1839, Dupucb, le premier évêque d’Alger, avait voulu installer un orphelinat; mais aussi mauvais administrateur qu’aventureux dans ses

tentatives charitables, il était couvert de dettes, et il dût quitter l’Afrique, avant d’avoir pu mettre son projet à exécution.

En 1842, l’abbé Brumauld réalisa ce qu’avait essayé l’évêque Dupuch ; il fonda à Bouffarik un orphelinat pour les enfants d’Algérie ; l’œuvre était placée sous le patronage de l’évêché, et soutenue par la charité publique et par l’armée.

Le maréchal Bugeaud affirmait que ces institutions, en faisant pour ce pays des agriculteurs et des ouvriers habitués au climat, étaient un élément indispensable de colonisation. Sous ses aupices, l’abbé Brumauld fonda un nouvel établissement à Ben-Aknoun.

Il fut aidé par des subsides de l’État, et par l’armée qui lui fournit une nombreuse main-d’œuvre. L’orphelinat de Ben-Aknoun reçut, pour y être élevés jusqu’à leur majorité, tous les enfants au-dessus de cinq ans que l’Administration pouvait lui confier; une subvention était allouée pour chacun d’eux.

En 1851, l’abbé Brumauld, voulant augmenter le nombre de ses orphelins, proposa à l’Assistance publique de lui envoyer des enfants assistés moyennant la subvention suivante :

pour les enfants au-dessous de 10 ans, 90 centimes ; pour les enfants de 10 à 15 ans, 80 centimes; pour les enfants de 15 à 18 ans, 50 centimes.

Au-dessus de 18 ans le produit du travail de l’élève devait suffire à son entretien. L’abbé Brumauld ne demandait rien pour cette dernière catégorie. De plus, à sa majorité, chacun des enfants de l’Assistance publique recevrait une gratification de 100 francs.

L’Assistance publique refusa. C’était une charge pour elle, les enfants ne coûtaient plus rien à l’Administration à partir de l’âge de douze ans, car ils étaient placés et commençaient à gagner leur vie ; c’étaient aussi des conditions fâcheuses pour les pupilles de l’Assistance publique qui devraient quitter un pays où ils avaient des relations, des amis, où ils trouvaient facilement à s’établir, pour aller affronter les dangers de l’acclimatement dans une contrée éloignée où la protection de l’Administration ne pourrait les soutenir, où à leur majorité ils devaient rester dans un- isolement complet; et tout cela pour obtenir, à l’âge de 21 ans, une prime de cent francs, somme inférieure de moitié aux économies que l’Administration départementale pouvait faire aux Enfants assistés de la

Seine. « Pour qu’ils eussent intérêt, disait le Directeur de l’Assistance « publique dans son rapport de 1852, à se transporter dans les colonies « agricoles de l’Algérie, il fallait qu’on leur offrit quelques avantages a matériels qui les dédommageassent de ces affections de famille, de ces « affections de l’enfance qui facilitent leur établissement; je demandais en (c conséquence que l’État voulût bien garantir à chacun de nos élèves la « concession, à l’époque de sa majorité, d’une Certaine étendue de terrain, « par exemple de 4 à 5 hectares, qui lui permettrait de pourvoir à sa « subsistance, en utilisant les connaissances pratiques qu’il aurait acquises « dans la colonie. »

L’Assistance publique avait absolument raison, et malgré les influences qui s’agitèrent on ne parvint pas à la faire céder.

Les hommes du Gouvernement s’en mêlèrent, des promesses furent faites, promesses pour lesquelles l’Administration hospitalière eût le tort de ne pas exiger de garanties, et deux cents enfants, échelonnés de dix à treize ans, partirent pour l’Afrique.

L’Administration, toutefois, n’avait voulu livrer que cent Enfants assistés, les cent autres appartenaient à des familles nécessiteuses de Paris qui avaient bien voulu les confiera l’orphelinat de Bouffarik: laVille devait payer les journées de ces derniers.

'Voici d’après la lettre du Ministre de l’Intérieur, de Persigny, écrite le 14 juin 1852, dans quelles conditions partaient ces deux cents enfants.

Le prix de journée était fixé : pour les enfants de dix à quinze ans à 80 centimes;

Pour les enfants de quinze à dix-huit ans, à 50 centimes ;

De dix-huit à vingt et un ans le travail du jeune colon payait ses dépenses.

Le paragraphe 4 de la lettre du Ministre de l’Intérieur stipulait les avantages faits aux enfants de Paris : « Le Ministre de la Guerre « allouera à chaque émigrant une indemnité de route de Paris à Marseille « évaluée à 28 francs, et à son arrivée dans cette dernière ville, le trans- « port gratuit par mer.

« Il s’engage, en outre, à garantir aux jeunes colons qui atteindraient « leur majorité, une concession de terres, d’une étendue variable de 4 à « 8 hectares, suivant la nature et la situation du sol.

« Enfin, indépendamment du pécule de 100 francs au minimum, dont « le Directeur de la colonie devra les doter à leur sortie de l’orphelinat, il « pourra leur être accordé à cette époque, sur le Budget de la Guerre, <c divers secours et prestations en nature, destinés à pourvoir aux frais et « aux acquisitions de premier établissement. »

Les conditions faites à l’orphelinat paraissaient fort belles puisqu’on payait pension pour des enfants qui reçoivent au contraire en Ph-ance un salaire des paysans chez lesquels ils sont placés pour faire leur éducation agricole. Et cependant, à partir de 1855, il était évident que l’essai d’envoyer des enfants à l’orphelinat africain ne devait pas réussir dans les conditions exigées par l’Administration hospitalière; visiblement le Directeur de l’orphelinat cherchait à éliminer de son entreprise tout ce qui ne rapportait pas suffisamment. Mais il le faisait avec un grand luxe de précautions.

Dans un rapport adressé à l’Empereur en 1855, il écrivait ceci : « La « règle un peu minitieuse que nous sommes obligés de faire suivre à tous,

« peut devenir pesante à un certain âge. Bonne pour les plus jeunes, elle . « fatigue aisément ceux qui arrivent à l’adolescence, ils éprouvent peu à « peu le besoin d’une liberté plus grande et d’une sujétion moins « constante, »

Il est certain que la règle de ces orphelinats est dure, et fatigue quand on arrive à l’adolescence. Mais ils sont nombreux les orphelinats dirigés par des religieux, où la règle est dure et fatigante pour les orphelins, et quand l’affaire est bonne les directeurs ne s’attendrissent pas sur ces inconvénients, ils ne les soupçonnent même pas. L’abbé Brumauld avait eu le temps de réfléchir à ce besoin de liberté pour la jeunesse, depuis la fondation de son orphelinat, c’est-à-dire depuis 1842; et bien avant les propositions qu’il avait adressées à l’Assistance publique, il avait pu se faire une idée précise à ce sujet; il n’y réfléchissait qu’en voyant approcher l’époque où une partie de ses pensionnaires n’allait plus payer les prix de journée.

Voici une seconde considération plus étrange : « destinés encore par « leur condition à gagner littéralement leur pain à la sueur de leur front,

« ils n’apprennent pas assez chez nous à porter le poids du jour. La solli- « citude du pain quotidien, et le ressort d’esprit qui en résulte, manquent

« trop au développement de leur énergie dans une institution oùla charité « paternelle tient plus de place que l’intérêt propre. »

On ne peut pas mieux avouer l’insuAGisance de l’éducation donnée dans son institution, et le danger de mettre des enfants dans ces sortes de maisons religieuses. Les élèves ne sont donc pas capables de se diriger eux-mêmes quand ils sortent de ces écoles d’apprentissage et de ces orphelinats, même de ceux où l’on abuse du travail des enfants. Mais pourquoi, avec l’expérience de ces maisons que le catholicisme organise depuis si longtemps, car ce n’est pas parce qu’il est situé en Afrique qu’un orphelinat ne peut pas réussir, pourquoi l’ahhé Brumauld a-t-il insisté avec tant de ténacité pour obtenir la création de l’établissement sur des concessions de l’État et avec la main-d’œuvre de l’armée, pourquoi s’estil si longtemps acharné pour avoir des enfants de Paris destinés à le remplir. L’enfant assisté élevé chez le paysan en France recevait donc une éducation meilleure et plus appropriée à sa destination future, que dans ce milieu imprégné de religion et de mysticisme.

Aussi après avoir prévu les résultats déplorables de l’éducation et de l’instruction qui aura été donnée dans son établissement, il en arrive à conclure à la suppression de l’unique condition qui avait pu décider l’Assistance publique à laisser partir ses pupilles et les enfants de familles nécessiteuses de Paris. Voici le morceau :

« Bon nombre de ces élèves ne sauront pas se conduire seuls à vingt « et un ans, ni même à vingt-cinq. Beaucoup ne seront pas plus capables « de diriger une exploitation petite ou grande, que tout soldat n’est apte « à devenir officier ; la condition du plus grand nombre paraît devoir être « le travail sulbaterne, seconde vérité à laquelle, malgré les illusions « paternelles il a bien fallu nous rendre.

« Substituer à l’assujétissement d’une règle nécessairement stricte, « une liberté progressive, et par ce moyen, développer les ressources « intellectuelles ; mettre de meilleure heure nos jeunes gens aux prises « avec les difficultés de la vie pour combattre chez eux l’insouciance que « leur donne aujourd’hui l’attention des maîtres sur leurs besoins journa- « bers ; renoncer à faire un jour de tous nos enfants de petits conces- « sionnaires; tels sont les amendements qu’il nous paraît prudent « d’apporter au programme que nous nous étions tracé de concert avec « l’Administration locale. » C’est-à-dire que ces amendements sont le

renversement complet des conventions faites, et cela à deux ans de distance. Mais aucun de ces enfants n’a été encore en situation de faire ses preuves, tous sont même au-dessous du moment où l’on ne paiera pas pour eux, ils n’ont pas atteint l’âge', où, plus forts, ils pourraient fournir une somme de travail rémunératrice. Non, l’abbé Brumauld juge d’avance que cela sera impossible et il revient sur sa parole au grand détriment de ces malheureux enfants qu’on n’aurait jamais dû lui confier, qu’on a retirés de nos circonscriptions de province où ils s’étaient déjà fait des relations, où ils allaient gagner leur vie, où quelques-uns la gagnaient déjà; et aussi au détriment des finances de l’Assistance publique, puisque à partir de l’âge de douze ans elle ne dépensait plus rien pour eux dans nos circonscriptions de province ; au détriment des finances de la Ville et de l’État qui payaient pour l’entretien et le voyage de ces jeunes colons; enfin au grand dommage de la colonisation, puisque par cet essai absurde, qui avait sacrifié tous les intérêts, excepté ceux de l’abbé Brumauld, l’idée d’une colonie agricole était déconsidérée pour longtemps.

Voici les raisons de l’abbé Brumauld pour expliquer cette fatale contradiction après un essai si sommaire.

« C’est, dit-il, que contrairement à nos idées premières (qui sur ce « point encore ont dû se modifier) les enfants agglomérés ne peuvent,

« en moyenne, gagner leur vie dans le travail des champs.

« La faiblesse du tempérament des petits et de quelques-uns des « moyens, les pertes et les dégradations qui résultent de l’ignorance, de « l’étourderie, ou de la paresse; les chômages pour fêtes, pour intem- « périe, pour maladie; le temps qu’il faut réserver à l’instruction et au « repos qui doit entrecouper le travail, toutes ces causes absorbent la « partie productive de leur petite industrie. Leur travail n’est donc « utile que comme apprentissage. »

Qu’avait donc fait, je le répété, l’abbé Brumauld de 1842, époque de la fondation de son orphelinat établi d’après les conseils du maréchal Bugeaud dans le but de donner des agriculteurs à notre colonie, qu’avaitil fait jusqu’à la fin de 1852, époque à laquelle il demandait des orphelins à l’Assistance publique, pour ne pas avoir vu pendant ces dix années, ce qu’il avait si clairement et si nettement constaté en deux ans. Dans

son rapport à l’Empereur, il accumulait toutes les raisons qu’il pouvait trouver pour démontrer que les enfants agglomérés ne peuvent gagner leur vie ; mais la colonie de Mettray composée d’éléments moins bons ne démontre-t-elle pas le contraire ? Il se retranchait derrière la faiblesse de tempérament de ses élèves parisiens; et cependant ceux qui lui avaient été confiés étaient triés parmi les plus robustes; il accusait les maladies, mais la mortalité de ces petits enfants dans une période de sept années démontre que nulle part état sanitaire n’a été meilleur; il accusait aussi le chômage occasionné par les fêtes, mais les fêtes n’existent-elles pas partout et ne sont-elles pas toujours les mêmes ? Tout cela pour en venir à rompre l’engagement, et à ne plus garder d’élèves ne payant pas, ou ne payant que des sommes insuffisantes à son gré.

Voici ce qu’il propose : Les ouvriers des champs manquent à l’agriculture en Algérie, rien n’a pu les attirer, « en sorte que les enfants « trouvés restent aujourd’hui, si je ne me trojnpe, non-seulement le « meilleur, mais Tunique élément considérable qui puisse être destiné à « former un bon fond de population agricole.

« En ne conservant que des sujets de douze à quinze ans, et restrei- « gnant à trois années maximum la durée de leur préparation, nous « diminuerions sensiblement les charges du Budget (de l’orphelinat). »

II propose alors « de placer à l’âge de quinze ans les élèves chez des « colons honnêtes... »

L’abbé Brumauld trouvait en effet, tout avantage à cette ingénieuse combinaison : il n’avait plus que des élèves payant la subvention la plus forte, 80 centimes, et dont le travail est déjà rémunéré dans nos circonscriptions de province ; il se débarrassait des enfants de dix à douze ans, dont le travail ne donne rien ou peu de chose, des enfants de quinze à dix-huit ans né payant que 50 centimes, et des élèves de dix-huit à vingt et un ans qui ne payaient rien du tout. Du même coup il éliminait cette misérable prime de cent francs que les jeunes colons eussent si largement gagnée. Voilà ce que l’abbé Brumauld gagnait à cette réforme.

Mais les enfants perdaient tout, et ce qu’ils auraient eu en France s’ils y étaient restés, et ce qu’on leur avait promis en Afrique, ce qu’on leur devait.

De toute évidence, cet essai misérable ne démontre rien contre l’idée de colonisation Algérienne, par nos Enfants assistés; non-seule-

ment cette tentative a été mal conduite, mais on peut affirmer que l’essai de colonisation n’a pas été fait. Si la culture avait été sérieusement tentée, si la production agricole avait été réellement le but poursuivi, l’abbé Brumauld eût tenu absolument à garder les jeunes gens de 18 à 21 ans, dont le travail aux champs est presque aussi productif que celui de l’homme fait; mais en suivant de près les renseignements que j’ai puisés dans le dossier de cette affaire, en pesant les raisons données, on reste convaincu que le Directeur de l’orphelinat avait, pour objectif budgétaire, surtout les subventions, et non pas le produit des champs. Il s’était trop pressé de dénoncer la convention faite, il n’avait pas poussé l’expérience suffisament loin pour qu’on put croire qu’il eût jamais songé sérieusement à fonder une école professionnelle agricole.

Cet essai malheureux, cette cruelle expérience qui a été un désastre pour les enfants de l’Assistance publique, a au moins démontré la facilité d’acclimatement des jeunes Français en Algérie.

Voici ce qu’écrivait le Directeur de l’Assistance publique, en 1859, dans un rapport au Conseil 'général de la Seine, pour le Budget de 1860 :

(c Quant à nos élèves qui n’étaient pas hbres de quitter l’établisse- « ment (les Enfants assistés), et qui, d’ailleurs, avaient passé leur première « enfance dans la campagne, ils se sont habitués plus aisément au régime « de la colonie ; ils se sont montrés à la fois dociles et laborieux, mais je « suis forcé de le répéter ici, le sacrifice que s’est imposé le département « de la Seine, n’a nullement profité à nos élèves ; car ils avaient été choisis « avec soin parmi des enfants jouissant d’une parfaite santé et doués de « bonnes dispositions. S’ils fussent restés dans leurs placements en « France, le Département n’aurait pas payé de prix de journée à leurs « patrons, comme il le fait au Directeur de la colonie de Bouffarik, et « cependant les enfants soutenus par leurs familles adoptives, auraient « pu s’établir avantageusement dans les campagnes, ils se placeront « sans doute dans des fermes en Algérie ; mais ils se trouveront isolés , « sans appui, et sans famille .

« Sur les cent élèves envoyés en 1852 à Boulïarik (nous sommes en « 1859), trois sont décédés-, huit ont été placés dans des fermes et « vingt-trois ont atteint leur majorité, en sorte qu’il n’en reste plus que

« soixante-six dans la colonie ; et comme on ne remplace pas ceux qui « sortent, avant peu d’années, il n’en existera plus aucun. »

D’après le rapport du Directeur de l’Assistance publique, il n’y avait eu que trois décès de 1852 à 1859; c’était une erreur, il y en avait eu quatre, mais chose remarquable, ces décès avaient été amenés par des épidémies qui avaient très cruellement frappé la population algérienne toute entière. C’était donc, pour ainsi dire, des morts accidentelles et non pas dues à l’acclimatement.

Voici ce que je lis dans le rapport du Directeur de l’Assistance publique présenté en 1853, au Préfet de la Seine pour le Budget départemental de 1854 : «.... L’acclimatement des jeunes colons n’a causé « aucune maladie grave, quelques ophthalmies seulement se sont décla- « rées et ont atteint les enfants dont la vue était la plus faible. » C’est

le Directeur de l’Assistance publique qui parle . « Mais au mois

« de décembre la prolongation extraordinaire de la chaleur a ramené « dans toute l’Algérie les anciennes maladies, et les fièvres ont pris un « caractère épidémique. Quoique beaucoup moins éprouvée - que la « population environnante, celle de Bouffarik n'a point été épargnée, « elle a perdu trois orphelins de l’Hospice et un enfant appartenant « aux familles parisiennes.

« Mais d’un autre côté on remarque avec satisfaction que quelques « constitutions un peu faibles au commencement se sont singulièrement « fortifiées. »

Voici donc trois décès constatés parmi les cent enfants de notre Hospice; le quatrième a eu lieu l’année suivante; le rapport de 1854 le constate: « La situation des deux fermes de Ben-Aknoun et Bouffarik, « les bons soins prodigués aux enfants ont facilité leur acclimatement. « Quelques-uns cependant ont été atteints de la fièvre ; d’autres, en plus « grand nombre, ont été atteints d’ophthalmie ; trois même ont succombé « (déjà cités), victimes de l’épidémie qui a sévi sur toute la population de « l’Algérie, à la fin de 1852.

« Depuis cette époque, nous n’avons eu à déplorer aucun nouveau « décès parmi nos deux cents enfants. Malheureusement le Père Brumauld « me prévient qu’un élève de l’Hospice vient de succomber, le 10 de ce « mois, à une attaque de choléra. »

Aucun autre décès n’est mentionné jusqu’en 1859. Dans l’espace de

sept ans, donc, il y a eu quatre décès parmi les cent Enfants assistés, trois dus à une fièvre épidémique, un au choléra et cela sur des enfants ayant quitté nos services de la campagne à l’âge de dix à treize ans.

L’essai de l’abbé Brumauld, déplorable à tous les autres points de vue, démontre au moins péremptoirement, que l’acclimatement des jeunes Français est on ne peut pas plus facile en Algérie.

Dans l’organisation d’une colonie agricole pour nos Enfants assistés, nous pouvons donc compter la question d’acclimatement comme favorable. Ce point, d’une importance capitale, est acquis.

Votre Commission croit qu’il serait prématuré de faire un plan complet, avant d’avoir toutes les informations nécessaires; elle vous propose seulement de demander à l’Administration de l’Assistance publique d’étudier attentivement un projet de colonisation algérienne pour nos Enfants assistés, et de le préparer avec autant de détails et de précision que s’il devait être appliqué dans un prochain exercice. Toutefois, votre Commission croit devoir indiquer certaines conditions qui serviront de base au projet; votre Commission les considère comme indispensables, aussi bien au point de vue de l’avenir de nos enfants, qu’au point de vue de la réussite de la colonisation:

1“ SITUATION FAITE A l’enfant. — Nous connaissons la situation de nos pupilles dans les circonscriptions de province, nous savons qu’ils s’y créent des relations, des amitiés, qu’ils y trouvent du travail, et que souvent ils s’y font une famille ; parmi nos nourriciers, d’ailleurs, il n’est pas rare de rencontrer des enfants de l’Hospice qui ont fait souche dans leur pays d’adoption et y jouissent d’une certaine aisance. Il serait absolument injuste et cruel d’enlever ces malheureux enfants à leur village, à leurs amitiés, jpeut-être à leur avenir, à toutes leurs attaches, en un mot, et à leurs espérances, sans leur donner une compensation sérieuse. Faire des cultivateurs capables de gagner leur vie chez des colons algériens serait manquer le but, au point de vue de nos pupilles d’abord, qu’on mettrait, en les privant de tout ce qui constitue la vie morale, dans une condition de travail inférieure à celle qu’ils auraient dans la mère-patrie ; au point de vue de la colonisation, ensuite, car on .ne les attacherait pas au sol, on ne ferait que des travailleurs nomades

qui ne tarderaient sans doute pas à retourner dans le pays où leur première jeunesse s’est passée.

Nos élèves ne doivent pas aller en Afrique pour aider les colons; ils iront coloniser eux-mêmes et créer une famille dans notre colonie. Le premier principe de notre organisation sera donc la propriété. Dès le jour de son départ de France, l’enfant aura une concession, et ce sera là une dette de la mère-patrie dont on ne pourra le spolier sous aucun prétexte. A sa majorité, ou plutôt à son retour du service militaire, il aura la propriété d’une partie du sol dont la surface sera à déterminer, propriété qui sera plantée et défrichée, comme je l’expliquerai plus loin.

Age de l’enfant. — 11 devra être assez jeune pour que l’acclimatement soit facile, assez âgé pour qu’il puisse être soumis, en arrivant, à l’enseignement professionnel, c’est-à-dire aux premiers rudiments de la culture des champs. Il devra donc être très avancé dans ses classes d’enseignement primaire, la colonie sera son école d’apprentissage où d’ailleurs des cours lui seront faits, en dehors de la spécialité agricole, pour donner à son intelligence tous les éléments nécessaires à faire un travailleur intelligent et un bon citoyen. C’est donc à douze ans qu’il devra quitter la France pour aller se créer, en Afrique, une petite fortune et un foyer.

Qualités et aptitudes. — On choisira les enfants les plus intelligents et les plus travailleurs; c’est là une condition absolue de succès. L’envoi de l’enfant en Algérie devra être une récompense. Il est bien évident que celui qui aurait eu la bonne fortune de se créer une place dans une famille, l’enfant qui sera traité comme un fils par son père nourricier, devra rester auprès de ses parents adoptifs.

Notre première tentative devra être modeste, il serait impossible de faire un vaste essai de prime abord ; nos finances, en premier lieu, ne nous le permettraient pas; il y aurait imprudence ensuite, même au point de vue de la réussite de l’œuvre. D’ailleurs les hommes qui seront appelés à diriger cette colonie, devront oflirir des qualités que l’on ne trouve que rarement réunies chez le même individu ; le personnel sera difficile à créer.

Disposition de la colonie. ~ La grande difficulté de la culture en

Algérie étant le manque de main-d’œuvre, les propriétés des jeunes colons devront être voisines les unes des autres, se toucher, faire un seul bloc, afin que, plus tard, ces propriétaires puissent se prêter mutuellement la main ou faire de la culture en commun, comme au temps où ils étaient élèves.

Les différentes concessions entoureront le village, et, chaque année, à l’arrivée de la nouvelle fournée d’enfants, chaque concession sera désignée et la totalité des membres de la colonie commencera leur mise en culture.

Dès que la valeur du travail de l’enfant dépassera le prix de son entretien, la plus grande partie de la différence sera recueillie et placée comme l’on fait dans nos circonscriptions de province.

Le village se composera des habitations et de l’école avec les ateliers.

L’enseignement théorique sera joint à l’exercice de la culture et, de plus, chaque enfant apprendra un des états nécessaires dans le métier des champs ; on fera des forgerons, des tonneliers, des charpentiers, etc. Non-seulement l’instruction sera donnée jusqu’à l’àge de 16 ans, mais encore il y aura des cours d’adultes. Aux époques favorables le travail pratique dominera; à certains autres moments où le chômage du travail des champs est forcé pendant, au moins, une grande partie du jour, on se livrera aux études théoriques et aux exercices des différents métiers. Ces écoles professionnelles pourront, en donnant l’instruction pratique aux élèves, créer un fonds d’outillage qui, plus tard, à l’entrée en possession de la terre, servira aux nouveaux colons.

Les Filles. — Votre 3° Commission croit aussi qu’il est indispensable d’établir dans la colonie une école professionnelle de filles. Certes on ne cherchera pas à en faire des artistes ou de fines demoiselles; on s’efforcera d’élever des fermières ayant toutes les connaissances nécessaires à la bonne tenue d’un ménage, et à la bonne gestion d’un établissement agricole. Elles apprendront la couture, la cuisine, la comptabilité. Comme dans la ferme, elles auront une éducation pratique; chacune aura sa semaine dans les travaux généraux de l’intérieur, lingerie, cuisine, comptabilité, direction, bestiaux et basse-cour; toutes elles iront aux champs faire les travaux qui incombent à la femme, sarclages, effeuillages cueillette, etc. Non-seulement elles seront d’excellents collaborateurs

pour nos colons, mais leur dot en argent, car elles seront payées et auront leur livret de caisse d’épargne comme les garçons, leur part de terre viendra aider à l’établissement du colon lorsqu’au retour du service militaire il voudra s’installer sur sa terre et prendre femme.

Terrains. — Le jour où le département de la Seine aura décidé l’organisation de cette œuvre nouvelle, l’État qui cherche des colons et qui achète des terrains pour transplanter des Français en Afrique, mettra nécessairement à la disposition du service des Enfants Assistés, les terrains indispensables à l’exécution de cette entreprise qui cadre si bien avec ses vues. Ces terrains, d’ailleurs, pourront être choisis par des hommes compétents, au point de vue agricole et au point de vue de l’hygiène. Et si l’État ne consentait pas, chose impossible, des citoyens qui ont déjà donné de larges preuves de leur générosité, nous fourniraient le territoire nécessaire.

La colonie devant s’augmenter chaque année d’une nouvelle fournée d’enfants, le sol concédé ne sera mis en culture qu’au fur et à mesure des nouveaux arrivants, et proportionnellement à leur nombre ; il faudra donc que la concession faite au service départemental soit assez considérable pour que l’essai dure plusieurs années et soit probant.

Les dépenses premières seront assez fortes, le revenu de la colonie devant être nul la première année, et fort modeste les deux années suivantes. Mais certaines colonies agricoles qui ont prospéré en France dans des conditions au moins aussi difficiles, et avec des éléments moins bons, nous font croire qu’avec une gestion intelligente et sérieuse, nous arriverions à réaliser cet idéal : coloniser l’Algérie, en enrichissant les Enfants abandonnés.

Votre 3° Commission vous propose. Messieurs, de demander à l’Administration de l’Assistance publique qui a organisé avec une si grande sûreté de main et un succès si éclatant le service des Moralement Abandonnés créé par le Conseil général, une étude complète de la création d’une colonie Algérienne pour les Enfants assistés du département de la Seine.

Budget de 1883

Au 31 décembre 1881 nous comptions dans nos services des Enfants

Assistés :

Enfants de un jour à douze ans . 13,626

Enfants de douze à vingt et un ans . 12,540

En ne tenant compte ni des décès, ni des sorties à la cam¬

pagne, et en déduisant également de la seconde catégorie les enfants ayant atteint leur treizième année, et qui ne font en réalité que passer d’une classe dans une autre, on arrive au

total de . . . 28,935

élèves ayant été placés sous la surveillance de divers agents du service.

Si l’on compte, conformément aux statistiques ministérielles, les enfants secourus pendant la même année, soit . . 11,264

On obtient le chiffre total de . 40,199

qui représente le nombre d’Enfants assistés dont l’Administration s’est occupée pendant l’année 1881.

Sur ce chiffre 2,834 enfants ont été immatriculés. Ce chiffre est supérieur de 104 à celui de 1880. Il est plus fort, d’ailleurs, que celui des six dernières années.

Voici le tableau des abandons pendant les dix dernières années :

L’Administration estime que cette augmentation tient à l’accroissement continu du nombre des femmes étrangères au département de la Seine, qui viennent à Paris pour abandonner leur enfant, en face des difiBcultés qui leur sont faites dans leurs propres départements. L’idéal poursuivi par les Directeurs des services départementaux consiste dans beaucoup trop d’endroits à ne pas avoir d’abandons; non-seulement ils préconisent le secours, mais ils l’imposent, pour ainsi dire, par mille moyens détournés, et une malheureuse fille-mère qui se présente devant un administrateur d’allure toute-puissante est bien peu armée pour résister à ses conseils pressants. Cette préoccupation d’une sage économie et d’une apparente et fictive moralisation, ressort des rapports mêmes des Inspecteurs du service des Enfants Assistés en province; ainsi le département de l’Eure n’a inscrit qu’un seul abandon pendant l’année 1880. Mais, en revanche, ce Département avait une population de 787 enfants secourus. Il est impossible que les filles-mères, dans leur grande généralité, puissent conserver leurs enfants. Les domestiques, et c’est là le plus grand nombre, ne peuvent accepter le secours de l’Administration qu’à la condition de les mettre chez des personnes qui soumettent les nourrissons à une alimentation artificielle, mortelle le plus souvent dans les conditions où elle est donnée, des faiseuses d’anges inconscientes, et aussi, parfaitement conscientes quelquefois. Un certain nombre de filles-mères voulant éviter les charges de la maternité et ennuyées des formalités exigées pour l’octroi du secours viennent se débarrasser à l’Hospice de Paris. L’Assistance publique a demandé cette année, pour le département de l’Eure, où il n’y a eu qu’un abandon, le renvoi de sept enfants qui lui appartiennent sans conteste, et sans rechercher les enfants dont les mères se sont mises dans les conditions si faciles du droit au domicile de secours.

Les rapatriements demandés sur les départements on été, pour 1881, de 549. Le chiffre va toujours grandissant :

En 1878 il était de . 338

En 1879 — de . 341

En 1880 — de . 387

En 1881 — de . 549

Voici le détail de ces renvois, demandés

sur les départemen

Ain ....

Aisne . .

Alger .

Allier . . .

Ardèche ... .

Ardennes .

Aube .

Aveyron .

Basses-Pyrénées .

Calvados . .

Cantal .

Charente ....

Charente-Inférieure

Cher .

Corrèze. . .

Côte-d’Or . .

Côtes-du-Nord .

■Creuse . .

Deux-Sèvres . .

Dordogne . .

Doubs . . .

Drôme . . .

Eure . . .

Eure-et-Loir .

Finistère . .

Gard . . .

Gironde . .

Haute-Marne .

Haute-Saône .

Haute-Savoie.

Haute-Vienne Hérault . .

Ille-et-Vilaine

A reporter.

Report.

Indre .

Indre-et-Loire , .

Isère .

Jura .

Landes . . . . . .

Loire .

Loir-et-Cher .

Loire-Inférieure .

Loiret .

Lot .

Lozère . . . .

Maine-et-Loire . .

Manche .

Marne .

Mayenne .

Meurthe-et-Moselle .

Meuse .

Morbihan .

Nièvre .

Nord .

Oise .

Oran .

Orne .

Pas-de-Calais .

Puy-de-Dôme .

Rhône .

Saône-et-Loire .

Sarthe .

Savoie .

Seine- Inférieure .

Seine-et-Marne .

Seine-et-Oise .

Somme .

A reporter.

Report .... 520

Vienne . . 2

Vosges . 7

Yonne . 20

Total . 549

A ces 549 enfants, il faut en ajouter 77 étrangers pour lesquels on a demandé le rapatriement. En voici le tableau :

En Allemagne . ' . 6

Autriche . 1

Bade . ‘ i

Belgique . 20

Espagne . 1

Italie . 7

Luxembourg (Grand-Duché de) . 19

Hanovre . 1

Russie . 1

Suisse . 20

Total .... 77

Le total des rapatriements demandés est donc de :

Sur les départements . . 549

Sur l’étranger . 77

Total . . . 626

A ces 626 enfants n’appartenant pas à l’Assistance publique, il

faut en ajouter 195 n’appartenant pas davantage à nos services, mais dont le rapatriement est impossible en raison du refus des gouvernements étrangers ou des recommandations formelles du Conseil général :

4 enfants dont on n’a pas demandé le renvoi en raison du secret réclamé par les familles . 4

18 enfants décédés avant qu’aucune instance ait pu être engagée avec des gouvernements étrangers . 18

A reporter ... 648

Report . 648

121 enfants d’Alsaciens-Lorrains n’ayant pas opté . 121

17 enfants d’origines diverses (14 appartenant à l’Angleterre ;

1 au Chili; 2 aux États-Unis) . 17

Enfin 35 Belges ne réunissant pas les conditions multiples exigées par ce gouvernement . 35

Total ... 821

En retranchant ces 821 enfants du chiffre total des abandons pour 1881, dans notre service de la Seine, soit: 2,834, on voit que le chiffre réel des abandons pour la Seine n’e.st que de 2,013, proportion déjà formidablement élevée.

Il est bon de faire remarquer que le Budget départemental supporte la dépense de 821 enfants qui ne sont pas à sa charge, et que c’est par esprit d’humanité qu’il accepte ce surcroît de dépense malgré l’exiguïté de ses ressources.

SERVICE INTÉRIEUR

La population de l’Hospice dépositaire en 1881, a été, sans compter les enfants Moralement Abandonnés, de 9,538 personnes, savoir:

3,312 élèves immatriculés (admis ou réintégrés) ;

217 enfants secourus;

3,554 enfants du dépôt;

126 nourrices sédentaires ;

1,968 nourrices de campagne venant chercher des nourrissons;

361 surveillantes.

C’est une population considérable qui a passé par l’Hospice et qui ne s’élève pas à moins do 7,083 enfants; je répète ce que je disais dans le rapport de l’année dernière, qu’il serait urgent de reprendre l’ancien projet d’un hospice à la campagne, pour les enfants en dépôt.

Le Conseil général avait toujours recommandé, par la voix de son Rapporteur, de faire durer le moins possible le séjour à l’Hospice. Jusqu’ici on avait obtenu une amélioration très considérable, et le tableau suivant en fait foi ; mais il démontre aussi que la durée du séjour à l’Hospice a augmenté pour l’aiinée 1881.

L’Administration attribue cette augmentation au séjour que font à l’Hospice les enfants de la catégorie des orphelins, qu’on a dû maintenir un certain temps à Paris, en raison des instances faites auprès de leur famille pour éviter l’abandon; et aussi, dans une certaine mesure, des élèves, atteints de syphilis et soignés à la nourricerie. Pour ces derniers, cette augmentation de séjour ne peut que satisfaire, car c’est parce qu’on les sauve aujourd’hui grâce au pis de l’ânesse, que nous avons à compter plus de journées de séjour de ce chef. Mais pour les orphelins, il y a peut-être quelques réserves à faire, et lorsque les parents sont si difficiles à décider, quand on leur propose de garder leur enfant avec un secours d’orphelin, c’est qu’il y a beaucoup de chances pour que le malheureux soit mal soigné chez ses ascendants. Nous le craignons d’autant plus que nous lisons le passage suivant dans l’excellent rapport de M. l’Inspecteur départemental:

« Sur les 1,431 orphelins secourus en 1881, 1179 sont placés à Paris, « soit chez des pauvres, soit chez des amis de la famille, soit chez des

« personnes charitables, qui, moyennant le secours qui leur est accordé « par l’Administration, se chargent de les élever ou de les placer dans « des orphelinats ou ailleurs, en payant le surplus de la pension nécessaire.

« Ces enfants sont, à la vérité, surveillés avec soin par les Dames « visiteuses qui fournissent à l’Administration des notes précises sur « chacun d’eux. MM. les Inspecteurs les ont également visités à leur « tour, et ont constaté le plus souvent l’exactitude des renseignements « recueillis par les Dames visiteuses.

« Les autres, au nombre de 252, sont placés en province dans les « mêmes conditions que ceux de Paris, avec cette différence, que le secours « est payé sur le vu du certificat de vie fourni par le maire de la comte mune où est placé l’enfant, et que l’Administration ne peut exercer « aucune surveillance sur la manière dont il est élevé.

« Parmi ces derniers, il s’en trouve 70 pour lesquels le secours est « payé à Paris, bien que les enfants n’y résident pas. Certainement il « est très utile d’accorder un secours en vue de prévenir l’abandon, et on « ne saurait trop applaudir aux efforts qui ont pour but de conserver une « famille légitime aux malheureux enfants qui en seraient privés sans « ce secours. Il est permis, néanmoins, de se demander si les secours « accordés aux orphelins dans le département de la Seine procurent « toujours les avantages qu’on est en droit d’en attendre?

« Le décret de 1811 a placé les orphelins pauvres dans une des trois « catégories d’enfants pour lesquels la loi a créé des ressources spéciales ; « ils ont droit à l’Assistance publique comme les Enfants assises, et « cependant ils ne sont pas traités comme eux ; ils ne reçoivent ni vêtures, « ni médicaments, et ce qui est non moins grave, ils ne jouissent « d’aucun des avantages de la protection de l’Administration qui n’exerce « sur eux qu’un droit de surveillance, cessant à la fin de la douzième « année.

« En cas d’indignité des parents, ce qui arrive souvent, l’Adminis- « tration ne peut que supprimer le secours, et le malheureux enfant « tombe alors fatalement dans la catégorie des enfants Moralement aban- « donnés, qui préoccupe à si juste titre le Conseil général.

« Les mêmes observations s’appliquent également aux enfants « placés dans des orphelinats. Il est juste de reconnaître que ceux-ci « sont en général bien tenus et mieux élevés qu’ils ne seraient chez

« certains ascendants indignes ; mais pour eux également, la surveil- « lance de l’Administration cesse à partir de la douzième année, quand « elle ne paie plus de secours. Qu’arrive-t-il alors? Le plus souvent, pour « les filles surtout, leur liberté est aliénée jusqu’à leur majorité; elles « procurent par leur travail des bénéfices à ces établissements sans en « tirer aucun avantage pour elles ; en un mot, elles sont exploitées et « demeurent sans tutelle effective et sans protection légale.

« Il y a là une lacune regrettable, que l’Inispecteur a le devoir de « signaler à l’Administration. En vain invoque-t-on des considérations « budgétaires qui s’opposent, pour le moment du moins, à l’assimilation « des orphelins pauvres aux Enfants assistés. Cette assimilation est une « nécessité qui s’impose et qu’il faudra subir. Le surcroît de dépenses « qui en résultera ne sera pas du reste aussi considérable qu’on pourrait « le croire au premier abord, puisque, à l’e.xception des vétures et des « soins médicaux, les orphelins reçoivent un secours égal au prix de la « pension des Enfants assistés ; il n’y aura dès lors qu’un déplacement « de crédit à effectuer. »

Les réflexions de M. l’Inspecteur sont excellentes; cet excès de recherches qui augmente le séjour à l’Hospice au grand préjudice des enfants, les expose d’autre part à être placés d’une façon fâcheuse à leur grand dommage, et sans une économie sérieuse pour nos finances. Il faut donc immatriculer dès que les gens à qui on offre le secours résistent tant soit peu. A l'Hospice, d’ailleurs, on reconnaît en peu d’instants, et les enquêteurs ont le même coup d’œil, les gens qui sont heureux de garder l’orphelin ; avec ceux-là seuls l’Administration pourra espérer que l’enfant sera bien traité et que le secours lui profitera entièrement.

La mortalité à l’Hospice a légèrement augmenté en 1881 ; faut-il voir un rapport de cause à effet entre l’augmentation de la moyenne du séjour et cette augmentation de la mortalité? sur des chiffres aussi ténus, des conclusions semblables seraient peut-être peu justes. Cependant il y a au moins une coïncidence qui doit tenir l’attention de l’Administration toujours en éveil.

TABLEAU

ANNÉES

NOMBRE

DÉCÈS

NOMBRE

lit

La reconstruction des bâtiments continue avec une trop sage lenteur ; nous devons espérer que quand les enfants seront dans les salles qui leur sont destinées, la mortalité s’abaissera. L’Administration d’ailleurs fait tous ses efforts pour atteindre ce but, elle a fait construire loin des bâtiments un pavillon d’isolement pour nos petits malades atteints de diphtérie.

Pour expliquer aussi cette légère augmentation dans la mortalité à l’Hospice, M. le Directeur de l’Assistance publique mentionne le chiffre de soixante et un décès à la nourricerie modèle, en ajoutant qu’un certain nombre de ces enfants chez lesquels la syphilis ne s’est montrée qu’après un temps plus ou moins long, eussent été envoyés à la campagne où leur décès eût été mis à la charge du service extérieur.

Nourricerie modèle pour l'allaitement des enfants atteints de maladies contagieuses

Nous pouvons aujourd’hui donner des renseignements exacts sur cette fondation du Conseil municipal de Paris qui lui a valu, il faut l’avouer,

tant de contestations et tant d’attaques injustes. Aujourd’hui l’essai a réussi ; nous ne reviendrons pas sur ces disputes, le Conseil ne cherche pas plus les louanges qu’il ne craint les injures, il ne veut que bien faire.

L’Académie de médecine elle-même a indirectement approuvé nos efforts, tardivement il est vrai, en applaudissant la communication faite par le professeur Parrot, notre savant expérimentateur. Je ne puis mieux faire que de reproduire le rapport du médecin de l’Hospice dépositaire.

Page 1