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RÉCAPITULATION DES CRÉDITS POUR

1® Dépenses intérieures . 88,000 »

2® Dépenses extérieures . 4,471,000 »

3® Frais d’inspection et de surveillance . 220,000 »

Total général. . . . 4,779,000 »

Comparé aux fixations de 1882, ce chiffre présente une augmentation de 373,500 francs.

Prévisions de recettes pour 1883

Les recettes à prévoir pour 1883, s’élèvent ensemble à 1,717, 450 francs, savoir :

1“ Au profit des dépenses intérieures. — 1“ Produits des fondations, dons et legs en faveur des Enfants

assistés . 224,450 » '

2" Redevance annuelle payée par l’Assistance publique, en représenta-

tion des droits du département de la ’

Seine sur d’anciennes fondations faites

au profit des Enfants trouvés . . ’ . 50,000 »

(Ces revenus étant supérieurs aux dépenses intérieures de l’Hospice, le disponible devra venir en déduction des dépenses extérieures).

2° Pour venir en déduction des dépenses extérieures.

— 1“ Disponible des revenus ci-dessus indiqués . . (mémoire)

2“ Produit des amendes de police coiTectionnelle . 56,000 »

3“ Remboursements par les familles et les départements . 86,000 »

4® Contribution de l’Assis tance publique, pour secours

destinés à prévenir les abandons . 386,000 »

5“ Contingent des communes (le cinquième des

dépenses extérieures) . 817,000 »

6® Reversements de sommes restées impayées sur

mois de nourrice et pensions . 6,000 »

7® Recettes diverses . 20,000 »

A reporter. . . 1,645,450 »

Report. . . . 1,645,450 »

S'^Pour venir endéduction des frais desurveillance.

— Portion des frais de surveillance à la charge de l’État . 55,000 )>

Il y a lieu aussi d’ajouter aux prévisions de recettes pour 1883 une somme de 17,000 francs, représentant le cinquième des dépenses intérieures, due par le Ministère

de l’Intérieur ; ce chiffre a été établi d’après la moyenne des dépenses intérieures des quatre derniers exercices,

ci, en chiffres ronds . 17,000 j»

Cette somme sera inscrite, comme il a été dit plus haut, au Budget rectificatif de 1882.

Total égal . 1,717,450 »

En réalité, le département de la Seine, d’après ces prévisions de dépenses et de recettes, aura à supporter en 1883, pour le service des Enfants Assistés, une dépensé ramenée à 3,061,500 francs seulement.

Votre Commission a l’honneur. Messieurs, de vous proposer d’inscrire, au sous-chapitre VI du Budget de 1883, la somme de 4,779,000 francs.

Paris, le 18 décembre 1882.

Le Rapporteur,

H. THULIÉ

Les conclusions du rapport furent adoptées, ainsi que la mise à l’étude immédiate du projet de colonisation. Le Conseil nomma une Commission d’études qui se mit immédiatement à l’œuvre.

Un de mes grands chagrins quand je donnai, en 1883, ma démission de Conseiller général de la Seine, a été de ne pouvoir continuer à travailler à la mise en œuvre d’une idée que je poursuivais depuis si

longtemps, et qui ne commençait à aboutir que grâce à ma patiente persévérance. Ma consolation était que M. Yves Guyot, membre de la Commission spéciale, était partisan du projet, et j’étais certain, connaissant son esprit d’initiative et son ardeur au travail, que l’affaire serait suivie activement, avec méthode, et avec toutes les données scientifiques désirables.

La Commission se réunit souvent, rassembla de nombreux documents et chargea le Directeur de l’Assistance publique, malgré son peu d’enthousiasme pour cette création, c’était alors M. Quentin, de faire connaître à M. le Gouverneur général de l’Algérie le projet du Conseil général de la Seine. Le Directeur de l’Assistance devait en outre demander au Gouverneur général quelques renseignements propres à aider la Commission dans l’élaboration du plan d’études et d’itinéraire que devait suivre une sous-commission qui avait mission d’aller en Algérie prendre sur place toutes les informations et tous les documents nécessaires.

LETTRE ADRESSÉE A M. LE GOUVERNEUR GÉNÉRAL DE l’aLGÉRIE PAR M. LE DIRECTEUR DE l’aSSISTANCE PUBLIQUE

Paris, le 19 mars 1882.

Monsieur le Gouverneur général.

Afin de vous faciliter l’étude du projet de colonisation algérienne par les Enfants assistés du département de la Seine, je crois devoir vous indiquer les bases générales que je me proposerais d’adopter.

Nous commencerions d’abord par créer un établissement de 100 garçons de douze à quatorze ans, tous choisis parmi les orphelins et Enfants assistés dont j’ai la tutelle légale et qui, par conséquent, ayant perdu tous liens de famille en France, ne seraient pas tentés plus tard d’y

revenir lorsqu’ils se seraient créé en Algérie des habitudes et des intérêts. Dans cette école et celles ultérieures, qui seraient créées sur le même type, les enfants seraient appliqués aux travaux de la terre et aux industries qui s’y rapportent. Toutefois, je me propose, tout au moins pour le premier groupe, de ne pas pratiquer la culture en grand des céréales, à cause des mises de fonds considérables en machines, bestiaux, etc. , nécessaires à cette exploitation. On se bornerait donc à la culture de la vigne, des fleurs pour la parfumerie, du tabac, de l’olivier, du mûrier, etc. , ou, si l’hydrologie du pays le permettait, à la culture maraîchère.

Mais les véritables difdcultés du projet se montreront surtout quand il y aura lieu, après que l’enfant sera sorti de l’école, de pourvoir à son établissement.

Ainsi que vous le verrez dans le rapport ci-inclus de M. Thuliô, le Conseil général, qui tient à ce que ces enfants deviennent de véritables colons, fixés à jamais en Algérie, consent à attribuer à l’enfant, à sa sortie, la terre nécessaire pour le faire vivre et des avances pour l’achat du matériel, des semences, etc., tout ce qu’il faut enfin pour lui permettre d’attendre que ses récoltes suffisent à son existence. Nous aurons à étudier ensuite de quelle façon il sera possible de faire rembourser à l’élève tout ou partie des avances faites par le Conseil général.

Je laisse de côté ce point pour le moment.

Quoi qu’il en soit, il est évident que c’est seulement en faveur des anciens élèves qui présenteront des garanties, à constater par un mode que nous rechercherons plus tard, qu’il y aura lieu de faire ces libéralités.

Je crois donc que l’on pourrait, une fois l’apprentissage terminé, créer une période d’essai pendant laquelle l’enfant serait attaché plus spécialement à l’exploitation d’une pièce de terre déjà préparée sise à proximité de l’établissement central et qu’il 'devrait diriger lui-même jusqu’au moment de son départ sous les drapeaux.

Le temps passé à l’école instruira assurément l’enfant, mais trop prolongé, il tuerait en lui toute initiative ; la période d’essai la fera naître ou la développera en lui. Une fois l’élève reconnu apte à se diriger seul dans la vie, s’il avait donné toute satisfaction par sa conduite, tout en

montrant les aptitudes nécessaires pendant le temps d’épreuve dont il vient d’être parlé, il recevrait une concession définitive.

A ce moment, l’Administration s’efforcerait de le marier, soit avec une jeune fQle du pays, soit avec des jeunes filles enfants assistées comme lui et qui, amenées jeunes filles dans la colonie, seraient élevées dans des écoles spéciales où elles auraient été formées aux soins du ménage et mises à même de seconder efficacement leur époux.

Notre éléve se trouverait ainsi fixé au sol algérien et la période écoulée avant le passage sous les drapeaux, permettrait d’écarter de la répartition des concessions tout sujet incapable de se tirer d’affaire par lui-même.

Lorsque les élèves n’obtiendraient pas de concession de la libéralité du Conseil général, nous aurions toujours la ressource de les placer comme ouvriers de la terre ou de l’industrie.

Ces grandes lignes indiquées, il reste à examiner de quelle manière ce programme peut se réaliser.

Je vous demande donc la permission. Monsieur le Gouverneur général, de réclamer de votre haute expérience des réponses aussi complètes que possible sur les questions suivantes. Je déléguerais ensuite, s’il y avait lieu, un fonctionnaire de mon Administration chargé de se mettre directement en relation avec vous, de manière à préparer les voies à la Commission spéciale que le Conseil général se propose d’envoyer ultérieurement en Algérie.

1“ L’État, pour favoriser un projet qui peut avoir de si heureuses conséquences au point de vue de la colonisation, serait-il disposé à concéder aux écoles à créer le terrain nécessaire? Cette décision, qui soulagerait beaucoup les finances départementales, serait de nature à faire disparaître toute hésitation de la part du Conseil général dans la réalisation de son projet.

La concession devrait, d’ailleurs, pour avoir un effet utile, présenter toutes les conditions de salubrité, d’étendue, de proximité d’un centre habité dont nous avons besoin. J’ajoute que le terrain devrait avoir été défriché ou être d’un défrichement facile.

2® Dans, le cas où une concession dans les conditions générales précitées ne pourrait nous être faite, je vous prierais de m’indiquer, sur

l’avis des hommes spéciaux dont vous pouvez prendre conseil, dans quelle province il conviendrait que je fasse rechercher la propriété de nature à répondre à notre programme.

Cette propriété, propre à la culture de la vigne principalement, devrait être située ou près d’un village, ou tout au moins d’une station d’un des chemins de fer algériens.

3“ Quelle contenance devrait avoir une propriété pour un groupe de cent enfants, par exemple? Quel est le prix moyen de l’hectare défriché? Quel serait le prix approximatif des achats de terrains et contraction d’un groupe de cent enfants ?

4® Quelles seraient les dépenses approximatives d’installation (bâtiment fort simple, instruments, etc.)?

5® A combien revient la nourriture d’un jeune détenu dans les établissements pénitentiaires de l’Algérie ?

6® En ce qui concerne l’élève, une fois sorti du service militaire et devant être mis à la tête d’un petit domaine, quel nombre d’hectares faut-il pour un colon ?

Quelle est la mise de fonds jugée nécessaire pour l’établir (maison d’habitation, écurie, instruments, achat d’un cheval, d’une vache, semences, etc.) ?

En d’autres termes, à quelle somme totale estimez-vous le capital nécessaire à un colon arrivant en Algérie pour lui permettre de devenir propriétaire et de vivre ensuite de son travail ? C’est cette somme que, sous forme de terres, de matériel agricole, de premières semences, etc., le Conseil général devra dépenser pour doter son ancien élève ?

7® Je vous demanderai, enfin, de m’indiquer quels seraient les établissements similaires ou analogues existant en Algérie qu’il serait utile de visiter afin d’y chercher des points de comparaison et des modèles, comme par exemple, l’établissement des Trappistes de Staouéll, les écoles fondées par le cardinal Lavigerie et les établissements pénitentiaires de l’État pour les mineurs des deux sexes.

Tels sont les points principaux que je soumets à votre examen en vous priant de me faire parvenir sur ces questions ainsi que sur celles que vous suggérera votre haute expérience, les renseignements que vous pourrez recueillir.

Je VOUS serai reconnaissant, Monsieur le Gouverneur général, de vouloir bien me faire répondre aussi promptement que cela vous sera possible, afin que si un fonctionnaire de mon Administration doit se rendre en Algérie pour étudier à fond la question, il puisse quitter la France avant l’époque des grandes chaleurs.

Veuillez agréer, etc.

Le Directeur de l'Assistance publique,

Signé: QUENTIN.

LE GOUVERNEUR GÉNÉRAL DE l’aLGÉRIE A M. LE DIRECTEUR DE l’aSSISTANCE PUBLIQUE, A PARIS.

Alger, le 4 mai 1883.

Monsieur le Directeur,

Lors de mon dernier voyage à Paris, vous avez bien voulu m’entretenir du projet soumis actuellement à l’étude d’une Commission du Conseil général de la Seine et qui a pour objet la création, en Algérie, d’une colonie agricole pour les Enfants assistés du département de la Seine.

Dès mon retour à Alger, et suivant la promesse que je vous en avais faite, je me suis empressé de recueillir les éléments indispensables pour répondre aux différentes questions posées dans vos lettres des 19 et 27 mars dernier.

J’ai fait appel aux lumières des personnes qui, par leurs connaissances spéciales et leur expérience des choses du pays, ôtaient à même de

donner des indications pratiques pour la réussite de l’œuvre à entreprendre.

Gomme vous le savez, Monsieur le Directeur, des essais ont été tentés à diverses époques, dans le but de fonder, en Algérie, des établissements similaires à celui dont le Conseil général de la Seine poursuit la réalisation. Dans le rapport qu’il a présenté à cette Assemblée, le 18 décembre 1882, M. H. Tbulié a exposé en détail le fonctionnement et les résultats obtenus par les établissements de l’abbé Brumauld, à Bouffarik et à Ben-Aknoun.

Les causes d’insuccès de ces établissements ont été très nettement indiquées par M. Tbulié. Je n’ai rien à ajouter à ce sujet.

Mais il me paraît intéressant de vous signaler une tentative faite il y a quelques années en vue de la création d’une colonie agricole d’un genre particulier.

Un des principaux propriétaires du département d’Alger, M. Bourlier, docteur en médecine, conseiller général et membre du Conseil supérieur, qui a dirigé pendant longtemps la colonie pénitentiaire de M’Zéra (département d’Alger), avait établi, sur une partie de la propriété affectée à cette colonie, vingt-cinq jeunes détenus parmi ceux offrant, des aptitudes pour les travaux agricoles.

Ces jeunes détenus, à l’exclusion de tous autres, s’occupaient de la mise en valeur du domaine. Une part des bénéfices de l’exploitation leur<était réservée. Ils formaient deux brigades ayant chacune à leur tête un contre-maître chargé de la direction des travaux.

Chaque enfant était astreint à un travail proportionnel à son âge et à ses forces; on lui tenait compte, sur un livret particulier, réglé trimestriellement, de la part lui revenant sur les produits de l’établissement, déduction faite du prix du fermage estimé à 1,500 francs; de l’intérêt représentant le capital engagé pour achat du matériel, de tous autres frais occasionnés par l’exploitation, et enfin des dépenses pour la nourriture et l’entretien.

La part de l’enfant était calculée sur la quantité de travail qu'il avait produite.

D’après M. Bourlier, ce mode de procéder avait fait naître chez les jeunes détenus une émulation soutenue dont ils appréciaient eux-mêmes les bienfaits; le livret dont ils étaient possesseurs leur permettait de

constater dans quelles proportions le pécule de chacun d’eux augmentait trimestriellement.

Des circonstances particulières, et surtout le mauvais état de sa santé, ne permirent pas à M. Bourlier de poursuivre son essai; néanmoins, l’expérience de deux années l’a convaincu que l’on peut obtenir les meilleurs résultats par les colonies agricoles de jeunes détenus ou d’Enfants assistés. Habilement dirigés, ces enfants sont susceptibles de donner une somme de travail relativement considérable, si on leur fait entrevoir la perspective d’obtenir un jour la récompense de leurs efforts.

De l’avis de M. Bourlier, dont la compétence en pareille matière ne saurait être mise en douté, un établissemeift du genre de ceux qui nous occupent, à la tête duquel seraient placés des contre-maîtres présentant de sérieuses garanties au point de vue des connaissances agricoles, doit faire face à toutes les dépenses, par le seul produit du travail des enfants.

Vous apprécierez. Monsieur le Directeur, si, dans l’organisation de vos colonies agricoles, il n’y aurait pas lieu de renouveler l’expérience de M. Bourlier.

Je vais avoir l’honneur de répondre maintenant aux diverses questions posées dans votre lettre du 19 mars dernier, en suivant l’ordre dans lequel vous les avez formulées.

« 1® L’État, pour favoriser un projet qui peut avoir de si heureuses « conséquences au point de vue de la colonisation, serait-il disposé à « concéder aux écoles à créer le terrain nécessaire ?

« La concession devrait, d’ailleurs, pour avoir un effet utile, présenter « toutes les conditions de salubrité, d’étendue, de proximité d’un centre « habité, etc. Le terrain devrait avoir été défriché ou être d’un défri- « chôment facile. »

Je suis tout disposé, en principe, à mettre à la disposition du département de la Seine les terrains domaniaux nécessaires pour établir une colonie dans les départements d’Alger et de Constantine.

Le décret du 30 septembre 1878, qui régit actuellement le mode d’aliénation des terres domaniales de colonisation, ne permet pas de faire une concession de cette nature. Mais, je ne doute pas qu’en raison du but éminemment philanthropique à atteindre, M. le Président de

la République et le Conseil d’État n’autorisent, en faveur du département de la Seine, une dérogation à la législation en vigueur.

Le moment venu, j’adresserai des propositions dans ce sens à MM. les Ministres de l’Intérieur et des Finances. Il ne m’est pas possible de signaler, dos à présent, les terrains qui pourraient convenir à la création d’orphelinats agricoles.

Je pense cependant que, parmi les immeubles domaniaux des départements d’Alger et de Constantine, on en trouvera qui réuniront les conditions que vous recherchez.

En tout cas, ce sera un point à examiner ultérieurement, lorsque la délégation du Conseil général de la Seine se rendra en Algérie.

Dans le département d’Oran, le domaine de l’État est si restreint qu’on ne peut guère compter y trouver un domaine propre à une telle installation.

« 2" Dans le cas où une concession, dans les conditions générales pré « citées, ne pourrait être faite, dans quelle province conviendrait-il de « faire rechercher la propriété de nature à répondre au programme ?

« Cette propriété, propre à la culture de la vigne principalement, de- « vrait être située ou près d’un village, ou tout au moins d’une station « d’un des chemins de fer algériens. »

Cette question est résolue par la réponse faite à la première.

« 3“ Quelle contenance devrait avoir une propriété pour, par exemple,

« un groupe de cent enfants? Quel est le prix moyen de l’hectare défri- « ché? Quel serait le prix approximatif en achat de terrains et en cons- « tructions pour un groupe de cent enfants ? »

La contenance de la propriété variera nécessairement suivant le genre de culture à entreprendre. Il est admis, en Algérie, qu’une superficie de 25 hectares est nécessaire pour trois personnes, si l’on ne pratique d’autre culture que celle des céréales, l’hectare implanté en vigne suffit à une seule personne.

A la colonie pénitentiaire de M’Zôra, qui compte cent quarante enfants, est affecté un domaine de 500 hectares, divisés ainsi qu’il suit :

140 hectares de vigne;

60 hectares de forêts de chênes-liège ;

300 hectares servant à la culture des céréales, au parcours et autres cultures.

On peut donc fixer de 300 à 500 hectares l’étendue des terrains nécessaires pour un groupe de cent enfants.

La moyenne minima du prix de l’hectare défriché est de 600 francs dans les régions déjà assez éloignées des grands centres. Près des villes et surtout du littoral, l’hectare défriché varie de 1,000 à 2,000 francs.

La plantation d’un hectare de vigne entraîne une dépense d’au moins 800 francs, y compris le matériel, les caves et le cellier. Le matériel roulant et le cheptel exigent, en outre, une mise de fonds de 100 francs par hectare.

Les constructions nécessaires à un établissement comprenant cent enfants, ne peuvent pas être évaluées à moins de 40,000 francs.

« 4“ Quelles seraient les dépenses approximatives d’installation (bâti- « ment fort simple, instruments, etc.) ? »

40,000 francs pour les bâtiments, comme je l’ai déjà indiqué. Quant aux dépenses pour achat d’instruments, il ne me paraît pas possible d’en fixer le montant a priori. Ces dépenses ne semblent pas, toutefois, devoir être considérables, en dehors du chiffre de 100 francs ci-dessus fixé pour le matériel et le cheptel nécessaires à la culture d’un hectare de vigne.

« 5“ A combien revient la nourriture d’un jeune détenu dans les éta- « blissements pénitentiaires de l’Algérie? »

A M’Zéra, le prix de la journée de nourriture est de 1 franc par enfant détenu.

A Misserghin (Enfants assistés), ce même prix est de 0 fr. 50 à 0 fr 90, suivant l’àge des enfants (avec un rabais de 9 7o)-

On ne peut guère évalper à moins de 0 fr. 50 par jour le prix de revient de la nourriture des Enfants assistés, que le Conseil général de la Seine placerait dans ses colonies.

« 6® En ce qui concerne l’élève une fois sorti du service militaire et « devant être mis à la tête d’un petit domaine. Quel nombre d’hectares « faut-il pour un colon? »

Pour qu’un colon puisse subvenir aux besoins de sa famille par le produit de ses terres, il est indispensable qu’il ait à sa disposition une

étendue de 20 à 30 hectares, suivant la qualité du sol. Cette étendue peut être réduite dans une certaine proportion, si les terres sont irrigables.

La somme nécessaire à un colon pour son installation est de 5,000 francs au minimum, dont 2,000 francs pour la construction d’une maison, 2,000 francs pour le matériel et le cheptel; le surplus est employé à l’achat du mobilier et à la nourriture pendant l’année qui suit son installation.

Il est bien entendu qu’il s’agit ici d’un colon ayant obtenu gratuitement une concession de terres et ne devant engager aucune dépense pour acquérir une propriété.

« 7“ Quels seraient les établissements similaires ou analogues existant « en Algérie, qu’il serait utile de visiter, afin d’y chercher des points de « comparaison et des modèles? »

Les établissements à visiter en Algérie, sont : •

A Bone, l’orphelinat de Sainte-Anne (filles), établissement libre et agricole.

A Constantine, l’orphelinat d’Alsace-Lorraine (filles et garçons), établissement non agricole et peu important.

L’orphelinat j protestant de Dely-Ibrahim, près Alger (garçons) établissement agricole d’une certaine importance.

^ L’établissement pénitentiaire de M’Zéra^ près de l’Alma (département d’Alger), ferme importante.

L’orphelinat et maison de refuge du Bon-Pasteur, à El-Biar, près d’Alger, jardinage, laiterie, etc. •

L’orphelinat de filles à Mmtapha-Supérieur (peu important).

A Saint-Denis-du-Sig, la ferme de l’Union agricole, où vont être installés une vingtaine d’Enfants assistés.

A Misserghin, les orphelinats agricoles (filles et garçons) établis depuis de longues années.

Les indications qui précèdent vous permettront sans doute. Monsieur le Directeur, d’arrêter les bases de l’étude qui vous a été confiée par le Conseil général de la Seine. Si de plus amples renseignements vous étaient nécessaires, je me ferais un plaisir de vous les adresser.

Ainsi que vous l’avez fait remarquer avec juste raison, le point

délicat n’est, d’ailleurs, pas tant ce qui concerne l’enfant pendant qu’il restera à l’école, que d’assurer son avenir à la sortie.

La question serait simplifiée dans le cas où le département de la Seine aurait l’intention d’acquérir directement les terres à concéder à ses pupilles, lorsqu’ils auront satisfait à la loi du recrutement.

Elle serait au contraire très difficile à résoudre, si le Département comptait sur la libéralité de l’État pour doter les jeunes gens des terres nécessaires à leur établissement.

D’une part, en effet, il est à présumer qu’au moment où les Enfants assistés auront atteint leur majorité, tous les territoires susceptibles d’étre affectés au peuplement français auront été épuisés.

Et, alors môme qu’il en resterait encore à distribuer (en admettant que le système de la concession gratuite soit maintenu), les demandes de concessions seraient si nombreuses, que l’Administration, préoccupée surtout d’augmenter 'le peuplement de l’Algérie, se trouverait dans l’obligation de les accorder de préférence aux immigrants, agriculteurs de profession, chefs de familles nombreuses et disposant de ressources importantes.

Enfin, pour répondre à la dernière question posée dans votre lettre du 27 mars, je suis obligé de constater que l’immigration alsacienne n’a pas produit les résultats qu’on en attendait. Mais il n’y a aucune conséquence fâcheuse à tirer de cet insuccès, dont les causes sont connues. 11 tient uniquement à la composition défectueuse des éléments envoyés en Algérie à la suite de nos revers.

En effet, presque tous les chefs de famille étaient des ouvriers de fabrique, sans aucune ressource, ne possédant aucune connaissance des travaux agricoles.

Malgré les avantages de toute nature qui leur ont été consentis, très peu d’entre eux ont pu surmonter les premières difficultés. Aussi, le nombre des immigrants alsaciens qui se sont définitivement fixés en Algérie est-il des plus restreints.

Veuillez agréer. Monsieur le Directeur, l’assurance de ma considération la plus distinguée.

Le Gouverneur général,

Signé : TIRMAN.

Après trois mois d’études préparatoires, les délégués de la Commission spéciale, MM. Yves Guyot et Curé, membres du Conseil général, et M. Brueyre, Chef de la Division des Enfants Assistés, partirent pour l’Afrique. C’était au mois d’avril 1883, la belle saison pour visiter cette terre splendide. Je suivis parla pensée le voyage de la sous-commission et mon émotion fut grande quand je reçus la lettre suivante :

Alger, 27 avril.

Mon cher Thulié,

Nous n’avons pas perdu notre temps. Nous avons fait une enquête très complète sur l’état de la culture dans la province d’Oran. — Sauf Tlemcen, qui, paraît-il, est cependant fort intéressant — et dans la Mitidjab.

Nous revenons avec des renseignements suffisamment précis pour servir de base de discussion. La Commission trouvera sa besogne toute préparée quand elle viendra faire son étude sur place.

M. Brueyre va rester quelques jours à Alger pour compléter les renseignements auprès de l’Administration qui, du reste, ne nous a servi à rien jusqu’à présent. Curé et moi nous partons samedi matin pour Fort- National où se trouve l’homme qui connaît le mieux les questions algériennes, Camille Sabatier, adruinistrateur de la Grande Kabylie, et de là nous ferons l’exploration de la province de Constantine.

C’est dans celle-ci ou dans la Mitidjab qu’il faudrait établir quelque chose. Je ne crois pas qu’il y ait rien à faire dans la plaine du Cbélif. La question de l’accès y joue un trop grand rôle et y rend la culture trop aléatoire. Du reste. Curé, M. Brueyre et moi, nous avons tous exactement les mêmes impressions.

M. Brueyre reviendra le premier à Paris. Il fera un premier projet de rapport. Curé et moi le compléterons, et puis nous le présenterons au nom de la délégation à la Commission. Vous ne pouvez guère compter l’avoir avant laün de mai, ou les premiers jours de juin, car il sera assez

long. Nous VOUS avons envoyé une branche d’oranger en fleur, coupée dans la propriété de M. Alquier, à Blidah. Je ne sais si les fleurs sont arrivées en bon état. Ne goûtez pas l’orange, car les orangers qu’on cultive pour la fleur ne produisent pas d’oranges comestibles.

En somme, l’affaire est possible, mais il faudra une première mise de fonds considérable.

Amitiés de tous,

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