‹ Les enfants assistés de la SeineChapitre 99 sur 116 · TRIBU · texte numérisé non relu

TRIBU

/Ain Monl Xiot

SI - ATHMAlSr

grâce à son altitude (400”), la salubrité en est assurée; il est abrité des vents brûlants du sud par les hauts contreforts du Bou-Zegza. Lé climat en est tempéré; le thermomètre y atteint 34“ au maximum à l’époque des plus grandes chaleurs, et dès neuf heures du matin, la brise de la mer vient rafraîchir l’atmosphère.

« La question de l’eau et de l’irrigation qui est la dominante de toutes les conditions à rechercher dans une exploitation agricole algérienne semble de nature à donner toute satisfaction relative au Kliadara, car il faut bien le dire, en Algérie, la propriété n’est pas la terre, c est 1 eau. Ce domaine doit à son orientation de recevoir des pluies en quantité sufBsante. Il est, d’ailleurs, arrosé par le Bou-Douaou, dont même en été l’eau ne tarit pas. Il sera même aisé de capter des sources dans la montagne, à ce qui nous a été assuré.

« Les terres sont cultivées à la manière arabe sur une grande étendue du domaine; le concours des Arabes du douar permettra d en activer le défrichement quand ce sera utile. Elles sont de bonne qualité et propres à la culture des céréales; les oliviers, les caroubiers, etc..., y sont magnifiques. On peut y cultiver la vigne sur le flanc des coteaux; on pourra planter des chênes-liège sur les parties les plus élevées. Enflu, des orangers, des mandariniers viendront sans difficulté dans les parties les plus basses et qu’il sera possible d’arroser. »

Je prends l’autre description, avec carte à l’appui, dans le rapport de MM. Yves Guyot et Curé au Conseil général de là Seine. C’est d’ailleurs le journal de voyage de la Commission qui est simplement transcrit dans le rapport.

« Après déjeuner sous un figuier, départ pour le bordj Fedj-M’zala et l’azel En Noura.

« Contenance de l’azel : 2,235 hectares.

(( Aucune indication correspondante sur le tableau remis par le gouvernement général.

« Une source importante est située dans cet azel sur la rive gauche de l’Oued Bousselah et à une centaine de mètres de cette rivière. Son débit est de trois à quatre litres à la seconde.

« La propriété offre cet avantage : d’une part, qu’elle est formée d’une vaste plaine entourée de mamelons qui en font partie, — - une

montagne de 1,150 mètres l’abrite des vents du nord; d’autre part, que la culture pourrait être faite au moyen de la traction mécanique.

(c Son altitude de 700 mètres peut faire espérer qu’on pourrait se livrer à la culture de la vigne sans craindre la gelée.

« M. Savouré rappelle que, d’après nos renseignements pris sur place, des cas de fièvres sont fréquents ; leur intensité oblige, notamment, les habitants du moulin à déserter leur demeure pendant une partie de l’année (trois mois).

« Le débit de la rivière était suffisant pour faire fonctionner un moulin même à cette époque de l’année (septembre).

Cf Cet azel sera traversé, dans sa partie sud, par un chemin de grande communication allant de Milah à l’Oued Deheb, par Fedj M’zala.

« En Noura est à 37 kilomètres de Milah par le chemin suivi par la Commission et à 41 kilomètres par la route en construction.

(( M. Curé a remarqué que les terres sont bonnes; elles sont une des meilleures que la Commission ait visitées jusqu’à ce jour. On pourrait faire des plantations d’arbres de différentes essences et d’arbres fruitiers le long de la rivière.

<( M. Curé constate que la propriété ne possède aucun arbre. Il espère que les fièvres disparaîtraient par le fait de plantations nombreuses d’arbres. Il invoque, à l’appui de son observation, l’exemple de plusieurs parties de l’Algérie, notamment Bouffarick, Staouëli, toute la Mitidja qui est aujourd’hui le jardin de l’Algérie.

c( La Commission traverse un marché très important, qui est fréquenté par une nombreuse population d’indigènes. »

L’assertion de M. Savouré relative à la salubrité, qui n’avait pas été entendue par les autres membres de la Commission, provoqua de leur part, quand elle fut exprimée, une demande de renseignements à M. Murat administrateur de la commune mixte de Fedj-M’zala. Le bordj où il demeure avec sa famille est à proximité du domaine d’En Noura. Il est donc à même d’être particulièrement bien renseigné. Il nous répondit aussitôt par cette dépêche : — ce Reçois votre lettre, y réponds immédiatement, .mais puis vous dire déjà que la région est salubre. » La lettre qui a suivi a confirmé cette assertion.

La Commission a recueilli un échantillon du sol dont voici l’analyse faite par le laboratoire de l’institut agronomique :

Ministère de l'Agriculture. — Institut national agronomique.

« Paris, IConservatüire des Arts-et-Méliers, le 25 octobre 1883.

« Monsieur,

a J’ai l’honneur de vous adresser l’analyse de la terre que vous m’avez fait remettre et dont le Conseil général de la Seine désire prendre la concession.

« Cette terre contient pour 100:

« Gros sable siliceu.x, 4 ;

a Sable fin siliceux, 29, 85 ;

« Carbonate de chaux, 17;

« Argile, 33, 89;

« Matière humique, 2, 19;

« Eau, 13, 07.

« Comme éléments fertilisants on y trouve par kilogramme :

« Potasse, 3 gr. 10;.

« Acide phospborique, 56 centigrammes;

« Azote, 1 gr. 45.

(( Cette terre est donc essentiellement argileuse, sa composition indique quelle est d’un travail assez difficile. Elle est riche en potasse, pauvre en azote, très pauvre en acide phospborique.

« Pour l’améliorer, il conviendrait d’y appliquer des engrais organiques, tels que fumiers de ferme, additionnés de phosphate de chaux et, dans le cas d’une culture intensive, de sulfate d’ammoniaque.

« Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de ma considération la plus distinguée.

« Le Directeur des laboratoires de l'Institut agronomique.

« Achille MUNTZ. »

Enfin, après plus de deux ans d’attente la Chambre des députés, grâce <à l’activité et à la :persistance de M. Yves Guyot son rapporteur, a voté, le 22 mars 1886, la loi suivante :

ARTICLE PREMIER. — « Une concession de trois mille deux cent « soixante-sept hectares dix-sept ares douze centiares (3,267 h. 17 a. 12 c.) « de terrains domaniaux disponibles, situés dans les départements d’Alger « et de Constantine et tels qu’ils sont figurés sur le plan ci-joint, est « attrilmée, à titre gratuit, au département de la Seine.

« Ces terrains devront être utilisés par le département de la Seine « soit pour l’établissement d’une école professionnelle d’agriculture et « d’horticulture, destinée aux Enfants assistés de ce département, soit « pour le lotissement entre d’anciens élèves de cette école qui s’y établi- « raient définitivement en qualité de colons.

« La présente concession est faite sans aucune garantie de la part de « l’État contre lequel le concessionnaire ne pourra exercer aucunirecours « pour une cause quelconque.

ART. 2. — « Le département de la Seine, sous peine de résolution « de la concession devra, dans un délai de trois ans à. partir de la pro- « mulgation de la loi, avoir institué son école sur une des concessions « ou sur tout autre point du territoire algérien.

« Aucun des lots concédés aux jeunes colons sus-indiqués ne pourra « dépasser quarante hectares.

« En attendant l’attribution de ces concessions aux anciens élèves, « le département de la Seine est autorisé à exploiter par voie directe « ou indirecte lesdites concessions.

« Les. profits de cette exploitation seront attribués à l’école, à l’amé- « lioration des concessions ou à la dotation des élèves.

ART. 3. — « Dans les villages constitués sur ces concessions, les « bâtiments communaux et l’alimentation en eau potable seront dotés « sur les fonds de colonisation, dans la même proportion que dans les « autres centres de peuplement.

« Suivant l’usage, le Département s’oblige à abandonner gratuitement, « pendant dix ans, les terrains nécessaires pour l’exécution des loutes, a rues, places publiques, chemins divers, canaux, conduites d’eau et

« autres ouvrages d’utilité publique, et pour la construction de maisons « de cantonniers ou de gardes, à raison de 50 ares par maison, dans la « traversée des immeubles concédés.

et L’État se réserve la propriété des trésors, médailles et monnaies « anciennes, objets d’art ou d’architecture, armes, mines et minières « qui viendraient à être découverts dans le sol des terrains concédés. « En cas de découverte de cette nature, je département de la Seine « conces-sionnairo devra en donner immédiatement avis à l’autorité « administrative compétente sous peine de dommages-intérêts.

« Il aura également le droit d’extraire, pendant une période de dix « ans, les matériaux nécessaires à l’exécution de travaux d’utilitité « publique. »

Le Sénat, de son côté, ne peut tarder à voter cette loi. De lui dépend absolument la rapidité d’exécution de cette bonne œuvre. La somme prévue par le Conseil général de la Seine pour la création de l’école agricole africaine e.xistc en partie; aucun retard possible de ce côté. Ello était considérable parce que l’on avait préjugé la mise en exploitation immédiate de tout le terrain concédé. L’installation du domaine peut se faire progressivement, avec les ménagements nécessaires ; les écoles professionnelles du service des Moralement Abandonnés qui, parties do rien, se sont si rapidement agrandies, qui ont prospéré sans interruption et d’une façon si surprenante, doivent indiquer la méthode à suivre pour instituer notre centre de colonisation. Les fonds eu caisse, 100,009 francs environ, suffisent amplement pour commencer l’exploitation. Le reliquat du crédit inscrit au budget de 1881 en vue de l’acquisition do Guébar- Bou-Aoun servira à commencer la mise en culture de ce donurine.

Dans cinq ans au plus tard, si le Sénat n’y met obstacle, le Conseil général de la Seine aura le bénéfice de cette fondation, grande au point de vue du bien accompli et de l’exemple donné. Et M. Yves Guyot aura le grand honneur d’avoir été un des artisans les plus efficaces de cette œuvre.

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