UN PEU DE MORALE ET IIE PHYSIOLOGIE
Les législateurs de Fantiquité, i^our enlever aux citoyens la vue pénible qu'inspirent les infirmités naturelles, faisaient mettre à mort les nouveau-nés offrant quelques traces de difformités. Aussi voit- on rarement dans les oeuvres des statuaires grecs trace des laideurs que se plaisent à étaler les époques modernes.
Les Américains font, on le sait, des expositions publiques à la suite desquelles les bahys les plus roses et les mieux constitués obtiennent des prix.
Entre la civilisation païenne et la civilisa
tioii chrétienne il y a une sorte de rapprochement, quoique les moyens soient tout différents.
Si on écarte la grossièreté de semblables exhibitions qui ravalent la nature humaine en assimilant l'enfant aux- animaux exposés dans les concours agricoles, il est certain que l'Américain, qui ne sépare pas l'utilité de la beauté, veut imprimer dans l'esprit des mères et des nourrices l'idée de l'importance (j-ue la nation attache au développement physique de l'enfant.
Mais il ne s'agit pas seulement d'avoir soin du nouveau-né, de le dérober aux influences pernicieuses des saisons, de le protéger contre les maladies. Quelques soins qu'on apporte en Europe à l'enfant, s'il est « mal venu, » malingre ou rachitique, ni la nourriture, ni les précautions de la mère ou de la nourrice ne dénoueront les liens qui enveloppent trop d'enfants à leur naissance et les garrottent toute la vie.
Ce que voyant, des esprits aventureux proposèrent divers systèmes pour affranchir l'humanité du cortège d'arrêts de développement,
de laideurs, de maladies que de mauvaises fées semblent imposer à la naissance de certains enfants.
Il était facile, suivant ces médecins, de doter à volonté l'enfant de beauté , de santé , même de génie.
Un père souhaitait avoir pour lîls un grand compositeur, un philosophe ou un général ; la recette lui en était donnée plus facile que s'il s'agissait d'en faire un employé.
Les intentions de ces réformateurs étaient bonnes ; leurs moyens aussi baroques que le nom dont ils décoraient leurs systèmes \
J'ai également le mien : il est peut-être naïf, il me revient sans cesse à l'esprit quand je rencontre des enfants pâles, étiolés, souffreteux, qui ne sont pas la gloire des hautes classes parisiennes.
La société d'aujourd'hui, je parle plus particulièrement de la bourgeoisie riche, devrait produire plus de ces beaux enfants dont se préoccupe à juste titre l'Angleterre; mais il faudrait que les conditions du mariage, tel
i. Voir la Callipédie, la Puériculture, la Mégalanthropu- (jénésie.
qu'il se pratique d'habitude, fussent profondément modifiées.
Ce ne sont pas les coureurs de dot qui améliorent la race humaine. Ceux-là qui cherchent une femme avec de l'argent risquent fort de trouver de l'argent sans femme. L'homme qui épouse, les yexix fermés, cinq cent mille francs de dot, oublie trop souvent {{u'il doit ajouter à ce chiffre un million de déceptions. A de telles unions basées exclusivement sur la fortune on ne peut appliquer le mot : Croissez et multipliez. Les écus, peut-être, les enfants pas.
Un être usé par les plaisirs devrait-il représenter le mari qu'attend une jeune fille qui n'a commis la faute que d'être une riche héritière ?
A défaut d'amour, je voudrais plus, de sympathie entre les époux. La coutume de fiancer deux jeunes gens était bonne, et il est fâcheux qu'elle soit passée de mode; même dans les désordres de jeunesse auxquels échappent bien peu d'hommes, une place, si petite qu'elle fût, était réservée dans le cœur du jeune homme à celle qu'il avait connue
IV;i|)i('s on liiisîe do (leiiiuiia du Musco du Louvre.
pure et jeune ; certains, à ce souvenir, puisaient une force qui les aidait à combattre leurs passions et à triompher des difficultés de la vie.
Pour changer les conditions actuelles du mariage, l'apport de deux fortunes n'est pas indispensable. A quoi bon ? Il y en a une de trop. Une balance plus équitable entre la richesse et la pauvreté rétablirait l'équilibre. De même qu'un habitant des villes doit plutôt chercher une femme à la campagne, de même il serait à souhaiter que l'héritier d'une grande fortune appelât à lui une jeune fille qui n'a rien, comme une jeune fille riche épouserait un homme pauvre.
Les croisements de dots valent les croisements de races.
Mais avant tout l'amour, l'amitié, des sympathies communes devraient déterminer les mariages, et du jour où les qualifications de raison^ de convenances^ intérêt^ seront effacées du dictionnaire de la bourgeoisie, de la plupart des unions résulteront de beaux enfants, c'est-à-dire la joie, l'orgueil et le bonheur des parents.
Un illustre physiologiste, Burdach, n'était pas éloigné de ces idées lorsqu'il écrivait : « Quand les parents ont de l'aversion l'un pour l'autre, ils produisent des formes désagréables; leurs enfants sont moins dispos.»