LE NAIN ET CHARDIN
Au dix-septième et au dix-huitième siècle, certains artistes, pour la première fois en France, trouvèrent dans la vie de famille des sujets intéressants que Fart avait jusqu'alors laissés de côté, l'histoire et la mythologie étant la principale préoccupation.
Sous Louis XIII, les Le Nain, trois frères dont la vie modeste a préoccupé les historiens de l'art, peignent la vie des gens de campagne tels qu'ils sont, c'est-à-dire pauvres et résignés. Sous Louis XY, alors que Fart semble bien plus une imitation des décors de FOpéra qu'une interprétation de la nature, Chardin est touché par la vie des bourgeoises de son temps, qui aiment leurs enfants, se
plaisent à les faire beaux^ et leur communiquent le bien-être et le bonheur.
Plus d'austérité ressort de l'œuvre des Le Nain, plus de charme des peintures de Chardin.
Chez les premiers, l'enseignement est donné par le père ; chez le second, par la mère. La femme n'apparaît qu'au second plan des toiles des Le Nain : c'est la ménagère de l'ancienne France, brave, dévouée, travailleuse, se contentant dans la famille d'un rôle effacé, et servant, droite, les hommes à table pendant qu'ils mangent. Chardin traite la femme en maîtresse de maison, la relève : elle seule est chargée de l'éducation des enfants, et dans les intérieurs de l'ami de Diderot on ne voit aucun homme.
Malgré la teinte grave répandue sur les toiles des Le Nain, de petits paysans, libres de leurs actes, courent tout le jour au soleil, se roulent dans la poussière, dénichent des nids. Quand vient le soir, ils entourent le grand-père et lui demandent de jouer un air de musette.
Chardin, au contraire, peint d'heureuses
mères travaillant à rendre leurs enfants propres. Du linge blanc, un ruban font les
frais de ces toilettes. Une certaine aisance règne dans ces intérieurs : tout reluit dans
la maison, les meubles de la salle à manger, les cuivres de la cuisine ; les i^etits bonshommes qui se rendent à l'école traversent les rues avec des habits irréprochables.
Chez les deux i^eintres, les enfants sont jolis de cette beauté que communiq^uent le bonheur, les soins domestiques, l'affection des parents.
Ces peintures , l'ancienne France les répandait par la gravure dans tous les ménages. Un enseignement ressortait de modestes cadres de bois noir, qu'il serait à souhaiter de voir accrochés encore dans les appartements des classes moyennes.
Il est peu d'êtres qui, à la longue, ne subissent la douceur, le contentement, la tranquillité et le charme des peintures de la vie domestique.