‹ Les enfantsChapitre 29 sur 66 · L'HOMME CONNAIT PAS LES TENDRESSES DE LA MÈRE POUR SES ENFANTS · texte numérisé non relu

L'HOMME CONNAIT PAS LES TENDRESSES DE LA MÈRE POUR SES ENFANTS

La tendresse des mères est sans bornes et de tous les instants ; du premier au dernier jour de ses enfants, jamais la mère ne croit avoir assez fait. Pour un fils, elle se dépouille de sa fortune; pour lui, elle mendierait un morceau de pain.

— (ju'il soii heureux ! se dit la pauvre femme résignée, qui ne s'inquiète pas si elle se prive de tout pour celui qu'elle a enfanté.

C'est la profondeur de ce sentiment, sur la connaissance duquel Jean-Jacques Rousseau s'appuyait, qui a fait la force et la portée de

VÉmile x)endant un siècle. Le philosophe répondait au cœur des mères en mettant à nu leurs plus douces sensations.

« On a si grand besoin de dire combien on aime ses enfants à quelqu'un qui nous entende ! Mon mari m'entend, mais il ne répond pas assez à ma fantaisie ; la tête ne lui tourne pas comme à moi : sa tendresse pour eux est trop raisonnable ; j'en veux une plus vive et qui ressemble mieux à la mienne. Il m*e faut une mère qui soit aussi folle que moi de mes enfants et des siens. »

En effet, il n'est pas de mère qui n'insiste sur les qualités de ses enfants, n'y revienne à tout propos et ne les voie avec la seconde vue qui manque à l'homme.

La nature a voulu que l'enfant tînt une aussi grande place dans le cerveau de la mère que dans son sein. Physiquement et moralement, l'enfant est plus lié à la mère qu'au père ; un tel lien, loin de s'affaiblir, s'accroît avec le temps.

Vous voyez revenir dans sa famille un fils éprouvé par le malheur, fatigué par les années, abandonné de tous . La mère lui ouvre

ses bras et verse des larmes de joie en embrassant le malheureux. C'est son fils ; elle lui pardonne ses fautes. Il est revenu; le passé n'existe plus.

Jamais la femme n'oublie les joies de la maternité : elle était misérable jadis ; quelque chose de plus fort que la misère la poussait à sourire à l'enfant qui la payait libéralement en illuminant la mansarde de ses sourires.

J'admire quelles métamorphoses peut amener la venue d'un enfant. Une femme bornée devient ingénieuse ; vive, elle s'exerce à la patience; dure, elle s'attendrit.

La conception, l'enfantement sont pour la femme comme un arbre de Noël chargé de qualités morales, qui lui communiquent un dévouement sans bornes.

Qu'est-ce que la ruine pour une mère si son enfant y échappe? La mort, ce n'est rien non plus.

— Que je meure et que mon enfant soit sauvé ! s'écrie la mère.

M. de Ségur rapporte qu'au passage de la Bérésina, on apercevait au milieu des gla-

çoiis des femmes avec leurs enfants dans les bras, les él 3vant à mesure qu'elles s'enfonçaient; déjà submergées, leurs membres raidis les tenaient encore au-dessus d'elles !

Page 1