‹ Les enfantsChapitre 32 sur 66 · L'ENFANT ABANDONNÉ · texte numérisé non relu

L'ENFANT ABANDONNÉ

11 faut qu'elle soit bien misérable, la mère qui abandonne son enfant!

Délaisser son nouveau-né au coin de la borne, l'hiver, ne fût-il pas exposé à mourir de froid, c'est tuer volontairement et à jamais sa part de bonheur, de rayonnements, de joies, d'espérances et de sourires.

Il faut donc que la mère soit bien malheureuse, qu'elle craigne que le dernier morceau de pain ne lui manque, pour se laisser entraîner à cette cruelle extrémité !

Son histoire est courte. Un séducteur l'a abandonnée. Elle gagne sa vie au dehors pour rapporter un chétif salaire ; elle a craint que l'enfant ne l'empêchât d'accomplir sa tâche. Des semaines de morte-saison sont arrivées qui lui ont fait épuiser le crédit partout.

Elle n'en est pas moins coupable d'abandonner l'enfant.

La neige tombe. L'enfant abandonné crie, la figure fouettée par le froid. Il n'est pas d'être qui ne soit ému de ce spectacle, pas d'âme assez indifférente pour passer son chemin. L'enfant abandonné éveille la pitié de tous, du pauvre, du riche, de l'homme blasé.

Non, la pauvre fille n'était pas digne d'êrtre mère. Celle qui adore son enfant, déjà tout le monde l'aime. Les soins dont elle entoure le nouveau-né lui sont rendus avec usure.

Elle n'est pas riche ; avec le moindre chiffon elle pouvait faire une toilette à l'enfant.

Chacun autour d'elle eût ajouté quelques pièces à la layette, quelques lainages pour le garantir du froid.

Pourquoi a-t-elle désespéré de la compassion ?

Gomme un enchanteur, l'enfant eût arraché un sourire même aux bouches qui sourient rarement ; ce sourire eiit rempli d'émotion son cœur de mère.

Et elle l'a abandonné ! Et une autre plus pauvre qu'elle se montrera plus humaine! Un ouvrier, chargé de famille, apportera le nouveau-né à sa femme, qui le suppliera de ne pas le porter aux Enfants-Trouvés.

Celle qui fut mère est obligée de fuir son quartier. Et dans le coin de quelque faubourg, quand, sombre et désolée, elle se jettera dans la débauche pour s'étourdir, elle n'y trouvera que le remords ; sans cesse sa vie sera empoisonnée par le souvenir de ia lugubre nuit d'hiver pendant laquelle deux bras d'enfant s'agitaient hors des langes, ia suppliant de ne pas se dérober à leur étreinte.

1 Pauvre femme!

Pour avoir désespéré de la charité, sou cœur est vide à jamais, à jamais ses yeux restent sans larmes.

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