DÉVELOPPEMENT DE L'IMAGINATION
Il ne faut pas croire que l'enfant soit émerveillé à la vue de jouets somptueux.
Au jour de l'an, laissez-le libre d'entrer chez Giroux ou de s'arrêter à l'étalage du marchand forain qui, dans sa cabane de planches, vend des jouets de Notre-Damede-Liesse, l'enfant n'hésitera pas : il courra vers les gaies colorations picardes sans s'inquiéter si elles ne coûtent qu'un sou, et il laissera sans regret les jouets fastueux de dix louis.
Un enfant qui a à sa disposition des poupées de toute taille, depuis la demoiselle couverte de dentelles jusqu'à la catau
sans autre ornement que l'incarnat de ses joues, donnera tout son temps à la pauvre déshéritée si commode à habiller avec la moindre foufe \
L'imagination, qui surabonde chez l'enfant, a besoin d'être exercée.
L'enfant veut créer sans cesse. C'est une création qu'un trou en terre. De cette même terre qui sort du trou et qu'il tasse avec ses mains, l'enfant élève des montagnes qui lui paraissent d'une hauteur incalculable ; un tas de poussière représente des architectures féeriques.
C'est le même mirage qu'exerce la poupée d'un sou, qu'il faut faire belle.
L'autre, la riche, celle couverte de soie, n'a besoin de rien. L'enfant le sait et la dédaigne ; mais cette petite créature qui n'a en partage que ses yeux bleus, sa placidité, ses joues roses et un sourire éternel sur des lèvres de cerise, quelle imagination il faut pour l'habiller d'un chiffon d'indienne qui sera le fichu !
1. Foufes, petits morceaux d'étoffes de toute couleur qu'on donne en Picardie aux enfants pour récréer leurs yeux.
LES EJNFANTS.
Cette besogne demande à l'enfant de longues heures, qui passent comme une minute. Jamais, plus tard, jeune fille allant à son premier bal ne trouvera le temps de la toilette si bien employé.
Que de soins, d'attention, pour la pauvre poupée, à laquelle l'enfant pense en s'endormant, en s'éveillant !
Ne croyez pas que l'enfant se trompe sur la condition de cette poupée. La petite fille sourit la première de sa modeste toilette, des horions qu'elle reçoit.
En jouant avec sa catau, l'enfant lui a cassé la tête. Elle lui en improvise une avec des chiffons, sur lesquels elle demande qu'on lui trace des barres qui lui représentent une bouche, des yeux ; et ce morceau de linge sur un corps de carton sera encore préféré aux autres poupées.
Dans les anciens drames où, pour décor, un écriteau portait l'inscription : Ceci est mie forêt^ si le poëte faisait plus d'efforts et appelait en aide tout son génie, le peuple était plus attentif, plus croyant à une conception dramatique sans mise en scène.
La poupée d'un sou développe rimagination de l'enfant comme le poëte développait jadis celle du peuple.
LES POETES mm CO^^SOLATEIRS
Il vint ici d'une certaine ville de Neustadt,
Une veuve très-affligée; La mort lui avait pris son enfant
Qu'elle aimait de tout son cœur.
Elle se promenait une fois dans la campagne
Pour adoucir sa tristesse ; V^oilà que vint le petit Jésus,
Entouré de blancs enfants.
Vêtus de robes blanches, brillants d'une clarté céleste, Ces enfants étaient parés D'une belle couronne de gloire.
Lorsque la mère aperçut son lils,
Vite elle courut à lui : .
— Que fais-tu là, mon cher enfant.
Que tu n'es pas dans la tomber*
— Ah ! mère, ma chère mère, Il me faut renoncer à la joie; J'ai là une bien grande cruche Où je dois recueillir vos larmes.
Quand vous aurez cessé de pleurer
Et oublié vos douleurs, Alors je trouverai le repos dans cette terre;
Mon cœur en serait bien joyeux* !