‹ Les enfantsChapitre 34 sur 66 · L'ENFANT, MIROIR DU PÈRE · texte numérisé non relu

L'ENFANT, MIROIR DU PÈRE

Les grands esprits voués au célibat pour se consacrer tout entiers à la culture des lettres, des arts ou des sciences, ont raison. Ce n*est pas l'égoïsme qui les a éloignés du mariage; leurs œuvres sont des enfants auxquels il faut consacrer tous leurs soins, toute leur pensée. Gomme des bénédictins, ils se sont condamnés à une réclusion absolue, quoique plus d'un regrette le foyer conjugal auprès duquel il aurait trouvé place aux jours d'abattement; mais comme il n'est donné ([u'à quelques rares esprits d'allumer les Hambeaux intellectuels qui éclairent une nation, les autres hommes, qui ne sont pas préoccupés de laisser des œuvres que consultera l'avenir, laissent des enfants.

LES p:nfa^'ts.

C'est une aussi grave préoccupation que de créer une œuvre puissante.

Le poëte inquiet se demande comment la foule accueillera sa création. L'a-t-il portée en lui assez longtemps ?

Le père pense à ce que deviendra son flls, quelle éducation il faut lui donner, quels risques l'enfant courra dans le monde.

L'enfant est un miroir ; sans cesse le père l'a devant les yeux.

L'enfant réveille le passé, l'enchaînement des choses, le souvenir de plus d'une faute.

— Ai-je suivi la véritable route pour être heureux ? se demande l'homme anxieux. Ma jeunesse n'a-t-elle pas été dépensée follement? Dans maintes occasions ii'ai-je pas moi-même dressé des barricades devant mon bonheur?

Chose singulière que les enfants ne soient pas meilleurs que leurs pères î

Comme un ouvrier qui, les années d'à])-

prentissage terminées, a acquis les connaissances nécessaires pour devenir maître à son tour, le fils d'un homme devrait toujours posséder des qualités supérieures à celui à qui il doit le jour.

L'éducation a été mauvaise, quand les qualités morales du fils ne sont pas plus affirmées que celles du père.

Si, dans le ménage, la femme faisait plus corps avec l'homme, si son éducation la poussait à méditer sur le grave problème de l'instruction, c'est à elle qu'incomberait le beau rôle de réformateur d'où découlerait l'avenir, non pas seulement d'un enfant, mais de la société, de l'humanité.

Un homme qui aurait assez de confiance pour s'ouvrir tout entier à sa compagne lui confierait ses fautes du passé, comment il pouvait les éviter, par suite de quelles faiblesses il s'y est laissé entraîner, et la profondeur de l'ornière du fond de laquelle il a eu tant de peine à sortir ; mais les femmes elles-mêmes ont besoin de recevoir la forte éducation qui leur permette de s'associer à une telle confession.

La plupart d'entre elles prendraient en pitié le mari avouant ses fautes, la sagesse qui lui a manqué, l'expérience qui lui est venue trop tard : ce sont des confidences dangereuses que ces aveux de faiblesse à une faiblesse qui plus tard peut en abuser.

Il faudrait une femme d'un esprit droit qui, méditant sur de telles confidences, attendrait le jour d'en faire une source d'enseignement pour son fils. A coup sûr alors elle pourrait corriger certaines analogies dangereuses de l'enfant et du père; en veillant attentivement sur les premières pensées de l'enfant, elle pourrait dresser des barrières contre les passions qui ont assailli le père ! Et on n'entendrait plus ces gens désillusionnés, qui, ayant appris trop tard la sagesse, s'écrient d'un ton de regret: — « Ah! si je recommençais la vie! » Car c'est l'enfant, protégé contre les faiblesses, qui, seul, peut recommencer dignement la vie du père.

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