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LES DROITS DE LA FEMME

Le temps est venu où la femme s'aperçoit combien son sexe a été opprimé depuis le commencement du monde. Des journaux ont été fondés pour réclamer l'égalité'des sexes ; des chaires sont ouvertes, ainsi que des conférences.

Égale de l'homme, la femme en réclame les privilèges, et il a été question dans certains cénacles de refondre le Gode, un arsenal de vieilles armes à l'aide desquelles la femme est courbée sous le joug.

Les esprits — avancés — se demandent en

effet d'où part cette autorité concédée si bénévolement à l'homme. '

Pourquoi ne devrait- il pas aussi bien obéissance à la femme que celle qui lui apporte un cœur pur ? Pourquoi encore l'homme ne serait-il pas tenu de suivre la femme au domicile qu'il a plu à celle-ci de choisir ?

Ce Code gothique, prôné outre mesure par la civilisation, n'est, dit-on, que la conséquence de la vie sauvage, où la femme est traitée en esclave. Il faut le refondre. Et c'est un bel exemple que donne la Turquie, qui, tendant à renoncer à l'emprisonnement du sérail, a permis récemment à quelques femmes de sortir dans la ville sans voiles.

Il faut modifier profondément le Code, rompre les barricades des anciennes coutumes et s'inspirer des droits naturels pour ajouter à son Avoir ce que la femme a perdu.

Pourquoi la femme n'offîcierait-elle pas dans les fêtes religieuses? Il y avait des prêtresses dans l'antiquité. La religion serait consolidée, et plus d'un sceptique sentirait la croyance renaître au spectacle de jeunes vierges donnant le signal de la prière.

En politique on compte une Catherine que les philosophes G?ux-nièmes appelaient la grande. Si elle eut des favoris, il ne manque pas dans l'histoire de favorites qui, malgré l'autorité dont disposaient les rois, prirent une large part à la politique de leur époque. Plus d'une femme impératrice ou reine a prouvé que le sceptre ne faiblissait pas dans ses mains. Pourquoi, lorsqu'un peuple envahisseur veut agrandir son territoire aux dépens de celui du peuple voisin, n'en verraiton pas la femme en qualité d'ambassadeur ? Sa parole et ses charmes auraient plus de poids que les notes diplomatiques échangées par les hommes.

La femme a une langue et sait s'en servir. Dans les Chambres où se discutent les intérêts de la nation, elle parlera, s'il le faut, aussi longtemps que le plus verbeux des orateurs.

La femme sait conduire un cheval et faire la récolte ; elle est initiée aux progrès des lettres, des sciences et des arts. De romans, de poésies, de tableaux, elle emplirait l'univers, et de récents exemples montrent qu'(^lle

peut aborder de front les matières les plus ardues et les plus positives, la métaphysique, la médecine ou la chirurgie. Au Palais, n'a-t-on pas vu de vieux avocats s'étonner de sa dialectique quand par hasard elle aborde les questions de droit?

Certainement l'heure serait venue de remplacer les droits de l'homme par les droits de la femme si de pauvres natures féminines, auxquelles l'éducation a manqué pour se débarrasser d'une timidité dangereuse en fa:e des réformes que réclament des esprits généreux, ne formaient un groupe considérable.

Comme le peuple, la femme a besoin d'instruction. Pour répandre cette instruction, il faudrait plus de journaux dévoués à la cause féminine, plus de cours, i3lus de clubs et plus de conférences. Des émissaires devraient être envoyés en province, dans les campagnes, pour réveiller l'atonie d'un sexe trop longtemps asservi, qui par tradition reste attaché à l'homme et élève ses enfants.

La logique conduit fatalement à laisser quelque repos à une vieille civihsation qui

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roule perpétuellement dans le même cercle. Un moment de répit lui est du comme aux navires qu'après une longue traversée les matelots mettent sur le flanc pour les radouber.

Il s'agit de détruire un amas de préjugés desquels s'échappent des émanations délétères, qui sans cesse engendrent de nouveaux abus.

Pendant une période de vingt-cinq ans, les femmes s'engageraient à ne plus avoir d'enfants.

Contribuer à l'accroissement de la population, c'est entretenir de gaieté de cœur un foyer de misère et d'ignorance.

En laissant pendant vingt-cinq ans la civilisation se reposer, en employant cette période à des réformes utiles pour les droits des femmes, la société obtiendrait certainement une race neuve, docile, malléable et sans préjugés héréditaires.

Les enfants qui naîtraient au bout de ce temps d'arrêt, ayant été conçus sous l'influence de nouvelles idées, changeraient alors la face de la civilisation.

Tel est le projet de rénovation sociale que m'a confié un esprit d'élite, un cœur d'or, une nature ardente, une dame qui demeure

aux Batignolles.

On voit rarement des jouets dans la main des enfants à la campagne. Le paysan économe ne se soucie pas de grever son budget par l'achat d'objets qui sont mis en pièces, à peine l'enfant les a-t-il touchés. L'homme qui vit aux champs est ennemi du factice. La poupée qui parle et ferme les yeux, le mythe de Polichinelle ne répondent en rien à son esprit.

Dès l'âge le plus tendre, l'enfant, mêlé à ses compagnons, fait des trous en terre, se

roule sur l'herbe, élève des tas de poussière, ne s'ennuie jamais et ne montre pas les exigences développées par le séjour des villes.

Il n'est besoin de lui acheter ni brouette, ni cerceau ; ses mains lui tiennent lieu de pelles. Une charrette, remisée sous le grand marronnier de la x)lace, hii sert de divertissement, et il n'a que faire d'un cerceau l)0ur courir, les muscles de ses jambes étant exercés de bonne heure.

A la ville, on essaye d'appeler l'attention des enfants sur les choses naturelles avec des animaux factices. Ce ne sont pas les animaux qui manquent au village.

Les chiens y rôdent en toute liberté; Jentement les chats traversent les rues et vont se reposer sur le haut d'un vieux mur; les pigeons prennent leur volée dans la direction des champs; des troupeaux de moutons, changeant de pâturage, soulèvent à tout instant la poussière des routes ; le soir, les boeufs reviennent en troupes des pâturages et rentrent chacun à son étable ; sans cesse passent des chevaux et des ânes ployant sous le fourrage, tandis que les oies et les poules

picorcMt en liberté sur le gazon devant l'église.

■ Ces aboiements, ces miaulements, ces roucoulements, ces caquetages, ces bêlements, ' ces hennissements, ces beuglements valent bien les sons imitatifs que rindustrie adapte à des animaux de carton.

Le ruisseau qui coule et murmure sur un lit de cailloux paraît plus intéressant à reniant que les Guignols des Champs-Elysées ; mais ce qu'il aime par-dessus tout, c'est une fleur des champs que sa mère vient de cueillir pour lui. Il y a là un mystère de forme, de coloration, d'odeur, qui excite l'attention de l'enfant et remplit son cerveau de fraîches sensations inconnues à la ville.

Cette éducation de l'enfance aux champs a préoccupé plus d'un esprit ; j'en trouve la trace dans une lettre de M""* de Sévigné à sa fille.

« Si votre fils est bien fort, l'éclucation rustaude est bonne; mais s'il est délicat, je pense qu'en voulant le faire robuste on le fait mort, » écrit la marquise.

Il est certain que les enfants des habitants des villes, transplantés à la campagne, vers l'âge de deux à trois ans, supporteraient difficilement la vie des petits paysans qui courent pieds nus sur les cailloux, bravent le soleil ardent sans autre coifi'ure que leurs cheveux et dont un mauvais pantalon de toile ouvert à tous les vents et un morceau de gilet couvrent à peine la poitrine. Sans doute il serait dangereux de l'envoyer à la moisson, en tel équipage, ramasser les gerbes, comme aussi, pendant les rigueurs de l'hiver, on ne peut songer à lui fau^e porter des charges de fagots ramassés dans les bois.

C'est là ce que M"^ de Sévigné appelait « l'éducation rustaude; » mais en toutes choses des ménagements sont à garder, et, sans vouloir faire de l'enfant un gardeur de bestiaux, je dirais aux mères : Aussitôt la naissance de votre enfant, renoncez aux plaisirs de la ville; que la campagne soit votre

unique idéal. Vous vous préparez des joies sans fin, car l'enfant y poussera comme une plante.

Il était frêle et couvert de laine ; peu à peu vous enlèverez ces superpositions d'étoffes qui gênent le développement de ses mem- « bres.

Il était timide à ne pas vous quitter; habituez-le de jour en jour à se mêler aux petits paysans. La simplicité de leurs jeux l'intéres- ' sera tout d'abord, et je ne lui donne pas une huitaine pour qu'il ne réclame la liberté de courir avec eux.

Quand sa figure et ses mains seront couverts de ce haie qui est le brevet de la vie en plein air, alors il conviendra de lui faire quitter ses vêtements de la ville. Que le vent caresse toutes les parties de son corps. Ses muscles, s s nerfs et ses mem- Jjres se fortifieront et se retremperont à ces bains d'air.

Ne vous inquiétez pas de développer son intelligence. Tout dans la nature lui devient enseignement : le soleil et les nuages les prés et les bois, les vallons et les collines.

Et c'est seulement alors qu'ayant aguerri vos enfants pendant sept ans, vous pourrez sans crainte les lancer en pleine civilisation^ les nerfs trempés et ayant amassé les forces nécessaires pour le grand combat de la vie.

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