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SÉPARATION

Est-il rien de plus fâcheux pour l'enfant que le spectacle d'un père et d'une mère en hostilités qui se reprochent leurs fautes, sans cesse font entendre de pénibles récriminations, et s'accablent de duretés auxquelles succèdent de cruelles injures?

L'enfant ne comprendrait-il pas encore que déjà ces froids regards, ces bouches méprisantes, ces gestes altiers froissent sa nature, qui a besoin d'affections et surtout de la fusion des tendresses paternelles et maternelles ?

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Il faut à renfaiit une atmosphère d'affections comme la plante de serre qui a besoin d'être protégée contre les rigueurs des saisons.

A table, quand les époux sont obliges de se réunir et qu'ils affectent devant ceux qui les servent une réserve glaciale, l'enfant subit le contre-coup du silence, de la contrainte qui planent dans la salle à manger; sa gaieté, son expansion naturelle sont paralysées.

Mais quel drame plus poignant peut atteindre celui que les lois créent orphelin, du vivant de son père et de sa mère !

Les époux, ne pouvant ijlus vivre ensemble, ont résolu de se séparer. Alors éclatent des amertumes qui toute la vie resteront dans l'oreille de l'enfant. Il assiste aune rupture, à des déchirements qui parfois sont précédés de violences. Il voit couler des pleurs, il entend des colères qui éveillent en lui des idées de chagrin et de terreur. Ces traits jadis souriants qui le faisaient sourire, la haine s'en est emparée.

Tout est brisé entre deux êtres sous la protection desquels l'enfant marchait heu-

LES ENFAXTS.

reiix. Les baisers, que tour à tour deux époux qui s'aimaient imprimaient sur les joues de l'enfant, à la même place, sont remplacés par une froide indifférence, d'où rien de tendre ne jaillira plus jamais.

Un jour, une singulière animation remplit la maison. Est-ce un voyage, une fuite ? Les tiroirs sont vidés, les meubles restent ouverts, les malles s'entassent sur des malles. Quelqu'un va abandonner ces appartements en désordre : la femme, pour se réfugier dans sa famille.

Au milieu de ce bouleversement, l'enfant se sent abandonné. Impassible, et morne, le père attend le dénouement de ce drame anxieux. L'enfant, avec inquiétude, regarde ces phj'sionomies sèches, ces bouches fermées derrière lesquelles, quelquefois encore, le chagrin se cache sous la volonté.

Un mouvement d'entraînement, un cri du cœur pourraient mettre terme à cette pénible situation. Hélas! ce mot, ce cri, plus d'une fois se sont échappés de ces poitrines. Il est trop tard maintenant. L'heure de la séparation a sonné. La mère emmène son enfant, et

les larmes qu'en secret le père verse sur ce départ, personne ne les verra.

L'enfant reste sans père. Il le demande. Sa mère ne lui répond pas ; l'époux est mort pour elle, elle veut que le père soit mort pour le fils.

Ce n'est encore que le prologue de ce drame lamentable.

Les affections paternelles ne sont pas de celles qui s'éteignent. Le père veut revoir son fils. Sa vie a été brisée par le départ de l'enfant : dans la nuit qui a suivi la séparation, l'homme s'est senti vieillir de dix ans.

Parfois les torts viennent de la mère. L'enfant reste sans mère.

Qu'il, soit délaissé par l'un ou l'autre, qu'un jugement le confie au père ou à la mère, quelle éducation recevra cet enfant victime de deuxindifi'érences ou de deux haines, qu'on condamne à voir ses parents, seul avec l'un d'eux, une heure par semaine, à telle date, et qui un jour trouvera dans les papiers de famille les mémoires accusateurs que son père et sa mère ont lancés l'un contre l'autre !

Mieux vaudrait être enfant trouvé que d'entrer dans la vie, le cœur ulcéré par le souvenir de telles haines !

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ËDDGÀTION - INSTRUCTION

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