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CONTES DE NOURRICE

Certains esprits chimériques s'imaginent encore que les histoires que la nourrice conte à l'enfant correspondent plus directement à sa frêle intelligence.

En Alsace, les enfants croient que la neige qui tombe en hiver provient du duvet que laissent envoler les anges en faisant leur lit.

Les mères chantent à leurs enfants :

Les Anges ont fait leur lit^ Le duvet tombe sur la terre ;

Ils veillent le jour.

Ils veillent la nuit.

Qui donc aurait gardé mon enfant ?

Combien d'erreurs et de fausses notions scientifiques accumulées dans un seul couplet? Est-il besoin de parler d'anges aux enfants, s'écrient en gémissant les natures académiques? La neige n'est pas un duvet. On ferait mieux de leur enseigner que la neige est une vapeur congelée qui tombe des nues sur la terre en flocons blancs et légers, produits par des amas de cristaux très-variés, dont les savants ont décrit quarante-huit formes différentes.

Une nourrice conte à son nourrisson qu'il y eut un jour une grande rumeur dans un poulailler. Une poule avait pondu un gros œuf transparent, dans lequel se voyait un petit homme à face humaine très-bien marquée, de la grandeur d'une pièce de dix sols.

C'est contre de pareilles imaginations que proteste mon savant ami, M. Louis Figuier. Il blâme ce genre d'affabulation et souhaite; que la nourrice apprenne que la poule est un gallinacé de la famille des alactrides; alors son intelligence se refusera à introduire « un petit homme de la grandeur d'une pièce de dix sols » dans un corps d'une enveloppe

dure ou molle qui contient Tembrj^on propre à reproduire l'espèce.

Et c'est pour conjurer le danger des contes de nourrices que mon savant ami Figuier fait constamment gémir la presse et publie d'incessants ouvrages sur les mystères de la création, les mystères de l'organisme, les mystères du squelette, les mystères de la vapeur, les mystères de l'électricité etc., lesquels ne perdent rien, du côté de la science, à être revêtus des charmes du style de l'École nationale de pharmacie.

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