L'ART GERMANIQUE
Il y a longtemps déjà qu'on se préoccupe en Angleterre des livres qu'il convient de mettre sous les yeux des enfants; tout ce que la coloration offre de vif et d'attrayant a été employé.
En France, depuis quelques années, l'industrie tend également à créer une littérature et des images enfantines; mais l'Angleterre nous dépassera encore longtemps de beaucoup.
Niaiserie ou pédantisme, archaïsme et manière sont le plus souvent l'enveloppe de nos dessins. Il ne s'est pas encore trouvé un véritable écrivain pour échapper à un gnangnan prétentieux ou à une prétendue science de pacotille, comme aussi le mélange frelaté de « parisicnneries » élégantes et de pâles fa-
cleurs empruntées aux fresques antiques n'ont pas fait naître un artiste pour rompre avec de telles faussetés.
Nous ne connaissons pas assez les tentatives du même ordre faites en Allemagne, ou plutôt une précieuse qualité nous fait malheureusement défaut, la bonhomie, qui devrait entrer dans le creuset français, toujours prêt à fondre les éléments les plus divers.
Pour se prononcer sur la question: quel est des trois peuples celui qui s'intéresse le plus à l'enfant, il faudrait avoir séjourné un certain temps en Allemagne et en Angleterre; toutefois, en voyant les publications de ces diverses nations en regard, il n'y a pas à hésiter. C'est certainement la race germanique qui témoigne le plus de souci et d'attachement pour l'enfance.
Ni en France ni en Angleterre on ne trouve des conteurs tels que les frères Grimm et Andersen, ni des artistes de la valeur d'un Richter.
A s'occuper particulièrement des artistes (peut-être leur condition en Allemagne estelle meilleure que la nôtre, et faut-il reporter
son parfait déveloi3pemeiit aux institutions et aux moeurs), la moindre de leurs œuvres respire une douceur, une quiétude et une bonne humeur qui ne se voient ni dans la sombre Angleterre ni dans la France si légère en apparence et si tourmentée.
Sans doute les artistes allemands pèchent par l'uniformité ; mais ce défaut est racheté par la clarté et l'heureuse composition de petits drames où la méthode des meilleurs Flamands, un Ostadepar exemple, est venue se clarifier aux rayons du soleil germain.
Rien de factice dans les gravures de Richter. La bonne humeur, l'amour maternel font les frais du tableau. Comme tout ce petit monde est heureux et combien la mère et l'enfant échappent aux soucis de la vie factice des grandes villes! En regardant ces gaies compositions, on est porté à vivre de cette vie facile.
Des cabanes ornées de vignes vierges et déplantes grimpantes; au fond, de grands arbres, des animaux domestiques paisibles témoignent que la vie des champs est la seule qui convienne à la mère, aux enfants.
Je remarque que l'hoinme est absent de la plupart de ces compositions. Il est sans doute à la ville, occupé à des travaux lucratifs qui permettent à la mère d'entourer son petit troupeau de gaietés et de tendresses,
comme le soleil l'entoure de ses rayons. Le père n'a pas voulu que sa famille s'étiolât et prît les pâles couleurs dans ces grandes capitales, où le manque d'air et de lumière empêche trois générations de se succéder.