L'ÉDUCATION CHEZ LES INDIENS
Franklin rapporte qu'à la suite du traité conclu à Lancastre, en 1745, entre le gouvernement de Virginie et les Six-Nations, les commissaires de la Virginie informèrent les sauvages qu'il y avait au collège de Willamsbourg des fonds destinés à l'éducation de jeunes Indiens, et que si les chefs des Six- Nations voulaient y envoyer six de leurs enfants, le gouvernement en prendrait soin et les ferait instruire dans toutes les sciences des blancs.
Une des règles de la politesse des Indiens est de ne jamais répondre à une question publique le même jour qu'elle leur a été faite.
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Ils pensent que ce serait la traiter avec trop de légèreté, et qu'ils montrent plus de respect en prenant du temps pour la considérer comme une chose importante.
Les Indiens différèrent donc de répondre aux Virginiens.
Le lendemain, après que l'orateur eut ^-émoigné combien ils étaient sensibles à l'offre qu'on leur avait faite, il ajouta :
— Nous savons que vous estimez beaucoup l'espèce de science qu'on enseigne dans vos collèges, et tandis que nos jeunes gens seraient chez vous, leur entretien vous coûterait beaucoup. Nous sommes donc convaincus que dans ce que vous nous proposez, votre intention est de nous faire du bien et nous vous en remercions de grand cœur; mais vous qui êtes sages, vous devez savoir que les différentes nations voient les choses d'une manière différente, et vous ne devez pas être offensés si nos idées en éducation ne sont pas les mêmes que les vôtres. Nous en avons fait l'expérience. Plusieurs de nos jeunes gens ont été élevés dans les collèges des provinces septentrionales. Ils ont été instruits
dans toutes vos sciences; mais quand ils sont revenus parmi nous, à peine savaient-ils (îourir. Ignorant entièrement la manière de vivre dans les bois, incapables de supporter le froid et la faim, ils ne savaient ni bâtir une cabane, ni prendre un daim, ni tuer un ennemi; ils parlaient imparfaitement notre langue, et, par conséquent, ils n'étaient propres ni à la chasse, ni à la guerre, ni aux conseils. Enfin, nous ne pouvions rien en faire. Nous n'acceptons pas votre offre ; mais nous n'en sommes pas moins reconnaissants, ot, pour vous le prouver, si les habitants de la Virginie veulent nous envoyer une demidouzaine de leurs enfants, nous aurons le plus grand soin de leur éducation, nous leur apprendrons ce que nous savons et nous en ferons des hommes.
Le sage Franklin, si positif et si utilitaire, n'a pas trouvé un mot à répondre au discours de l'Indien.