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L'HISTOIRE ENSEIGNÉE PAR LES VOYAGES

Il y a quelques années que, me trouvant en Suisse, je rencontrai un groupe d'enfants, armés du bâton ferré des voyageurs, qui suivaient à pied la route de TOberland, contrée où se rencontrent tant de beautés si diverses : montagnes et vallées, neige et verdure.

C'était une pension qui prenait ses vacances sous la direction d'un professeur ; telle est l'habitude en Suisse de fortifier le corps des jeunes gens par de longues marches et d'initier leur esprit au spectacle de la nature.

Cette méthode d'enseignement, qui n'a ])as été adoptée par la France, pourrait être

employée avec succès, car les beautés naturelles n'y manquent pas, et il est peu de campagnes où ne se rencontre quelque coin intéressant par ses produits, ses aspects pittoresques et ses souvenirs historiques.

La moyenne de toute éducation étant de dix ans, pendant cette période les élèves parcourraient dix pays différents et le professeur en profiterait pour faire en pleine nature un cours utile.

Combien l'élève serait mieux préparé aux études historiques et comme elles lui paraîtraient faciles et attrayantes s'il avait étudié sur place les agrandissements successifs du territoire, les invasions qui ont laissé des traces, les anciennes voies romaines, la nature du sol particulière à chaque contrée, les hommes remarquables qui y ont pris naissance, les grands événements qui s'y sont l)assés !

Ce ne serait plus seulement une histoire de la France, mais une histoire de l'Europe, que l'élève apprendrait dans ses voyages, à la vue des villes et de leurs monuments. Non-seulement se dévoileraient le passé et

le présent, mais encore l'avenir, si le professeur jugeait à i^ropos d'ajouter à son enseignement des notions sur les produits du pays, ses mines, ses usines.

Jadis un ouvrier compagnon avait fait son « tour de France » avant de s'établir maître : s'il n'étudiait pas au point de vue historique les contrées qu'il traversait, l'état social particulier à chaque province laissait des traces dans son esprit.

Combien de jeunes gens appelés à jouer un rôle dans leur pays ont moins vu, moins observé qu'un compagnon charpentier !

En Allemagne et en Suisse, les fils des maîtres d'hôtel, appelés à succéder à leurs pères, vont étudier l'art culinaire dans les diverses capitales de TEurope.

Et ceux qui ont suivi des carrières libérales, des hommes appelés plus tard à faire partie de conseils municipaux, quelques-uns même envoyés par leurs concitoyens à la députation, en savent quelquefois moins qu'un cuisinier ! Ceux du Nord ne se rendent pas compte des besoins du Midi; d'autres

LES ENFT^NTS.

sortent de l'Ouest sans comprendre les réclamations de l'Est.

Aussi voit-on nombre de spécialistes voués par leurs études à la connaissance des travaux publics qui ne savent pas le premier mot des questions d'enseignement. Celui-là parlera libre-échange des produits manufacturés, qui ignorera les bienfaits du libreéchange de la science.

Appelés à voter dans une grande assemhiée sur tant de diverses questions d'utilité publique, la plupart, ignorant la portée de leurs votes, croient au pied de la lettre tel ou tel spécialiste, parce que celui-ci a étudié une branche que la majorité ignore.

Sans entrer dans de plus longs développements à ce propos, je crois que de certains voyages, ordonnés une fois ou deux par an dans les collèges, donneraient à tous des notions politiques, sociales et scientifiques dont le développement serait plus tard rendu facile aux professeurs. Le spectacle de la nature est fécondant; l'histoire ainsi présentée sur place serait le meilleur des cours historiques ; l'économie politique, perdant de son

aridité, serait rendue d'une utilité visible, et le souvenir des grands événements joint à la mémoire des grands hommes élèverait l'esprit de tous, leur ouvrirait des horizons et détruirait les germes de la rouille de la spécialité, si fatale à l'intelligence.

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