‹ Les enfantsChapitre 60 sur 66 · LES ÉCOLES D'AUTREFOIS · texte numérisé non relu

LES ÉCOLES D'AUTREFOIS

Un homme remarquable qui, tout jeune, avait été élevé dans une école de petite ville tenue par une vieille qui avait la garde des enfants, les laissait courir et crier dans la classe, me disait combien il admirait les progrès obtenus par les salles d'asile et surtout combien il avait été frappé à la vue des enfants réunis dans une salle claire et aérée, où tout concorde pour régler méthodique-

ment leur travail, leurs récréations, leurs gestes, sans qu'il en résulte rien de pédagogique ni de mécanique.

— L'homme qui a conçu la réglementation des salles d'asile, s'écriait-il, était un grand esprit, qui avait bien observé les enfants; je regrette de n'avoir pas été élevé ainsi.

En effet, ce commencement d'instruction a pour base le mouvement, le chant, la promenade, et c'est pourquoi, aussitôt que l'enfant marche, on peut l'envoyer à la salle d'asile : de deux à trois ans il sera gardé et trouvera de petits compagnons qui développeront son intelligence.

Certaines mères hésitent à se séparer de leurs enfants.

— Ils sont si jeunes, disent-elles, craignant qu'un enseignement quelconque ne cliarge outre mesure leur cerveau.

Jusqu'à ce que l'enfant soit en mesure, non pas d'apprendre, mais d'imiter les gest-es de ses camarades plus avancés en âge, dans toute salle d'asile un endroit a été réservé où les jeunes enfants attendent que leurs facultés s'éveillant leur permettent d'entrer en classe:

Jà ils jouent sous la surveillance d'une gardienne .

L'enfant commence à imiter le babil des grands; il cherche à se mêler à leurs jeux, il s'y intéresse; alors il a droit d'entrée dans la salle d'asile: assis sur un banc moins élevé que celui de ses aînés, il s'associe sans efforts aux gestes et aux paroles que la directrice commande.

S'il est fatigué et qu'il veuille dormir, il s'étend sur le plancher et appuie sa tête contre un banc. Grand avantage sur le sommeil amollissant des lits ; il sera moins long, plus sain : l'enfant ne s'en est pas moins reposé.

Combien sont arriérés les enfants des classes moyennes qui ne vont pas à la salle d'asile et combien sont ignorants les parents qui ne les y envoient pas tout jeunes?

Beaucoup de mères s'imaginent que leurs enfants sont mieux élevés sous leurs yeux ; elles ne se rendent pas compte qu'à un enfant sans compagnons if faut passer des fantaisies, des caprices de tout instant ; et quels soins, quelles caresses valent un camarade de son âge!

L'enfant a déjà une perception de la taille, de la physionomie, du langage. Tout élève ({ui le dépasse d'une tête l'étonné par son élévation; il n'est pas de figure faite, si aimable qu'elle soit, qui réalise le sourire enfantin répondant au sien; une voix mâle, un langage sévère sont utiles pour le rappeler à l'obéissance; mais pour bien jouer, l'enfant veut entendre des cris semblables à ses cris, une langue élémentaire de la même nature que celle de son petit dictionnaire.

Qu'un compagnon se présente à l'enfant élevé chez ses parents, il ne voudra plus le quitter et ne cessera d'associer son nom à des appels, à des larmes quand ce camarade sera parti. C'est un signal donné par la nature, qu'il est bon d'écouter. La mère résiste aux désirs de l'enfant : il s'irrite, boude et devient insupportable, quand la salle d'asile eût changé de telles exigences en plaisirs.

— Ce sont, dit la mère, des enfants de pauvres qu'il fréquentera à la salle d'asile.

Les enfants de pauvres n'ont peut-être pas d'aussi jolis vêtements que ceux des enfants de la bourgeoisie. Quelque pauvres qu'ils

soient, ceux qui, tout jeunes, reçoivent ces l)remières notions d'instruction, sont mieux élevés que les enfants des riches.

Page 1