CHAPITRE VI. 12ÎI
montrant que les riches ont plus d'occasions do faire le mal que les pauvres. 0 Robert! si le clia- ])elain avait dit vrai, aucun de nous n'entrerait donc dans le ciel , ni même mon cher père et beaucoup d'autres? Que ne suis-je pauvre et délaissé, on plutôt mort tout jeune et déjà dans le ciel ! Que ne puis-je prendre ta place ! Oh ! si je désire être roi un peu de temps, c'est pour réparer le mal que je puis avoir commis, en Au'sanl beaucoup de bien, et pour rendre à mon cousin Edouard son héritage; mais, hélas! sais-je bien moi-même ce que je ferais?
— Votre majesté oublie tout à fait que nous devons nous exercer aujourd'hui à l'escrime, dit Robert qui désirait donner un autre tour à la conversation , afin de distraire Edouard de ses tristes pensées. Serrez bien votre épée, prenez une bonne position ; en garde ; essayez de me tuer, je me sauverai.
— Ah! Robert, reprit le prince découragé, je hais tous ces exercices qui n'ont pour but que de tuer. Je ne veux qu'être roi, et non meurtrier
130 LES EiNFAMS n'ÉDOUARD.
OU bourreau; je veux faire giàce el non faire couler le sang.
— Vous oubliez, sire, qu'un roi doit savoir commander une armée un jour de bataille. Je ne veux pas que vous appreniez à tuer, mais à gagner le prix dans les tournois.
— Des tournois ! Ah ! ne me parle pas de cela. Tu crois que tu aurais du plaisir à batailler avec tes amis, à leur donner des coups, des meurtrissures à faire tomber les hommes et les chevaux au risque de leur rompre le cou ?
— Mais vraiment, sire, si rien ne vous amuse, que voulez-vous donc faire?
— Oh ! cher Robert, si je pouvais visiter mes domaines, aller de cabane en cabane, de ville en ville! Oh! si je pouvais faire moi-même un peu de bien et essuyer des larmes! Quelquefois la justice se trompe : si je pouvais réparer ses cireurs; s'il m'était permis de parler au plus misérable de mes sujets, de me réjouir ou de pleurer avec lui, oh! Robert, (piel bonheur!
— l'eaucoup de j)iince.> ont pensé el lévé
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comme voiis dans leui' jeunesse ; mais, devenus hommes et rois, ils ont vu que cela ne pouvait se réaliser.
— Pourquoi? Robert! Oh! si c'était vrai, je le répète, j'aimerais mieux mourir enfant. Mais, vois donc, qui vient ici? mon frère Richard ! Et aussitôt il jeta l'épée à terre et courut à l'entrée du château qu'assiégeaient une grande foule de peuple. Le prince royal passait tour à tour dans les bras de la reine et de ses sœurs, il couvrait de baisers le petit Richard. — Gomme vous nie surprenez agréablement ! ma chère mère ! ÎMon Richard, comment te trouves-tu ? ah ! viens donc, ma sœur Elisabeth, ettoiCécilie ! Bonjour, Anna ; embrassez-moi, Catharina et Isabella. Viens donc, viens, cher Robert, partage la joie de ton ami : vois ici tout ce que j'aime; mon père seul y manque. Comment se porte-t-il? Chère mère, je te présente Robert Buckleig, que mon bon oncle Rivers m'a donné pour compagnon ; ce pauvre garçon, il est muet de surprise. Robert, tu n'entends pas? ta reine est devant toi... qu'a-l-il
donc ? il regarde tout avec stupeur... Mais, chère mère, tu m'amènes une sixième sœur... Quelle est cette demoiselle?
— Comment ! tu ne reconnais pas ta cousine, la princesse Adélaïde de Glarence, demanda la reine en conduisant la jeune fille auprès de son fils. Depuis que son frère a disparu, ton père nous Ta envoyée; elle est pour moi ime tendre fille.
Cependant Robert paraissait violemment agité : la joie et la douleur le faisaient à chaque instant changer de visage ; son unique sœur Adélaïde était là devant lui, et il n'osait l'embrasser, ni même lui parler; car cette sœur bien aimée ne le reconnaissait plus tant la maladie l'avait défiguré. Le pauvre enfant avait peine à contenir les larmes amères qui roulaient dans ses yeux. Il faisait quelques pas, ses bras s'avançaient vers elle, et pourtant il lui fallait réunir tous ses efforts pour éviter la moindre démonsti'ation. — Oh ! que je suis malheureux ! se dit-il en sc)U[)ir;uit, mon Adélaïde me n^fuse un fnrtif
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coup d'œil ! à moi qui entre mille la reconnaîtrais.
Ces réflexions pénibles furent interrompues par la reine qui lui adressa ces mots :
— Cher Robert, ne voyez pas en moi une reine, mais la mère de votre ami Edouard; remettezvous de votre trouble, et montrez-nous cette amabilité qui vous a gagné le cœur de mon fils. Avez-vous encore des parents ?
— Non, madame, balbutia Robert, je suis un orphelin. Une sœur m'était restée, mais. . .
Un cri d'étonnement, qui se fit entendie du côté d'Adélaïde interrompit Warwick.
— Ciel ! quelle voix ! dit celle-ci tout bas.
— Qu'as-lu, chère Adélaïde? dit la reine eu regardant tour à tour Robert et la jeune princesse ; d'où vient cet embarras ?
— J'ai senti tout à coup mon cœur se serrer douloureusement, répondit Adélaïde avec présence d'esprit, peut-être cette douleur a-t-elle été causée par la rapidité de notre voyage.
— Tu as raison , clière Adélaïde , dit In reine.
Dans la joie de nous revoir, nous oublions que nous sommes dans la cour du château et qu'une autre joie nous attend encore ; car je n'ai pas encore revu mon frère. Venez, mes enfants.
Warwick resta seul dans la cour. — Que doisje faire? se dit -il en ramassant l'épée qu'Edouard avait laissée à terre ; me découvrirai-je à ma sœur? Je crois qu'elle a reconnu ma voix. Que fait-elle maintenant à la cour? l'alfection de la famille royale ne serait-elle qu'apparente et ma pauvre sœur prisonnière?
Tout pensif, Warwick remonta dans sa chambre. Il repassa dans sa mémoire les paroles du comte Rivers. Il pensait que la révélation de ce secret pourrait lui coûter la vie. Cependant un mouvement naturel l'entraînait vers sa sœur.
— Si je pouvais, ne fût-ce que pour un instant, profiter de l'occasion que Dieu m'envoie, serait-ce un crime? Mais je dois me Uhùv sur mes gardes, car un mol, un geste pounait me faire découx rir.