‹ Les enfants d'Édouard, ou, Le cinquième commandement de DieuChapitre 15 sur 31 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le jeune comte avait tant de force de caractère qu'il eiitpu, devant Rivers, parler de sa sœur sans trahir son émotion, quoique celui-ci l'observât toujours avec une sorte de déliance. Lorsque la reine et ses enfants eurent quitté la chambre de Rivers, il appela Robert et lui dit : — Prince, je vous ai témoigné une grande confiance, une confiance sans bornes en vous admettant dans ce château; car dans ce moment vous êtes sans doute exposé à une grande tentation. Pourrez-vous être assez fort pour garder votre secret vis-à-vis de votre sœur? Vous savez que, pour vous et pour moi, les conséquences de la moindre indiscrétion pourraient être bien funestes. Vous avez, quoique bien jeune encore, une raison pleine de maturité. Vous dites que vos malheurs vous ont muri avant le temps, voici l'occasion de le prouver : vous en sentez vous la force? ou vaut-il mieux vous éloigner pendant quelques jours?

Des sentiments opposés se livraient un combat \ iolent dans le cœur de W arwick.

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— Mylord, dit-il, recevez mes tendres remerciements pour la générosité avec laquelle vous agissez à mon égard. Je vous jure que vous n'aurez qu'à vous louer de ma conduite; mais permettez-moi seulement de voir quelquefois ma sœur et je me tairai comme si j'étais mort; eh ! ne le suis-je pas de fait ?

Il dit ces derniers mots les yeux humides de larmes.

Rivers le pressa contre son cœur.

— Conduisez-vous toujours de même , cher prince, lui dit-il, et j'espère qu'un jour viendra oii vous serez réuni à votre sœur pour être heureux désormais,

— Oh ! si Dieu permettait cela ! dit Warvvick en s'éloignant.

Edouard tint sa parole fidèlement, quoi(pi'il lui en coûtât beaucoup; mais quand le jour fut venu où la reine , ses enfants et la princesse Adélaïde devaient quitter le château pom- long- (emps et partir pour Londres, tandis (ju'ils étaient Ions chez le piinco royal, Adélaïde alla pai- ha-

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sard dans le salon où Warwick élail soûl, (lolui-ci ne put se rendre assez maître de lui pour s'empêcher de lui parler; il s'avança vers clic et lui dit :

— Permettez à un pauvre diable comme moi de vous entretenir quelques instants.

L'émotion avec laquelle Edouard prononça ces paroles frappa fortement la princesse; son regard s'arrêta sur le prétendu Robert, et elle lui dit avec vivacité :

— Parlez, monsieur, que désirez-vous de moi?

— Mademoiselle, répondii-il, ma mère a été votre nourrice; souvent lorsque, vous étiez encore toute petite, je vous ai portée dans mes bras et vous ai prodigué les plus tendres caresses. Oh! je vous en prie, donnez-moi votre main et permettez que je la baise respectueusement.

Ici Adélaïde se jeta dans les bras d'Edouard, et, fondant en larmes, elle le tenait étroitement embrassé sur son cœur. — Edouard, mon bienaimé, mon véritable, mon seul frère! Je l'avais bien deviné! Oh! mon Dieu, je ne m'étais [)as

);^S LES EM'AiNTS D'ÉDOLAUD.

trompée. Combien je suis hemeuse ! Etellerembrassait de nouveau.

Edouard pleurait de joie.

■ — Comment! ma hideuse transformation ne t'a donc point empêché de me reconnaître! lui disait-il avec attendrissement ; regarde comme la maladie m'a changé.

— La première fois que je t'ai revu, répondit Adélaïde, mon cœur était étrangement agité, mais ta froideur me persuadait malgré moi que^ je me trompais. Fi ! que c'est méchant, vouloir se faire passer pour un frère de lait! Et, sans cette légère cicatrice au-dessus de l'œil gauche que mon petit chien t'a value en te faisant tomber, je serais peut-être encore dans l'ignorance. Pourquoi ce mystère, mon cher Edouard?

— De grâce, au nom du ciel! parle bas, je suis maintenant Robert Buckleig, et rien de plus. La vie du comte Rivers et la mienne tiennent à un mot, comprends-tu ? un mot peut nous perdre! Tu ne sais pas qu'un de nos oncles a mis ma tête à prix, que notre héritage est confisqué

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et (jiie tu es prisonnière. Oli! (ais-toi, clière sœur, de grâce! le silence du tombeau! Adieu, il faut nous séparer.

Dans le moment où Adélaïde embrassait une dernière fois son frère, la porte s'ouvrit tout à coup. Le prince royal s'offrit à leur vue. — \\obert, dit-il vivement, veux-tu avertir les domestiques... Mais qu'ai-je donc vu? la princesse Adélaïde !

Malgré sa colère, il ferma la porte derrière lui, et s'avança vers Robert en le regardant a^ec etlroi. Wai'wick vit bien qu'il était nécessaii'e d'avoir une explication avec son cousin sur ce qui venait de se passer, et il tremblait de manquer aux promesses qu'il avait faites à Rivers; mais sa sœur, qui n'était qu'une jeune fdle, répondit avec la présence d'esprit dont elle a déjà fait preuve :

— Mon cher cousin, j'ai l'honneur de vous présenter, dans la personne de votre ami Robert, mon frère de lait, qui m'a reconnue le premier. Sa mère était ma nourrice, et souvent il m'a portée

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lui-méuie dans ses bras. C'est pourquoi, quand je viens de le reconnaître, je n'ai pu résister au désir de l'embrasser comme je le faisais autrefois. Je pense que ce qui est ordinaire dans la libre Angleterre ne m'est point interdit. Que ne puis-je embrasser de même mon cher, mon véritable frère comme ce bon Robert, que ses marques de petite-vérole m'avaient empêchée de reconnaître!

Le prince royal ne répondit pas; il regarda fixement le frère et la sœur comme pour lire dans leurs pensées; puis il dit à Robert avec bonté :

— Robert, je voulais te prier de prévenir les domestiques de tenir les chevaux prêts dans une heure... mais je vais appeler quelqu'un moimême.

Robeit ne voulut pas le souffrir, et, se hâtant de descendre, il transmit aux domestiques l'oidre du prince.

Bientôt la famille royale partit et s'éloigna, et le cliàtoau rentra dans sa morne tran(|uilli(é.

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