‹ Les enfants d'Édouard, ou, Le cinquième commandement de DieuChapitre 16 sur 31 · CHAPITRE SETTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SETTIEME

Les trois coiisius»

Quelques semaines s'étaient écoulées depuis la visite de la reine Elisabeth à Ludlow. Par une belle matinée du printemps de l'an 1483, Warwick était assis à quelques pas de la porte d'entrée du château. Absorbé par de profondes réflexions , il n'avait pas entendu une voix: amie qui pour la seconde fois lui souhaitait le bonjour. Cependant une petile toux sèche lui lit lever les veux.

U2 LES EAFANTS D'EDOUARD.

— Ah ! c'est toi, Henri, dit-il gaiement, ta viens donc de faire encore une tournée dans le pays ? Henri, je suis jaloux de la liberté dont tu jouis ; j'aimerais mieux être encore dans la cabane du ciiarbonnier que derrière ces murailles si froides. Tout ici glace le cœur et l'attriste; la présence du prince royal ne peut même égayer ce séjour.

Henri mit alors un doigt sur ses lèvres. — Mais ces murailles si froides ont des oreilles, dit-il.

— Tu as raison, reprit Warwick en se relevant, allons dans ma chambre, nous pourrons v causer tranquillement.

Ils se dirigeaient vers l'aile gauche du château en traversant la cour principale, quand ils s'entendirent interpeller brusquement par une voix (pii ne parut pas tout à fait inconnue à Warwick.

— Si dans cette demeure, disait-on, tout est aussi mystérieux que ces jeunes gens qui sont les premières créatures que j'y rencontre, on pourrait ne pas désirer rester longtemps ici. Eh bien ! vous autres, varlels ou boulï'ons, coniinfMit airive-l-on chez le prince du ce clintcau cnclianlé

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Robert se retourna du côté de l'autour de celte étrange apostrophe, et vit avec surprise un adolescent d'environ quatorze ans, couvert d'un riche vêtement qu'il portait avec une plaisante prétention. Sa figure, naturellement pâle, n'était alors animée que par le sourire dédaigneux dont étaient assaisonnées les paroles désobligeantes qui venaient de froisser Warwick.

Ce nouvel arrivant n'était autre que Richaid, fils unique de Glocester. Depuis longtemps déJH, une grande inimitié régnait entre les fils des deux frères, Glarence et Glocester; c'est pourquoi un sentiment de haine se réveilla dans le cœur de AVarwick en reconnaissant son cousin : il regarda d'un air menaçant celui à qui il s'efforçait de répondre par des paroles polies quoique froides et réservées.

— Mon jeune garçon, il me semble que ta figure est si douce, tes traits si beaux et si tendies qu'on ferait un pèlerinage pour te voir, dit ironiquement Richard Glocester ; c'est vraiment dommage que les pèlerins aient eu des épines dans

Ui LES ENFANTS D'ÉDOLAUD.

leurs chaussures, voilà pourquoi, sans doute,

ils n'auront pu venir jusqu'à toi.

Cette moquerie sur les ravages de sa ti-iste maladie affligea Warwick ; mais il n'y répondit que par un regard qui exprimait le plus profond mépris. Alors Richard, se tournant du côté du pauvre Henri, lui donna un petit coup sur sa bosse en lui disant :

— Eh bien, troubadour, par où pénotre-t-on jusqu'au maître de ce castel ?

— Par un escalier qui est dans la bosse de votre père, reprit Henri furieux sans considérer les suites de ces paroles imprudentes.

Cette réponse fit réfléchir un instant le duc Richard, puis tout à coup levant le bras il fit silller sa cravache qui vint frapper la joue de Warwick ; mais ce dernier la lui arracha avec la rapidité de l'éclair, la brisa et la jeta loin de lui. En même temps, il donna à Richard un tel soufflet que celui-ci faillit en tomber à la renverse.

In Ici oulraüo au fils du duc de fdocestor

Warwick arracha de la mam ie Richard la cravache ,1a hrisa et la jeta loin de lui .

ClIAlMTP.r. VIF. iir.

était inouï, mais avant que ce dernier eût pu appeler ses compagnons, les deux amis s'étaient rapidement éloignés. Il ne restait plus d'autre ressource à Richard ([nv de raconter sa mésaventure au prince royal.

Bientôt après Edouard fit appeler Robert.

— Est-ce celui-ci qui vous a offensé? demanda le prince à Richard en lui présentant Robert .

— Oui, répondit Richard, voilà Tinsolenl (jui a osé lever la main sur moi.

— C'est mon ami, cousin, reprit Edouard; Robert, parle, reconnais-tu ce lord ? est-ce bien lui que tu as rencontré dans la cour?

— Oui, mylord, reprit Robert tranquillement, c'est Richard, prince de Glocester.

— Alors pourquoi as-tu osé lever la main sur lui, reprit le prince avec une feinte surprise; quelle hardiesse t'a poussé à agir ainsi ?

— Sir Richard avait outrageusement traité mon sauveur, le pauvre Henri Bloom ; il m'avait aussi frappé au visage, et, ajouta- t-ii fière-

jiG jj:s knfants dedolard.

nienl, je ne soutl'rirai jamais cela de personne.

— Pas même de moi, répondit Edouard avec embarras.

Robert jeta un coup d'œii sur le prince royal et répondit résolument : — Vous l'avez dit, pas même de vous, mylord.

— Tu auras toujours mauvaise tête, dit Edouard avec un calme admirable et presque riant. Cher cousin, vous le voyez, il ne m'épargnerait pas moi-même. Ainsi pardonnez-lui, ne fut-ce que pour l'amour de moi. Venez, faites la paix, pardonnez-vous mutuellement et scellons la réconciliation la coupe à la main.

Richard et Robert n'étaient certainement point satisfaits ; mais Edouard ne cessa de les prier qu'il les eut amenés à se promettre de se réconcilier.

Pendant ce temps le prince avait versa du vin dans trois coupes, une pour lui et deux pour les adversaires.

— Réconciliation! amitié! dit Edouard en portant sa coupe à ses lè\ res.

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Mais Warwick approcliant la coupe de sa bouche, ne fit que le sinuilacre de boire ; une fois encore, la coupe échappa de ses mains.

— C'est encore du malvoisie ! s'écria-t-il avec horreur et dégoût.

Edouard avait tout remarqué :

— Cousin, soyez assez bon, je vous prie, dit-il à Richard, pour me permettre d'entretenir un moment cette mauvaise tète. Sur cette invitation, Richard sortit aussitôt.

Warwick était confus devant le prince royal, mais la fierté brillait dans ses yeux. Que lui voulait le prince? le punir ou l'accuser devant son oncle. Il ne le savait pas. Bientôt il fut tiré de sa perplexité, car Edouard, profondément ému, lui tendit la main en disant :

— J'ai observé votre conduite à l'égard d'Adélaïde de Clarence, j'ai remarqué votre dégoût pour le malvoisie ; ces indices m'ont dévoilé votre véritable nom. Cousin Edouard de Warwick, pourquoi vous caqher si longtemps à votre parent le plus proche et votre meilleur ami ? Si

U8 LES ENFANTS D'ÉnOUAHI»

VOUS aviez été pins franc avec moi, vous m'auriez épargné bien des nuits sans sommeil que j'ai passées à pleurer sur votre disparition. Parlez, mon cher oncle Rivers connaît-il votre désfuisement?

Il Y avait dans ces paroles d'Edouard un accent si profond de sincérité qu'il fut impossible à Warwick de feindre plus longtemps.

— Oui, il le connaît, dit-il avec embarras; mais il sait aussi que sa tête serait en danger si l'on venait à me découvrir.

— Eh bien ! je veux que votre rang continue à être un mystère pour tout le monde, jusqu'à ce que le danger soit éloigné; je me tairai donc devant mon oncle : nous n'en serons que plus liés dans l'intimité. Bien souvent, Edouard, quelquefois Robert, nous ne serons point seulement amis et camarades, mais je veux t'aimer comme un frère. Nous nous tutoierons, n'est-ce pas? et il l'embrassait tendrement.

— Puissent les enfants remplir les devoirs que les parents ont néi2;ligés ! ajoula-t-il avec émotion.

CIIAIMTKL VII. MO

Une telle géuérosilé iigil rorlement sur l'iMiio iiolile de Warwick , et y eflaça toute tiace de ressentiment contre le lils du nieurtiier de son [)ère. Plus tard, il eut occasion de connaître mieux encore le cœur d'Edouard, et il dut \ raiment convenir que son cousin était tro[) hou pour ce monde pervers.

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