‹ Les enfants d'Édouard, ou, Le cinquième commandement de DieuChapitre 21 sur 31 · CHAPITRE IX. JWl · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. JWl

rage, et médita une nouvelle trahison. Il écrivil à la reine pour lui donner de fausses nouvelles par lesquelles il l'assurait qu'elle avait été mal informée, et que s'il avait retenu prisonniers Rivers et Richard Gray, c'était pour leur sûreté personnelle, attendu, disait-il, que la noblesse, furieuse de ce que Rivers eut de sa propre autorité changé l'itinéraire du roi, avait menacé les jours de ce cher comte. Il protestait qu'il n'avait jamais donné Tordre de faire mourir aucun de ces deux seigneurs, et il se plaignait qu'on eût eu si mauvaise opinion de lui, et qu'on cheichât ainsi à le perdre dans l'esprit du peuple. A ces assurances, il ajoutait la menace de faire arracher le jeune prince Richard de l'asile qu'on lui avait choisi s'il n'en sortait pas de bonne volonté. Il finissait en engageant la reine à cesser de crier vengeance au nom de son frère et de son fils. Mais tous ces moyens, dignes de la perfidie de Glocester, échouèrent devant la fermeté et l'amour de la mère du roi, qui devinait ses cruels desseins et croyait les déjouer en no livrant point son second

fils, car elle savait bien que Glocester, tant que Richard ne serait pas entre ses mains, ne pourrait arriver au trône, sacrifiàt-il même le roi à son ambition. La vie de Richard était encore pour elle un gage de celle du pauvre Edouard. Triste, mais résignée, elle attendit dans l'abbaye de Westminster, espérant lasser par sa patience l'oppresseur de sa famille ; mais, lorsque les pwtres de cette abbaye , séduits par les paroles trompeuses de Glocester, s'efforcèrent de la persuader d'obéir à son beau-frérc , traitant son amour maternel de caprice, et lui laissant entrevoir qu'on ne pourrait plus longtemps lui donner asile, elle vit bien qu'aucune ressource ne lui restait, et il lui fallut consentir à se séparer de son deinier fils.

Ce fut un triste spectacle que celui de cette pauvre mère amenant à la Tour son Richard bienaimé. A voir tous les yeux humides de larmes, l'air morne et abattu des hommes de son escorte, on eût pu croire que c'était un convoi funèbre.

Cependant on arriva dcNant la sombre de-

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meure où languissait le fils d'un roi. A cette triste vue, la mère étreignit plus fort son jeune enfant dont elle pressentait le funeste sort. Toute en larmes et frissonnante , elle suivit l'impassible Glocester à travers les sombres corridors de la Tour. Le soin qu'on prenait de fermer toutes les portes derrière elle redoubla ses alarmes. — Pauvres enfants, se disait-elle, que de précautions pour vous séparer du monde !

Comme le serpent s'agite et silïle de joie lorsque le faible oiseau fasciné tombe en sa puissance , tel était Glocester en voyant l'heureux résultat de ses perfides ruses. — Nous voici à la demeure de sa majesté, dit-il ; et en même temj)s il ouvrait la dernière porte.

Elisabeth, tenant à la main le petit Richard, se précipita vers son fils aîné; un cri de joie s'échappa de son âme; elle le tint longtemps étroitement embrassé. Des sanglots brisaient sa poitrine et l'empêchaient de parler; mais ses larmes coulaient abondamment sur ses deux enfants qu'elle serrait dans ses bras, lorsque tout à

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COU]) , jetant un regard sur la sombre demeure d'Edouard, elle cacha sa tète dans le sein de ses enfants; elle venait d'apercevoir les petites fenêtres garnies de forts barreaux de fer, et son cœur de mère avait pressenti que ce lieu redoutable serait bien certainement une prison pour ses fds bien-aimés ; elle voulait exprimer sa douleur, mais la présence de Glocester retenait sur ses lèvres des mots toujours prêts à s'échapper. — Mon cher Edouard , dit-elle d'une voix entrecoupée par son émotion , tu étais si frais et si rose à Ludiow : regarde Richard, tu ne lui ressembles plus, tu es pale et amaigri, Edouard, mon tils!

Le jeune prince sourit tristement et dit : — Oui, mère, c'est bien vrai ; mais ne pleure pas... Quand je serai libre, je reprendrai mes couleurs avec la joie de vivre près de toi.

Le petit Richard, (pii n'avait encore (]ue sept ans, reprit avec vivacité :

— Edouard, je te donnerai de mes joues ronces.

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— Olli, reprit tristement la reine, si tu ne les peids pas ici, pauvre petit !

— Ici, reprit Richard, je vais donc demeurer ici avec Edouard. On croirait plutôt que c'est le cachot d'un criminel qu'une chambre royale. Où sont mes joujoux, mon fouet, mes chevaux, mes chiens, mon daaiier et tous mes jeux? Où sont mon vaisseau , ma petite barque que je faisais naviguer dans l'étang, et mes cygnes de fer blanc qui suivaient ma baguette aimantée? 0 chère mère! si toi et mes sœurs ne demeurez pas ici, j'aurai trop peur! Frère Edouard, comment peuxtu rester seul ici? tu dois t'ennuyer?

— Je ne suis pas tout à fait seul, j'ai un bon ami en Robert Buckleig et un protecteur dans le bon Dieu .

Richard reprit : — Ah! le bon Dieu est aussi dans cette vilaine Tour, et pourtant je ne vois pas de ciel ici !

La reine, l'attirant doucement, l'embrassa avec tendresse.

— iS'esl-ce pas, cher beau-frère, dil-el!c à

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Glücesler comme si elle l'implorait; n'est-ce pas, on ne pourrait vouloir de mal à un enfant si gentil, si innocent? Ses yeux bleus ne reflètentils pas son âme si pure? Qui serait assez barbare pour ternir celte fraîcheur, pour clore cette petite bouche si vermeille et glacer du froid de la mort ces petites mains si mignonnes? 0 cher frère ! je puis vivre sans inquiétude, n'est-ce pas? Je remets avec confiance mes fils entre vos mains ! N'êtes- vous pas le frère de leur père? 0 parlez! puis-je les laisser ici sans crainte?

— Vous m'offensez, madame, par une telle demande, reprit Glocester avec humeur. Qui oserait porter la main sur ces enfants, on même faire tomber un seul cheveu de leur tête ?

— Pardonnez, reprit la reine avec crainte, une mère est souvent trop faible, et il lui est permis de trembler; mais je n'ai pas eu l'intention de vous offenser; non, jamais.

— Edouard, mon fils et mon roi, quoicfue tu ne sois pas encore couronné, tu es cependant élu de Dieu et personne n'oserait toucher à ta

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tète sacrée. Dieu el Ion oncle Glocester te protégeront. Ton oncle a aussi un fils qu'il aime, et il connaît toutes les sollicitudes de la paternité. Demain , cher Richard , je viendrai te voir de bonne heure : je le puis, n'est-il pas vrai, Glocester ?

— Madame, vous tenez un langage étrange, reprit le régent avec un sourire forcé; qui peut vous défendre de voir vos enfants ! vous viendrez tant que vous voudrez; je ne suis ni votre seigneur, ni un tyran.

T- Pardon, m\ lord, je ne sais ce que je dis : la vue de cette chamlîre qui ressemble troj) à une prison jette le trouble et l'épouvante dans mes idées.

La reine s'aperçut alors que cette scène fatiguait son beau-frère, et qu'il était impatient de la voir finir, quoiqu'il ne voulût pas la laisser seule avec ses cliers enfants. Elle se fit violence • pour ne pas exciter son irritation, et se prépara à partir. L'adieu commença de part et d'autre par des soupirs et des pleurs; toujours sur le

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point de sortir, le pied déjà en dehors de la porte, la pauvre mère revenait encore pour embrasser ses fils.

— N'aie pas peur, Richard, dit-elle, et elle tremblait pour lui; tu as ton frère pour compagnon de tes nuits. Mon Edouard, aie bien soin de ton petit frère , veille sur lui comme une mère; tous les soirs, avant qu'il s'endorme, je passe mon bras droit sous sa tête et il me tient avec le bras gauche : c'est ainsi que je lui dis la prière du soir; il la répète, m'embrasse et s'endort. Adieu , mon petit Richard ; regarde-moi encore une fois, cher ange; que tes traits chéris me restent gravés dans la mémoire; viens et embrasse-moi encore do tout ton cœur; et toi, mon Edouard, mettez-vous à genoux tous les deux,

que je vous bénisse!

Elisabeth posa ses deux mains sur les tètes de

ses enfants, et d'une voix pleine d'onction : — Que la bénédiction de Dieu plane sur vous,

mes chers enfants! (pril vous j>rotége toujours

et (|iril NOUS donne sa paix!

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Alors, fondant vn lainies et soutenue par ses

femmes, elle sortit en chancelant de la chambi o

royale.

A (luelqucs pas de là , Gloccsler, impassible et silencieux , la reconduisit aux portes de la Tour, s'applaudissant intérieurement du succès de sa ruse

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