CHAPITRE TREIZIÈME
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Une année s'était écoulée depuis la mort dj.. enfants d'Edouard; le jeune comte de Warwick était rentré en possession de ses biens et il vivait paisiblement avec sa sœur chérie dans son château du comté de Wanvick.
Mais, menacé de nouveau par l'armée de Richaid III, ^Var^vick avait tout à craindre s'il n'eut eu lieu de compter autant sur l'attachement et la fidélité de ses vassaux. Il est vrai aussi qu'il avait
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la ressource de fuir; nitiis il ne fut pas contraint à cette extrémité, car de nouveaux embanas assaillirent Glocester, qui avait alors à tenir tête à de nombreux et plus redoutables ennemis.
La prophétie de madame Bloom s'accomplissait enfin, le feu commençait à sortir de Glocester. Ainsi, la fourberie et la perversité allaient recevoir leur juste punition. Beaucoup de nobles avaient payé leur félonie de leur tôle. Buckingliam, son plus chaud partisan, commençait à craindre pour lui-même; d'abord, sa trahison récompensée par des terres et des dignités n'était point satisfaite et, mécontent, il demandait toujours avec une avidité c[ui n'était jamais assouvie. Richard n'était pas homme à supporter les reproches, quelque adoucis qu'ils fussent. Buckingham s'aperçut de sa disgrâce, et pour prévenir le coup qui le menaçait, et tirer vengeance de Richard , il se ligua secrètement avec Henri, comte de Richmond , dont les légitimes prétentions an trône étaient appuyées jtar le duc de Bretagne.
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un jour (lu iiKjis de juillet. Waiwick et sa sœur se promenaient tranquillement dans les jardins du chàleau. Adélaïde tenait à la main une lotlre entourée d'un petit ruban de soie noire. La jeune comtesse dénoua le ruban et ouvrit la lettre pour en donner lecture à son frère. Cette missive était de la veuve d'Edouard.
« Quand j'aurai accompli , écrivait-elle, mes devoirs envers les enfants qui me restent, je passerai la fin de ma vie à prier, et à pleurer ceux qui sont morts. Je veux embellir et orner leur tombeau, me rappeler leurs traits, et passer auprès d'eux tous les instants qui me séparent encore de tous les êtres que j'ai aimés. »
Tout à coup Warwick interrompit sa sœur.
— Que me veux-tu, mon Henri? dit-il vivement au fils de la mère Bloom qui s'approchait.
— Votre seigneurie est-elle disposée à s'entretenir avec le duc de Buckingham qui vient ici accompagné de deux de ses gens ?
— Buckingham! dit Warwick étonné, le fier et puissant Buckingham ! Que peut-il vouloir demoi?
ils LES ENFANTS D'ÉnOUARD.
— Assurément rien de bon, répondit Henri.
— Il vient seulement avec deux de ses gens? reprit Edouard.
— Oh ! non ; une troupe nombreuse d'hommes armés marche derrière lui; mais il demande à entrer seulement avec ses deux compagnons.
— Demande-lui donc ce qu'il me veut, dit Edouard; mais après un instant de réflexion, il ajouta : Non, laisse-le entrer.
Henri s'éloigna dès qu'il eut exécuté cet ordre.
— Mylord cousin, dit Buckingham, après une première salutation , je voudrais vous parler en particulier. La confiance que je vous témoigne en venant ici presque seul, doit vous prouver que je ne viens point à vous avec des intentions hostiles, mais si vous en doutiez encore, je vais vous en donner une autre preuve, et le comte détachant son épée et son poignard, les déposa à quelques pas de lui.
— ]Manqué-je de confiance , Buckingham ? reprit Edouard avec surprise ; devez-vous craindre cela do moi?
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— Ne perdons pas en paroles un teni|)s |)ivcieux, reprit Buckingliani vivement en saisissant le bras de Wary^ick qu'il entraîna à quelque distance.
— Je viens vous offrir la couronne d'Angleterre à laquelle seul vous avez des droits, dit Buckingham.
— Faites-vous donc des rois avec tant de facilité? dit Edouard d'un ton railleur; déjà vous en avez fait un; mais votre choix n'aurait-il donc pas été heureux, puisque vous paraissez si disposé à en faire un autre ?
— levons pardonne ce sarcasme, cousin, dit Buckingham en s'efforçant de contenir sa colère.
Dans ce moment, la mère Bloom, qui des combles du château pouvait voir ce qui se passait dans le jardin, lança dans les airs ces mots foudroyants :
— Judas Iscariote avait une barbe rousse,
c'était l'emblème de sa perfidie, et Buckingham en a une pareille.
T.e duc feignit de n'avoir pas entendu ces pa-
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rôles : — levons prie cher cousin, coiitinua-t-il, d'écouter ma demande. La dernière volonté d'Edouard IV a fait Glocester roi d'Angleterre , en le nommant régent; je vous proteste que je n'y suis pour rien, ou seulement peut être ai-je contribué à lui faire donner un titre qui me paraissait devoir le satisfaire assez pour qu'il se montrât généreux et bon envers les enfants d'Edouard ; je me suis trompé, je l'avoue, mais mon but unique était d'empêcher la mort de ces enfants en mettant la couronne d'Angleterre sur la tête de Glocester. Je vous le jure.
La mère de Henri cria alors d'une voix stridente :
— Le loup est caché maintenant sous la peau d'un agneau, mais c'est toujours un loup.
— La mort des princes, poursuivit Buckinghara, celle d'Hastings et d'autre nobles, et la position que le roi m'a faite, m'ont ouvert les yeux, et l'Angleterre aujourd'hui ne forme qu'un seul souhait, c'est de se voir délivrée de cet horrible Glocester ipii no respire (pie le sang. Mille braves
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Anglais se sont donc soulevés et marchent sous mon commandement. — Voulez -vous être le seul qui refusiez de reconquérir la liberté? Non, hâtez -vous, rassemblez vos vassaux et nous joindrons nos efforts pour reprendre à l'usurpateur une couronne à laquelle votre naissance et vos services vous donnent des droits sacrés. En ce moment la mère Bloom cria :
— Quand le renard prêche, prends garde aux oies, si tu ne veux pas qu'on rie trop fort à tes dépens.
— Buckingham, reprit Warwick, on dit (pie vous avez fait alliance avec le comte de Richmond, en lui promettant la couronne. Voulezvous donc me faire jouer le rôle du chat qui tire les marrons du feu?
— Il est vrai, reprit Buckingham, qu'une union entre nous a été conclue , mais Richmond vaincra facilement Richard , puisque son armée est plus forte que celle de ce dernier, et quand le tione sera libre, vous pourrez facilement y monter puisque nul autre mieux (pie vous ne peut y pr(^-
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tendre; n'êtes -vous pas le seul héritier légitime?
— Alors, je dois vous dire, mylord, reprit Warwick, que je n'ai point la moindre envie de régner; tout ce que j'ai vu jusqu'à présent n'est pas fait pour me le faire ambitionner, je veux seulement rendre mes Vassaux heureux et faire prospérer mon pays.
— Comme vous voudrez, cousin; vous pouvez laisser le trône à Richmond, mais pour que vos vassaux aient la paix, il faut faire tomber Richard du trône. Avez-vous oublié qu'il vous a enlevé vos biens, qu'il a mis votre tête à prix, qu'il a contesté la légitimité de votre naissance et qu'il est toujours votre ennemi; vous perdez de vue dans ce moment l'avenir de votre patrie.
La voix de la mère Bloom fit retentir encore ces paroles :
— Buckingliam! Buckingham! tu as peur? tu as peur? La marque du sang se voit ici sur ton cou.
— Il me semble que vous avez un bizarre bout-
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fon, dit Buckingham avec humeur, ou est-ce un hibou qui chante? Quoi qu'il en-soit, je voudrais connaître votre résolution. Avez-vous réfléchi aux moyens de vous procurer la paix? Puis-je vous saluer comme notre allié?
Edouard chercha à éluder la réponse.
— La chose est trop importante, dit-il, et demande de mûres réflexions ; je veux d'abord consulter des personnes expérimentées.
— Adieu, dit Buckingham, en prenant ses armes des mains de Henri, qui les avait relevées.
— Et vous, mademoiselle, ajouta-t-il, faites toujours renouer le fil de votre quenouille par monsieur votre frère.
— Il est heureux pour vous, mylord, que vous soyez dans ma demeure, car je vous répondrais d'une autre manière, dit Warwick avec dignité.
Buckingham, furieux de son insuccès, s'éloigna, et madame Bloom chantait encore :
— Méchant traître, le corbeau ne veut pas do ton alliance, dùt-il perdre tout en la refusant.