CHAPITRE QUINZIÈME
I^a récompense.
Une année s'était éconlée, c'était la deuxième du règne de l'usurpateur et sanguinaire Richard III. Mais Dieu ne lui permettait point de jouir en paix du fruit de ses crimes, car il était toujours inquiet, sans croyance, et sans espoir.
Henri, comte de Richmond , vaincu l'année précédente, avait obtenu du secours en France, et il revenait de nouveau dans le pays de Galles, à la tète d'une armée peu nombreuse. Mais de
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tous côtés il lui venait des renforts, car on était généralement fatigué du sceptre tyrannique de Richard, qui fustigeait, disait-on, le peuple avec •des scorpions, aussi le comte de Warwick, notre infortuné Edouard, toujours persécuté pai' Glocester, s'était-il vu forcé de se joindre au comte de Richmond.
Un soir du mois d'août 1485, Edouard et son fidèle compagnon Henri Bloom se trouvaient dans l'armée de Richmond, campée près de Bosworth*; six mille hommes environ composaient cette armée qui devait combattre celle de Glocester une fois plus nombreuse. La bataille était fixée pour le lendemain. La veille d'une journée si décisive était bien capable d'inspirer de sérieuses réflexions, Edouard s'y livra toute la soirée. Le sort de sa chère sœur, qu'il n'avait pas vue depuis plus d'une année, l'inquiétait plus que le sien propre, et il avait horreur d'être forcé de verser le sang.
' Bosworlli est une petite ville située à quatre lieues de Leicoslor, et faisant partie du mnité de ce nom.
2i() LES ENFANTS D'ÉDOUAHU.
'- — Moi aussi, (Jisait-il, il faut donc que je donne la mort ! mais tuer l'ennemi dans un cas de légitime défense n'a jamais été regardé comme un meurtre. Henri, qui sait si demain, à celte heure.,, qui sera vainqueur, mon bon Henri, Richmond ou Richard? L'armée de notre ennemi est une fois plus nombreuse que la nôtre, mais, qu'importe, il y aura pins de gloire à combattre... As -tu confiance en toi? peux- tn tuer deux ennemis, ou veux -ta que je m'en charge?
— Si nous avons la victoire, répondit Henri, ce seia i)ar la grâce du Seigneur et non par nos propres forces.
— Cependant, reprit Edouard en souriant, je sais quelqu'un qui pourrait nous prédire le résultat de la bataille.
En ce moment, on entendit une voix qui criait :
— Par ici 1 mes fidèles, voici Warwick, notie jeune seigneur.
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nombre de vieux soldais de son père qui venaient se rallier à lui.
— C'est moi qui lésai réunis, dit la mère Bloom avec fierté, mais je dois dire, à leur lonange, qu'ils se sont montrés pleins de zèle pour la cause du fils de leur ancien seigneur.
— Nous sommes venus ici par petits détachements, dit un des plus âgés, et maintenant nous formons une armée qui vient se ranger sous votre bannière.
— Écoutez, sujets de Warwick, reprit la mère Bloom, retenez bien le mot de lalliement, Edouard et Adélaïde, nos maîlres et seigneurs 1 Oh ! si je pouvais combattre avec vous ; mais Dieu permettra que, sans moi, vous soyez vainqueurs. Oui, oui, vous serez vainqueurs; et elle ajouta, en baissant la voix , plusieurs d'entre vous ne verront pas demain le coucher du soleil, mais ils contempleront dans le ciel le soleil de justice et jouiront de la gloire des bienheureux ! Comme Moïse gravit autrefois la montagne et y pria pour que son peuple remportât la victoire sur ses