I.ES ENFANTS D'EDOUARD
ennemis, ainsi je veux sur les ruines de cette vieille tour prier le Seigneur qu'il seconde vos efforts.
- — Oh ! votre majesté, dit-elle en s'adressant à Warwick, gagnera la bataille, et cela est aussi certain qu'il est vrai que je suis la vieille mère Bloom ! je vous apporte un talisman qui vous protégera et vous assurera la victoire. En disant ces mots, elle tira de sa robe une écharpe verte et blanche, admirablement brodée et la ceignit au comte.
— L'argent qui brille sur cette écharpe, ditelle, est le symbole du désir, de l'amour, des bénédictions de votre sœur qui l'a brodée pour vous. Les larmes qui l'ont arrosée vous promettent les plus doux fruits.
Mais toi, mon bon fils, que dois-je te donner pour te protéger et te défendre contre les coups <les ennemis? Quelle écharpe pourrait te pré-' server? Tiens, le don que je t'offre, c'est l'ajnour de ta more ; je t'accompagnerai, je te suivrai partout.
Beim tePraur et Mon
Voici im talisman qui vous protégera et vous douTiera la victoire , dit! a vieille, Bloom
CIIAPITKI': XV. -2i3
Et vous, mes frères, prenez courage; de ce côté est lord Stanley avec ses mille hommes; il attend l'aube de la journée de demain pour leconnaître de quel côté soufflera le vent de la victoire, et se décider enfin à combattre contre Richmond ou contre le roi.
Battez-vous en hommes vaillants et couiageux, afin que le vent de la victoire soit de votre côté.
CIIAPITIIE SEIZIÈME.
Coiiclu»iiou.
Le jour de la bataille était venu. Un jour de bataille est souvent le résultat du caprice ou des ambitieux desseins d'un homme qui sacrifie à ses passions des centaines et quelquefois des milliers de victimes. C'est vraiment un effroyable événement que celui qui, armant une multitude d'hommes, les pousse sur le champ de carnage des guerres civiles, où ils s'entretuent dans Tinl(''rèt <run seid homme, le frèi*^ conlre le frère,
COiNCLLSK»'. 2;o
le père conire le fils, le iils contre le père !... c'est presque incroyable, et pourtant, c'est vrai.
La bataille de Bosworth avait commencé de toutes parts; on entendait des cris furieux, le cliquetis des armes, et l'œil ne pouvait voir dans la plaine que des blessés , du sang ou des cadavres.
Le roi Richard combattait avec vaillance pour conserver le royaume de la terre, car il n'avait rien à espérer du côté de celui du ciel. Il combattait son plus dangereux ennemi, et malgré sa difforme stature, il montrait une vigueur et une adresse qu'on ne pouvait s'empêcher d'admirer. William Brandon et le maréchal de Richmond tombèrent sous ses coups.
Le vaillant John Ghoyneau est désarçonné pai- lui : encore quelques pas, et Richmond est perdu; mais une nouvelle armée s'approche aux cris d'Edouard el Adelaide! et Glocester est vaillamment repoussé par ceux à la tête desquels il aperçoit le fds de son frère.
Sa haine se réveille à la \uo d'Edouard, qui a
246 LES ENFAMS D'ÉDOUAUD.
été la cause de la tin terrible de son tils : il oublie Richmond et les intérêts de sa couronne; son seul but est de tuçr Warw^ick. Edouard, âgé seulement de seize ans, se défend avec intrépidité; mais que pouvait-il contre celui à qui la soif de la vengeance donnait à chaque instant une nouvelle vigueur !
Le casque d'Edouard vole en éclats, et le jeune combattant reste exposé sans défense aux coups de son ennemi ; mais au moment où Richard lève le 1 ras, Henri accourt et lui plonge dans la poitrine une épée qu'il retourne dans la plaie avec fureur.
Richard rugit et se penche en arrière, tombe, se relève, et regarde encore avec rage son nouvel adversaire. Mais, à fatal aspect! il aperçoit la pâle figure de celui qui avait avec lui une si grande ressemblance, et sa mémoire lui rappelle que c'est pour la troisième fois.
Cependant, il ne se laisse point abattre; la haine le ranime. Henri s'en aperçoit, redouble d'edbrts pour éloigner de son jeune maître le
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péril qui le menace de nouveau. 11 luit à dessein ; le roi le poursuit, et oublie un moment Warvvick. Henri, toujours vaillant, combat sans relâche, et l'attire près des ruines de la vieille tour; mais son cheval tombe sous lui, et l'entraîne dans sa chute. Alors Richard s'avance pour lui donner le coup de la mort; mais un objet se détache avec bruit, et tombe pendant qu'une voix s'écrie :
— Reçois, meurtrier de ton frère, la cravate de pierre d'Abimélech ton prédécesseur ' !
Un morceau de meule de moulin venait d'être lancé par la mère Bloom sur le roi. Comme elle l'avait dit, la pierre atteignit Richard à la gorge, et termina sa vie.
Quand la mère Bloom fut bien convaincue
qu'elle avait tué le roi, elle s'écria d'une voix
^ Abiméiech , meurtrier de soixante-dix de ses frèrfs, avait usurpé la domination sur les habitants de Sichern. Il fut blessé ä mort, au siège de Thèbes, par un éclat de meule de moulin qu'une femme lui lanra du haut d'une tour, ainsi que le fait est raconté dans l'Ancien Testament.
'2iH LES LMANTS I) ÉDOL AllD.
tiionipliante : — Une femme a tué le tyran, cessez le combat ; que la trompette résonne ; viens, Stanley, avec ton armée, le vent de la victoire est pour nous !
Stanley savait déjà à quoi s'en tenir, et il poursuivait les soldats de Richard. Peu de temps après, on se prépara à faire choix d'un nouveau roi.
Richmond dit en souriant à Warwick : — Voici donc encore deux prétendants au trône, et l'épée va-t-elle décider à qui de nous deux il appartiendra?
— Non, il n'en sera point ainsi, dit Warwick avec dignité; permettez-moi, au contraire, de vous saluer, le premier, roi d'Angleterre. Vous avez mission de guérir les plaies, de réparer les maux de notre malheureuse patrie; promettezmoi seulement de me remettre, ainsi que, ma sœur, en possession des terres de mon giandpère, où nous voulons vivre tranquillement en bons et loyaux sujets. Venez, soldats, camarades et amis, reconnaissez le roi Henri, et souhaitezlui avec moi un bon cl joyeux règne!
(:(»N(:llsion. 2i9
Sur le champ de bataille où, peu d'heuies auparavant, s'élevaient des cris de douleur ou de mort, on entendit alors des cris d'allégresse : Vive le roi Henri !
Plein de reconnaissance, le nouveau roi pressa sur son cœur son généreux concurrent.
— Pardon, Henri, s'écria tout à coup Edouard, permettez-moi d'aller accomplir un devoir sacré.
Et il courut alors vers les ruines de la tour, près desquelles il aperçut son fidèle ami Henri Bloom, qui s'était appuyé contre le mur.
— Le voilà! dit la mère Bloom à son fds qu'elle tenait serré dans ses bras.
Alors Henri releva sur Waiwick des yeux pleins d'une ravissante douceur, d'un suave sentiment de joie : un faible sourire errait sur ses lèvres, et sa main droite s'étendit vers Warwick qui la saisit avec un affectueux empressement et la serra sur son cœur.
Avant que Warsvick eut pu adresser une seule question à Henri, la mère Bloom reprit la ptirolc :
250 LES EINFANTS D'ÉUOUAKD.
— Ne croyez pas, mylord, que c'est cette pierre que vous voyez aux pieds de mon Henri qui l'a mis dans cette triste position; non, ce sont ses blessures qu'il nous faut à l'instant visiter.
Mais lui et moi nous avons délivré l'Angleterre!
— Oh ! pardon , ma mère, dit Henri avec un ton de reproche, non ce n'est pas nous; mais celui qui est dans le ciel.
— Tu as raison , mon fils , reprit la mère Bloom, cependant il faut toujours quelqu'un sur la terre pour être l'exécuteur des volontés de celui qui règne dans le ciel. Mais, mylord, je suis fière d'être la mère d'un tel fils ! Malgré sa ditformité, il a plus fait pour la patrie que beaucoup de jeunes et beaux hommes ; puis, se retournant vers Henri, elle ajouta : — Verras-tu encore le coucher du soleil , mon enfant ?
Henri secoua la tête, et dit doucement, en .cherchant à recueillir quelque force : — Mère, je survivrai peu de temps à celui avec lequel j'avais
elin Lf^fiflur elWonzût
K Godnrd .
Votre main mylord^et celle de ma mère, diL Henn
CONCLUSION. 2rJl
une si grande ressemblance. Oh! il nio serait impossible d'avoir une plus belle mort.
— Tu parles sensément, dit la mère Bloom, en essuyant ses larmes, le souvenir de ta victoire, de ta vie si pure, de ton dévouement pour ton maître, tout doit embellir ton dernier instant.
— J'espère que vous n'oublierez pas ma mère, dit Henri à Edouard.
^-Jamais, jamais, reprit Edouard, je la regarderai comme la mienne ; tu resteras aussi avec moi, mon Henri, je ne veux point t'abandonner ni vivant ni mort, et dussé-je mourir à tes côtés, je ne te quitterai pas, on m'ensevelira plutôt près de toi, de toi, mon sauveur, mon meilleur ami, mon frère!
Cependant le regard du mourant s'affaiblissait de plus en plus.
— Votre main, mylord, et celle de ma mère, dit-il.
Il les saisit et leva les yeux sur ces deux créatures, les premières dans son affection.
— L'enveloppe se brise, dit-il^ et l'esprit »'en-
2r)2 LKS EM'ANTS D'ÉDOUAIll).
vole à Dieu. Henri avait rendu son dernier soupir en souriant.
Pendant que l'on jetait le cadavre du roi sur un cheval, et qu'au milieu des cris de fureur et des huées de mépris on le conduisait à Leicester, rame belle et pure de Henri montait vers les cieux.
— Tu as été un bon et fidèle serviteur dans les petites et les grandes choses, tu vas entrer dans la demeure du Seigneur, généreux ami, disait Edouard de Warwick.
Étant revenu peu après, avec la mère Bloom et la dépouille mortelle de son ami, dans le comté de Warwick, il fit élever à Henri un splendide monument.
La mère du fidèle ami du comte, ne cessa de veiller sur lui et sur Adélaïde. Tous deux s'occupant sans cesse du bonheur de leurs vassaux, en un mot, de leurs devoirs envers les hommes et envers Dieu.