‹ Les enfants d'Édouard, ou, Le cinquième commandement de DieuChapitre 29 sur 31 · G2 LES ENFANTS D EDOUARD · texte numérisé non relu

G2 LES ENFANTS D EDOUARD

ghain; eb bien ! il éprouve un retour de sensibilité au moment de frapper deux enfants dont l'âge et les grâces lui rappellent le souvenir de son Tomy, d'un fils unique enlevé à toute sa tendresse. C'est là un trait du premier ordre, un trait qui mérite d'être toujours applaudi , parce qu'il est dans la nature. Dans le cœur de Tyrrell, que la conduite la plus immorale a porté à désespérer de lui-même, l'amour paternel a pu survivre, il a survécu à toutes les autres vertus ; et cet amour s'est réfléchi, en quelque sorte, sur ces malheureux enfants dont il voudrait être le père, dont il est condamné à être l'assassin. C'est un de ces traits qui décèlent les grands maîtres de l'art.

Malheureusement, Casimir Delavigne, malgré son immense talent, malgré les belles conceptions dramatiques que lui doit le théâtre, suit trop facilement sa pente naturelle qui l'entraînait plus volontiers vers le genre de Regnard que vers celui de Corneille et de Racine. Ceci semblera peut-être un paradoxe ou une sottise; mais, avani dci nous jni^or, nous demandons qu'on

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examine tonlos les pièces de Casimir l)ela\ i.i;ii(i avec conscience : assurément son vers, le plus souvent, en dépit des situations, se montre saturé de l'élément comique; il a ce trait, cette vivacité, cette élégance qui font le charme et le prix des meilleurs ouvrages adoptés par la sémillante Thalie. A tout prendre , le Tyrrell des Enfants d'Edouard, dans plusieurs des scènes où il parait, surtout dans celles avec Glocester, a trop exactement le ton et l'impertinence des valets de l'ancienne comédie à l'égard de leurs maîtres.

Si Casimir Delavigne a cru devoir creuser profondément ce caractère de Tyrrell, dont il a fait un de ses principaux personnages ; s'il a cet avantage sur Shakspeare, qui n'a fait qu'effleurer comme en passant cette figure accessoire, il faut reconnaître aussi que ce dernier v a mis l'empreinte de son génie. Quelques mots lui ont suffi. Quoi de plus touchant que le récit de la mort des deux jeunes princes qu'il place dans la bouche du scélérat charcé de l'exécution de ce

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crime! Nous avons rappelé ce récit au commencement de cet appendice. L'homme qui, parlant de Forrest, s'écrie : « Le scélérat! » n'était pas népour devenir lui-même un modèle de scélératesse.

Toutefois l'œuvre de Casimir Delavigne, qui est un brillant reflet du beau tableau de M. Paul Delaroche, contient des scènes, des situations, un grand nombre de vers qui, accueillis avec l'enthousiasme qu'excite toujours le beau , sont demeurés dans la mémoire des amateurs de la poésie dramatique. Nous en détacherons les scènes suivantes qui ne sont pourtant pas exclusivement les plus belles, mais qui se rapportent plus directement à la catastrophe des jeunes princes. Edouard et Richard sont tous les deux dans la Tour, n'aspirant qu'au moment de leur liberté, et ne se doutant pas que le fer des assassins s'apprête à les frapper. Richard, duc d'York, avec toute l'aimable vivacité de son caractère, annonce à son frère mic lettre.

Ali^EiNDlCt. 'Hi'o

SCÈNK XII.

LE du; D'YOIIK, KDOt Mil).

LE DUC DVOlUv.

Une lettre ! une lettre !

EDOUARD

O bonheur!

LE DUC D'VORK.

Viens l'entendre.

EDOUARD

De qui?

LE DUC D'YORK regardaiil la sigiiulurc.

De Buekingham.

EDOUARD

Que peut-il nous îipprendre?

LE DUC D'YORK

Tu vas le savoir.

EDOUARD

Lis.

LE DUC D'YORK

" Ciiers princes,

<< Vous avez encore dans votre ville de Londres des cœurs dcNoués à votre cause; rarehcvêque d'York, qui doit vous l'aire p;isser ce billet, quelques anciens seiviteurs de \otrc père, et moi, le plus zélé de tous. Le peuple est poiu' vous; J'ai des inlelliyences a la Tour, < l

j'espère vous délivrer à force ouverte. Ne quitloz point vos vêtements pour être toujours prêts au premier signal. Profitez de l'avis que je vais vous donner, car de votre fidélité, à le suivre dépendent peut-être votre vie et le succès de l'entreprise : au moment.... »

EDOUARD

On vient.

(Rifliai'il caclic la lelire daiu'^ sou bciii.)

scèiM: XIII.

fi: DlC DVOr.K, EDOUARD, TYRRELL.

TYRRELL, à part.

Si je les vois

(Aux princes )

Je ne pourrai jamais... Quoi! debout?... Cette fois Je me lasse, mylords.

EDOUARD

Que voulez-vous donc faire?

TVRRELL.

User d'une rigueur qui devient nécessaire.

EDOUARD

Laissez-nous ce (lambeau.

TVRRELL.

Non.

EDOUARD

\Jn seul moment.

APPENDici:. -i(yi

TYRRELL.

jNon :

Qu'en avfz-vous besoin pour dormir?

LE DUC D'YORK i)assaiil soti bi-as atilniu- du (•■m cl.< Tyrrell

Ail ! sois bon , Pesu^c que c'est Tomy qui t'inipiore.

TYRRELL, près d« «'.iliemlrir.

Il lïi'en eoù'.e :

Mais....

KDOLARD, iiiipiilifiilé.

Tvnell, .je le veux.

TYRRELL.

Vous le voulez !

EDOUARD

Sans doute.

TYRRELL.

Le régent donne seul des ordres al)solus.

fEmportaiil la lumière.)

Je ne fus que trop faible, et je ne le suis plus.

LE DUC D'YORK

Mécbant !

TYRRELL, à part.

Sa volonté m'a rendu mon audace.

LE DUC D'YORK

ISe me demande pas qu'au réveil je t'embrasse.

TYRRELL.

Au réveil!.... ah! sortons. Dormez, m\ lords, dormez.

:>(iS LLS EM<ANIS I>ÉIM>UAIU).

SCÈi\K XIV.

EDOUARD, LE DUC D'VOIIK, diiiis les léiicbrcs. ÉDOLAUD.

Cœur sans pitié ! par lui nous n'étions pas aimés.

LE DUC D'VORK.

Je le déteste aussi.

EDOUARD

D'une joie imprévue Passer au désespoir!

LE DUC DVOliK.

Billet cruel ! ma vue S'y reporte dans l'ombre, et l'interroue en vain,

EDOUARD

Quoi! tenir son salut, le sentir dans sa main....

LE DUC D'YORK

Et mourir!

EDOUARD

Et penser qu'elle viendra peut-être En murmurant deux noms s'asseoir sous la l'enètrc ! Ils n'y répondront plus, ceux qui les ont portés; Ils ne la verront plus, même aux pâles clartés De l'astre qui ce soir....

LE DUC D'VOKK.

Attends! le ciel m'inspire.

.l'v son^e!

Il iiiiiil vers iiiic lies croisées, vu lire les rideaux i|iii hiisicnt |M'iiélu'r les r.iyiiiis 'le la lune ildiis r.ii>iiLirleiil eut.)

.\i'i'KM>i<:r.. -*''-^'

liDOUAUK.

Que icùs-tu?

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