LES ENFANTS U'ÉDOLAUD
faveur tout esprit impartial. Eu écoutant les paroles du shérif, le comte Rivers, frère de la reine, attachait des regards scrutateurs sur le personnage accusé. Puis, il descendit de cheval, s'ap" proclia de lui, et lui présentant la main, avec la plus vive expression de bienveillance : — Mon cher neveu, dit-il, je suis on ne peut plus charmé de pouvoir vous rencontrer ici. Vous êtes sans doute venu pour saluer dans son château solitaire votre cousin le prince héréditaire d'y\ngleterre? Votre présence ne saurait manquer de le réjouir lui que son rang a destiné à contenir pai' l'autorité de sa présence les habitants rebelles du comté de Galles. Souffrez que je vous montre le chemin de notre demeure dans ce pays de rochers. Puis en s'adressant au shérif : Vous
pouvez vous retirer
Celui-ci s'inclina d'un air contrarié et partit. En s'en allant, il dit à la foule qui riait avec malignité de son visible désappointement: — Croyezvous, imbéciles que vous êtes ! qu'avec son affal)ilité, le comte Hivers y va de bonne loi? Il
ClIAPlTltK I. 71
médilo inaiiilenaiU un coup d'État, qui doit sans effort mettre en sa puissance le fils d'un père lebelle. Le jeune Warwick a refusé mon domicile : nous verrons si les cachots souterrains du fort de Ludlowlui conviendront mieux.
Les compagnons du jeune Edouard semblaient partager l'opinion du shérif. Car au moment où il se disposait à suivre Rivers, qui avait pris les devants au galop, il se vit retenu tout à coup par RatclifF.
— Seigneur, dit celui-ci en montrant du doigt la citadelle, voyez là-bas le repaire du lion, où il y a bien des vestiges de ceux qui y sont entrés, mais nulle trace de ceux qui en Pont revenus. Méfiezvous , et songez à la perfidie du roi Edouard et à celle de Richard son frère, plus méchant encore.
Le jeune comte ne répondit à cet avis amical que par cet ordre : — Pas un mot de plus, Ratcliff, et suivez-moi! Puis il remonta à cheval, et suivi de Ratcliff et de son palefrenier il partit au galop pour rejoindre Rivers, Cependant Jones, averti
72 LES ENFANTS D'ÉDOUAHD.
par un clignement de Ratcliff, feignit d'avoir la sangle de son cheval rompue , et attendit que la foule eût disparu pour s'en aller en toute hâte.
La pauvre Bloom , ainsi que quelques habitants de la petite ville, avaient été témoins de cette scène. Aussi n'avait-on pas manqué de lui dire qu'elle ne devait la vie qu'à l'intervention du comte de Warwick. En apprenant cela elle s'écia : — Si l'on vient à faire quelque tort à mon sauveur dans cette masure-là, ma langue saura bien tailler de la besogne à tous les shérifs et constables. Rien ne pourra la faire taire, fiit-ce même toute l'eau de la Tamise!