‹ Les enfants d'Édouard, ou, Le cinquième commandement de DieuChapitre 8 sur 31 · LES ENFANTS DÉDOL ARD · texte numérisé non relu

LES ENFANTS DÉDOL ARD

conseillé de demeurer en arrière afin de soulever les Gallois et de les engager à vous délivrer ai VOU& étiez -retenu de force dans le château. Ma première démarche n'a pas réussi, car on m'a enlevé mon cheval et je me suis encore trouvé heureux d'avoir pu gagner au large. Tout découragé, j'ai quitté Ludlow par un chemin détourné, et dans le voisinage j'ai rencontré une vieille femme avec ce garçon que voilà. Ils m'abordent avec empressement, m'annoncent votre départ. La mère me donne son fils pour guide en me disant : Glocester est à Ludlow et six de ses hommes d'armes sont à la poursuite de votre maître ; mais, ajoute-t-elle, ses envoyés ont pris un bain en voulant suivre mes indices, et par ma ruse ils auront quelques heures de relard sur votre maître. Allez maintenant, ajoula-t-elle, et hâtez la retraite de ce brave petit comte de Warw^ick.

— Et qui est donc cette femme? dit Warwick; d'où vient qu'elle s'intéresse tant à moi et comment dois-je croire à ses paroles?

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— Je ne sais pas , ni\ lord , répondit Jones ; mais c'est avec son aide que je vous ai retrouve.

— Et toi, l'ami, tu me diras peut-être qui est ta. mère et ce qui fait qu'elle veille sur moi ?

— Ma mère, repartit Henri, est une femme que l'on a plongée trois fois ce matin dans la Thames, et qui pour quelques mots eut perdu la vie sans votre généreuse intervention.

— Quoi ! dit le jeune comte étonné, quelques mots ont suffi pour sauver cette pauvre femme et sa reconnaissance est si grande ! Adresse à ta mère des remerciements et prends cette pièce d'or.

— Ma mère m'a défendu de rien accepter, répondit Henri Bloom en se reculant; mais elle m'a commandé de vous conduire où vous voulez aller, car je connais les chemins à six lieues à la ronde.

— Non, non! s'écria vivement Edouard, je ne puis supporter ta vue à cause de ta ressemblance avec Glocester. Ce n'est pas ta faute, il est vrai; mais tu me fais peur, va-t-en vite.

' — Puissiez -vous ne regretter jamais cette

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vivacité! dit le jeune garçon en pleurant, et il disparut.

Edouard, peu d'instants après, monta à cheval avec ses compagnons, à l'exception de Jones, et prit la route qui conduisait au château de Littlerock où il espérait être en sûreté sous la protection du duc de Buckingham.

Neuf jours s'étaient écoulés, Henri Bloom traversait de nouveau les montagnes de Galles; sur sa bosse il portait un sac contenant de petits objets qu'il vendait aux charbonniers et aux habitants des petites maisons isolées où souvent il était bien accueilli, malgré sa difformité cl sa laideur.

Il était éloigné de cinq lieues de Ludlow quand il entra dans une hutte où sa curiosité fut excitée pLU" des paroles incohérentes qu'on articulait dans une chambre voisine, séparée do lui seulement par une cloison.

— Avez -vous quelqu'un, mère Mariiuerite? dit- il en élevant la voix.

— Quelle visite croyez- vous (pie j'aie? répondit

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la loniiiie en gioinmelant. Au commencement de la semaine passée, trois étrangers m'ont amené un jeune homme malade qui était pâle comme un mort et sans mouvement, me priant d'en prendre soin , et m 'assurant que je serais lécompensée. Mais, que sais-je? il appartient peut-étro à une bande de voleurs plutôt qu'à une famille de gentilshommes. Ils s'en allèrent tout aussitôt, et malgré leurs promesses ils ne sont pas encore revenus. Maintenant nous avons un malade sur les bras et avec lui une maladie contagieuse semblable à la peste. Il vaudrait mieux pour lui et pour nous que Dieu le rappelât , il est entièrement défiguré et sa vue est à jamais perdue. Ne serait-il pas préférable qu'il quittât ce monde où il serait le plus misérable des hommes?

Ces paroles rappelèrent à Henri sa difformité, et un sentiment de compassion et de sympathie entra dans son cœur. Sans craindre la contagion, il entra dans la chambre voisine où il vit étendu sur un lit de mousse un jeune homme en proie à un<^ fièvre ardente. Tout son corps était couvcit

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de boutons enflammés et sa tête était horriblement enflée. Ses grands sourcils indiquaient seuls la place de ses yeux que cachaient entièrement ses paupières tuméfiées.

La pauvre chambre était fort en désordre. Néanmoins dans le vêtement qui servait de couverture au malade, Henri crut reconnaître le manteau du comte de Warwick. L'habit que ce dernier n'avait point quitté acheva de convaincre Henri qu'Edouard était devant ses yeux. Il se rappela alors les dures paroles de Warwick et se dit en lui-même :

— Aujourd'hui la mort pourrait venir, et malgré ton rang elle ne t'épargnerait pas plus que moi.

Cependant l'état de Warwick n'était pas désespéré, et l'on pouvait voir qu'avec des soins il serait bientôt rendu à la vie.

En peu de jours, le bel et blond jeune homme était devenu d'une laideur efl"royable qui le cédait à peine à celle du pauvre Henri. Ce dernier était pl(Mn de bonté et de douceur, une satislac-

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lion (•luirital)le s'ulail oiii[)arée »le son cdMir quand il avait vu de quelle utilité il pouvait être au malade. La situation abandonnée et nécessiteuse du jeune comte touchait bien vivement Henri et lui suggérait mille ingénieux moyens d'adoucir ses souffrances. La crainte qu'on ne le découvrit lui inspirait les plus sages précautions, car maintenant encore ses riches vêtements et ses propos sans liaison pouvaient le trahir. Il faisait tous ses eflbrts pour l'empêcher de parler, et par une adroite ruse il avait rendu méconnaissable les habits de Warwick , en y ajoutant des morceaux enlevés à la doublure de son propre manteau. II fit du reste des vêtements un paquet qu'il cacha soigneusement. Après quoi, il récompensa du mieux qu'il put les habitants de la hutte du charbonnier afin qu'ils gardassent encore le malade sans découvrir sa retraite à qui que ce fût. Henri avait oublié tout ce qui lui était personnel tant qu'un grand danger menaçait le jeune comte, mais trois jours après , la violence du mal ayant fait place à un état plus tran-

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quille, il partit pour avertir sa mère de ce qui s'était passé; puis il icviut bien vite pour reprendre ses fonctions auprès du malade. Ce dernier, encore piivé de la vue, touché de la générosité de Henri , le pria de lui dire qui il était. Henri l'assura qu'il ne lui devait aucun remerciementet que les habitants de la hutteavaient seuls droit à sa reconnaissance. Mais il eut beau soutenir son généreux mensonge, quand après avoir présenté au jeune Edouard du pain blanc et du bon lait, il lui bassinait les yeux, celui-ci bénissait son bienfaiteur, et lui baisait la main en disant :

— Oui, c'est bien vous, et vous êtes un ange du ciel.

Henri retenait sa respiration , car il craignait d'être reconnu et d'exciter de nouveau le dégoût de WarNvick. Il savait par expérience que les hommes jugent trop souvent d'après l'apparence et négligent de s'assurer des qualités du cœur.

Edouard , plein de confiance en son bienfaiteur, lui raconta , sans que celui-ci lo lui dcman-

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dût, comment il avait voulu aller cliercher un asile chez le duc de Buckingham; mais qu'on l'avait averti de prendre garde, parce que le duc était le plus ardent ami de Glocester. Pour me retirer sur mes terres, ajouta-t-il, il y avait trop loin, et d'ailleurs la justice ne m'a-l-ellc pas exproprié ! C'est pourquoi après avoir erré à l'aventure sans savoir ce qu'il ferait, la fatigue et la maladie l'avaient tellement abattu rpTil n'avait pu poursuivre sa route. Quant à ce que ses compagnons étaient devenus, il l'ignorait complètement.

Edouard ne savait rien non plus de ce que Henri avait fait pour récompenser les habitants de la chaumière; il ne se doutait pas que toutes les fois que Henri allait à Ludlow, il n'en revenait jamais sans leur rapporter quelques petits présents pour qu'ils gardassent plus volontiers son protégé dans leur pauvre demeure.

Quand les forces d'Edouard revinrent et qu'il put prendre l'air sans danger, Henri le conduisit sur une grande pelouse dans la forêt, et le

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fit asseoir sous des branchages qu'il avait entrelacés pour lui procurer de l'ombre. Un air pur, embaumé par le parfum des fleurs, flattait agréablement Edouard ; il disait avec reconnaissance et attendrissement :

— Pourquoi me plaindrais-je d'être encore aveugle, si ce n'est parce que je n'ai pas le bonheur de voir et de connaître mon sauveur ! Viens ici , mon cher Henri ; mets-toi là près de moi , car je veux te toucher, ta voix me dit que tu es jeune/Quelle couleur ont ces cheveux coupés si courts, et tes yeux comment sont-ils? Tes joues me semblent un peu maigres; ah! peut-étie elles ont perdu leur fraîcheur pendant les nuits que tu as passées à me veiller. Es-tu grand ?

Henri était troublé; il n'osait se retirer, et il craignait en restant de déplaire de nouveau à Edouard et de perdre son amitié.

— Laissez-moi, mylord, dit-il en s'éloignant doucement, un pauvre garçon comme moi re mérite pas d'être considéré, caressé ainsi [)ai' un noble prince le! <jue vous.

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