‹ Les enfants d'Édouard, ou, Le cinquième commandement de DieuChapitre 9 sur 31 · CHAH IRE IV. IM · texte numérisé non relu

CHAH IRE IV. IM

— Mais je le veux, dit Edouard en lui passant Ja main sur l'épaule. Ah! qu'est-ee que cela? dit-il surpris, tandis cpie Henri cherchait à lui échapper.

— Henri, ne plaisante pas avec un aveugle comme moi. Qu'as-tu sous ton habit?

Le i)auvre Henri avait les yeux pleins de larmes; la voix lui manquait. Dans ce moment un bruit se lit entendre dans les buissons , et un sanglier blessé, dont les défenses étaient couvertes d'écume, courut sur les deux jeunes gens qui se trouvèrent ainsi exposés au plus grand danger.

Hemi tout ellVayé s'écria : — Mon Dieu, protégez-nous! Sauvez-vous, mylord, cet animal furieux me poursui\ra; montez vite sur un arbre et vous y sei ez en sûreté.

Edouard ne voulait rien céder en courage à son bienfaiteur; il était armé de son épée qu'il avait voulu porter à sa première sortie. Mais la force lui manquait pour s'en servir; pourtant il Tagilait avec résolution, et criait à Henri : — Ami,

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mets- toi derrière moi , et il ne t'arrivera rien.

Pais il se mit à genoux, serra son arme contre • sa poitrine et attendit le sanglier ; sa position était pénible (il y voyait à peine). Henri s'efforçait en vain de lui ôter l'épée et de lui persuader de se retirer. Pendant cette généreuse lutte , le sanglier furieux avançait toujours ; bientôt il reçut une légère blessure, mais en même temps il terrassa les deux jeunes gens. Tout semblait perdu pour eux, car l'animal allait se précipiter sur le jeune Warwick-, mais le courage et la présence d'esprit de Henri les sauva : armé d'un bâton, il repoussa le sanglier; mais ce ne fut qu'un instant de trêve. Heureusement une meute de chiens vint donner la chasse au sanglier. Pendant ce temps, Edouard et Henri prirent la fuite et se cachèrent dans un lieu écarté. Peu à peu le l)ruit s'éteignit insensiblement et la forêt recouvrit son calme ordinaire.

Edouard fatigué se jeta sur l'herbe. — Maintenant je sais qui tu es, dit-il après un moment de silence; tu ne le nommes pas Henri, mais

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Ami ,mets toi derrière tuoi et il ne t'arnvera rien

CllAIMilŒ IV. li:{

Kaphacil; tu ni'ys sauvé coiiiine autrelois il sauva ie jeune Tobie , lorsque celui-ci allait ètie englouti par un poisson monstrueux. Je te dois la vie et la santé. Oh ! si tu pouvais aussi me rendre la vue ! Je m'explique maintenant la grosseur que j'ai sentie sur tes épaules; sans doute elle cache les ailes d'un ange ; ah ! ne t'envoie pas si on me rend la vue !

Henri sourit tristement à ces paroles; il n'osait s'avouer qu'il eut été heureux que les yeux d'Edouard restassent fermés, afin de ne rien perdre dans son amitié.

Mais au bout de quelques jours, Edouard s'aperçut avec bonheur que ses yeux commençaient à être sensibles à l'éclat du jour.

Le courage manquait souvent au bon Henri en pensant au moment où celui-ci le reconnaîtrait. Aussi nourrissait-il le projet de l'éviter en prenant la fuite; mais un matin qu'il était assis, triste et tremblant, auprès du lit d'Edouaid, celui-ci ouvrit enfin les yeux, et ce que Hemi craignait tant airiva.

Hl LES ENFANTS D'ÉDOIJARI).

Au vif sentiment de joie que lui fit éprouver la certitude d'avoir recouvi'é la vue, succéda bientôt un mouverüent de mauvaise humeur quand son regard rencontra et reconnut Henri.

— Ah! pourquoi le premier moment si doux devait-il être suivi d'un retour si amer? murmura Edouard. Qui t'a amené près de moi, vilain masque ? dit-il vivement et avec un ton de colère.

Le pauvre garçon leva sur lui des yeux pleins de tendresse et des larmes s'en échappaient. Puis il dit d'une voix presque éteinte : — Je suis Henri !

Edouard mit ses deux mains sur ses yeux et sortit delà cabane. Henri, profondément abattu, le suivit. Un horrible cri se fit entendre, Edouard venait de. voir sa propre figure dans l'eau d'un' ruisseau. — ^Oh! quel changement, mon Henri! s'écria Edouard, oubliant la ressemblance de ce dernier avec Glocester. Comment suis-je ainsi devenu? Suis-jc fou? suis-je enchanté pour me voir actuellement une figuie aussi horrible? Plus de cheveux ! une peau épouvantable ! cl des

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yeux! Mon Dieu, qu'ils sont gros! Ne suis-je plus Edouard? Parle, Henri...

Le pauvre enfant ne sentait en lui aucun sentiment de joie d'être ainsi vengé ; il plaignait au contraire Edouard, et il se contenta de lui répondre ;

— Vous êtes vraiment mylord Edouard de Warwick; une cruelle maladie vous a ainsi changé; mais ne vous découragez pas : votre Jjeauté ne peut à la vérité vous être rendue, mais votre visage ne sera pas toujours aussi maltraité que le voilà; il redeviendra plus agréable.

Edouard frissonna en se regardant de mmveau, et il pleura amèrement :

— Je t'ai offensé, bon Henri, dit-il, et maintenant Dieu me punit, car je suis plus laid que toi. Il ne me manque qu'une difformité semblable à la tienne. N'en ai-je pas une? Et le pauvre enfant se passa la main sur le dos.

— Non, répondit Henri en souriant; d'ailleurs une bosse n'est-elle pas quelquefois un étui qui cache les ailes d'un ange.

il6 LES ENFANTS D'ÉDULAllD.

— Tu OS vraiment un ange, et mon IjOu ange, (lit Edouard avec reconnaissance ; mais mon oncle porte cachées dans sa Ijosse les ailes de Satan. Jamais je ne t'oiïenserai ; au contraire, je t'aimerai et te récompenserai; mais, que dis-je? ne suis-je pas maintenant plus misérable ([ue toi? On m'a enlevé tous mes biens, et je suis devenu un épouvantail !

Le pauvre enfant sanglotait. — S'il doit souffrir de sa laideur autant que moi, pensa Henri, que son sort est digne de pitié! Mylord, dit-il à haute voix, regardez. Voyez suspendue à ce tronc d'arbre une chrysalide; cette délaissée et inqjerceptible créature, qui peut à peine se mouvoir, m'a bien souvent donné lieu d'être consolé. Qui croirait voir dans cotte chrysalide un papillon aux jolies ailes de mille couleurs qui lui permettent de caresser toutes les fleurs. Un bon prêtre m'a dit autrefois que nous devions un jour nous envoler comme les anges pour aller goûter los joies ih\ ciel ; aussi porterai-je ma bosse sans 1110 pl;iiiidi(î aussi longtemps (pto Dieu le voudia.

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Cette consolation n'adoucit pas la douleur d'Edouard. En se regardant dans l'eau, il |)l(3urait toujours de plus en plus, et Henri se vit foicc de laisser au temps le soin d'agir sur lui et de diminuer sa douleur.

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