‹ Les enfants de la fermeChapitre 16 sur 33 · LA FEMME MAURICE · texte numérisé non relu

LA FEMME MAURICE

Rends-la, mon homme, son lait nous ferait de mauvais beurre.

MAURICE

Et à qui là rendre ?

Pour toute réponse, maître Jean fît sîgtie à

128 LES ENFANTâ

la mère Emmanuel et à la vachère d'approcher. La pauvre femme éprouva une joie telle en voyant Brunette, qu'elle ne put retenir ses larmes. Puis elle s'approcha de la bète, la caressa, contrefit la voix de Manette. La vache tourna la tète.

Il n'en fallut pas davantage. Maurice raconta en détail comment et où il avait trouvé cette vache ; puis, changeant tout à coup de sentiment, il se déclara très-heureux qu'elle eût trouvé maître. Nous ne sommes pas obligés de croire à la véracité de Maurice ; nous partagerons la joie de la pauvre mère Emmanuel, et c'est assez.

Une bonne action en inspire souvent une autre. Les fermiers ne voulurent point exposer leur hôte aux dangers qu'une course de deux lieues pouvait présenter. Il fut décidé que l'heureuse vieille et Brunette monteraient en char sous la conduite de maître Jean.

Le conquérant qui prend possession d'un royaume, la mère qui retrouve son enfant ne sont pas plus émus, plus heureux que ne l'était la mendiante de Trélazé.

L'arrivée des voyageurs fut signalée par des exclamations : « La voici ! la voici ! elle l'a retrouvée 1 » On entoure la charrette, Brunette est descendue avec toutes sortes de précautions ; elle est

L'arrivée des voyageurs. (Page 128.)

grondée par les uns, caressée par les autres, et elle rentre à Tétable l'oreille basse.

Manette s'était jetée dans les bras de sa respectable amie ; elle lui prodiguait les noms les plus doux , l'embrassait de tout son cœur.

Maîtresse Renotte qui ne manquait à rien, donna une cordiale hospitalité au protecteur de la mère Emmanuel. On fit connaissance et on se promit de n'en pas rester là.

Manette reprocha plus d'une fois à Brunette son escapade et ne lui rendit jamais sa confiance.

Page 1