SCÈNE lIIE
Les MÊMES, GRANT, JAMES.
En ce moment paraît Grant ; il marche à Burck, lui arrache la bouteille et la jette à terre.
BurCK (s’é/ançant sur Grant). — Mille tennerres !.…
GRANT.—Misérable brute! (1/7 repousse violenment Burck qui, déjà ivre tombe. À Ayrton.)— Ayrton, c'est malgré vos ordres, sans doute, que ces malheureux vont perdre la raison dans l'ivresse ?
. AYRTON.—C'est moi qui leur ai permis de boire,
amer: LEO nié
GRANT.— Vous avez osé ?...
AYRTON.--Allez, camarades |!
ler MATELOT.—A boire |!
AUTRES MATELOTS.—A boire ! à boire |
GRANT (saisissant une hache).—Le premier de vous qui touche à ce tonneau, je lui fends la tête.
FoRrSTER (à Ayrton). — Eh bien, le moment-…
n'est-il pas venu ?..
AYRTON (à Forster).—Laisse-le aller |... Il se perd !.… |
GRANT (à l'équipage). — Je vous ai demandé
obéissance et union dans l'intérêt commun. Cette.
soumission absolue à mes ordres, que j'impose à mon équipage, je l’impose aussi à mes officiers. (Se retournant vers Ayrton.) Ayrton, vous avez le premier donné l’exempie de la désobéissance ! Je vous casse de votre grade! Vous n'êtes plus le second du ‘“ Britannia” !
AYRTON. — Que m'importe, il n’y a plus de ‘ Britannia” !
GRANT.—Il reste sa chaloupe. C’est comme une partie de Jui-même, et c’est maintenant notre unique moyen de salut.
FORSTER (à part).—Que veut-il dire ?
GRANT.—Je viens d'explorer cet îlot. Il est aride, sans végétation, et ne peut fournir aux besoins matériels d’un hivernage. Il faut donc le quitter, revenir aux terres du Pacifique, et, puisque le vent est favorable, nous embarquer aujourd’hui même.
AYRTON.—La chaloupe ne peut contenir que dix hommes, au plus, et nous sommes treize à embarquer |
GRANT.—Trois hommes de l'équipage resteront sur cet ilot.
Les MATELOTS.—Trois ?.…
sn TE
GRANT.—Je viendrai moi-même les y reprendre:
Dans trois semaines, la chaloupe aura gagné les côtes de la Nouvelle-Zélande. Là, je frèterai ur bâtiment. Les glaces ne reparaîtront que danseinq mois |... Or, avant cinq semaines, je serai de retour, et nous reverrons l’Angleterre, vous, vos: familles, moi, mes chers enfants, que j'y ai laissés, Alfred et Robert.
AYRTON (/interrompant). — Et lesquels d’entre nous resteront sur l’ilot ?
Tous. Oui, oui ! lesquels ?
GRANT. Ceux que le sort désignera. Les noms vont être mis dans un chapeau, et les trois premiers sortants.
AYRTON (/interrompant).—C'esi inutile.
GRANT.—Comment ?
AYRTON. — Nous les avons déjà choisis.
FORSTER.—Grant et son fils d’abord !
Tous.—Oui ! oui! Grant et son fils !
GRANT. —Misérables !
AYRTON (avec force). —L'imstant est venu, camatades, de choisir entre Grant et Ayrton !
Les MarEeLoTs.—Ayrton ! Ayrton!
GRANT.—A moi, ceux qui sont pour leur capitaine ! (Tous les matelots se rangent près d'Ayrton. Grant reste seul avec son fils.)
Tous.—Ayrton !
GRANT (s’élançant sur Ayrton une hache à lœ main).—Traître !
JAMES.—Mon père ! mon père! (Les matelots se sont précipités sur Grant et dont désarmé.)
AYRTON. — Ton tils et toi, vous resterez ici sur eet îlot. et je ne vous promets pas de venir vous y reprendre !
Tous.—Non:t non : ? :
GRANT. —Je vous J'ai dit aucune créature hu-
os ET es
maine ne trouverait à vivre ici, pendant l’hiver… J'accepte cependant pour moi le supplice que vous m'infligez..… Mais! emmenez du moins mon enfant, et laissez-moi seul |
JAMES (se jetant dans les bras de Grant).—Père, je ne te quitterai pas
AYRTON.—Ton fils restera près de toi! Et
pour toutes les humiliations que jai souffertes à ke
ton bord, tu traîneras misérablement 1 ici, les
ques mois qui te restent à vivre ! Allons, embarque, .
vous autres |
GRANT.—Ayrton ! Je n’essayerai pas de t'attendrir pour moi, mais pour mon fils !... Aie du moins compassion de mon fils !
JAMES (s'accrochant à son père).—Me séparer de toi, père, jamais |... jamais !... (4 Ayrton.) Ayrton, je t’en supplie, je t'en conjure à genoux, æe sois pas sans pitié, ne nous abandonne pas dans cette île déserte ! Songe que nous avons, làbas, en Ecosse, mes deux frères qui nous attendent, deux pauvres orphelins qui mourront de désespoir en apprenant notre mort !... Tu ne voudras pas te souiller de tant de crimes à la fois !... Grâce, grâce pour nous tous, Ayrton ! Grâce, grâce!
AYRTON (wn peu ébranlé).—Non... Je... L'arrêt est prononcé. Embarque, garçons, embarque !
(Les matelots prennent place dans la chaloupe et sont suivis par Forster.)
JAMES (AC ANERRERS — Perdus ! Nous sommes perdus !.…
GRANT. Misérables | ! Je te retrouverai, Ayrton ! Un navire peut passer.
AYRTON (Æaussant les épaules).—Sur les limites du cercle polaire ?.. Allons donc!
GRANT. — Je saurai ANA A yne chatspe avec les resté-du # Bätännm ”. is
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AYRTON (railleusement). — Avec les restes du “ Britannia” ? Je ne crois pas, Harry Grant |
GRANT.—Ah ! (17 se dirigé vers la chaloupe.)
ForSTER (à Ayrton).—Et Burck ?
AYRTON.— Burck! Puisque l’un de nous ne pourrait trouver place dans la chaloupe, que ce soit lui! (Bas.) Au cas où le froid ou la fais
épargneraient Harry Grant, celui-là ne l’épargnera pas! Au large!
Tous.—Au large! (Za chaloupe est poussée au large, et disparaît.)