SCÈNE I
ARCHIBALD, WILSON, GLENARVAN, assis amour de la table sur lagueile se trouve une bouteille entourée de matières pétrifiées. MULRAY, debout près de ia table.
ARCHIBALD. — Racontez-moi donc enfin l’histoire de cette mystérieuse bouteille.
GLENARVAN.— Cette histoire est, en effet, très étrange, et je vais vous la dire, mon oncle, Vous saurez donc que cette bouteille, toute déformée par des incrustations salines, a été trouvée par un homme de notre équipage.
WIiLsoN.—Par Mulray, ici présent.
Muzray.—Oui, Votre Honneur, par moi.
ARCHIBALD.—Trouvée... Où cela ?.…
GLENARVAN. — Dans le ventre d’un requin, mon oncle.
ARCHIBALD.—On m'a raconté l’histoire d’un malheureux homme dont un de ces poissons féroces avait mangé la tête.
Murray. - La tête avec le chapeau. L'histoire est vraie, milord.
ARCHIBALD. — Et vous dites que cette bouteille contenait une notice relative à des naufragés 7...
GLENARVAN.— Oui, mon oncle, des naufragés qui sont évidemment perdus sur une île quel
Tea (7 ——
“conque des mers du sud. Si la bouteille eût été livrée seulement aux vents et aux courants, elle me serait jamais arrivée jusqu'aux parages de la Manche ! Mais ce requin, ayant avalé la bouteille dans ces mers lointaines, et étant venu se faire prendre à bord du ‘“ Duncar ”, not: avons eu -ainsi des nouvelles des malheureux nauiragés.
ARCHIBALD.—Mais comment imaginer qu’une bouteille puisse se trouver dans l'estomac d’un | poisson P
GLENARVAN.—Les matelots ne sont générale- ‘ment pas animés de -bienveillantes intentions à } l'égard des requins. Lorsqu’on’en prend un, il est d'usage, à bord des navires, de visiter soigneuse- . ment son estomac, on l’ouvre à coups de hache, | et c’est ainsi que l’on a trouvée -cette ‘bouteille | ‘solidement engagée dans les viscères de celui que | nous avions pris.
ARCHIBALD. -Continuez, mon neveu.
GLENARVAN.—-Je disais donc que la bouteille, ‘une fois retirée on l’examina. Les pétrifications ‘qui la couvraient, ces substances minéralisées | sous l’action des eaux, prouvaient qn’elle avait | fait un long séjour dans l'Océan! N’est-il pas vrai, } Mulray ?
MuLray.—-Dix ou douze mois environ, Votre Seigneurie, avant d'aller s’engloutir dans le ventre :-du requin.
L GLENARVAN.—Bref, il fallut employer Le couteau pour briser l'enveloppe pierreuse de la boueille, à l’intérieur de laquelle on trouva le papier, malheureusement à demi rongé par l'humidité, et Mqui ne portait plus que quelques mots, presque laindéchiffrables.
ARCHIBALD.—Mais enfin, ce document ?
WiLSON.—En l’exäminant avec soin,on parvint
à déchiffrer ce nom ‘ Britannia ”. Lord Ginarvan fit alors des recherches dans la collection de la ‘ Gazette Maritime ”, et bientôt il eut la certitude que cet écrit concernait le trois-mâts “ Britannia”, capitaine Harry Grant, du port de Glasgow, et dont on était sans nouvelles depuis plus d’un an.
ARCHIBALD.—Un an ! Comme cela doit paraître long à de pauvres naufragés ! Moi, si je vivais un an dans de pareilles conditions, je serais mort au bout de huit jours?-—Continuez, mon neveu.
GLENARVAN. -- Si l’on connaissait le non du navire, on ne savait malheureusement pas en quel point de la mer du Sud il avait fait naufrage, Il était bien question des contrées australes, de la latitude, mais quant à la longitude.
ARCHIBALD. — Et alors, mon neveu, vous êtes parti pour Londres ?.…
GLENARVAN.—Oui, mon oncle, maïs auparavant j'ai envoyé aux journaux un télégramme ainsi conçu: ‘“ Pour renseignements sur le sort du ‘ trois-mâts “ Britannia ”, de Glasgow, capitaine ‘ Grant, s'adresser à lord Glenarvan, au château ‘“ de Malcolm, comté de Dumbarton, Ecosse.” Espérons que cette note sera lue par quelque membre de la famille du capitaine Grant! (Z/remet la bouteille à Mulray.)
ARCHIBALD.—Enfin, mon neveu, qu’'allez-vous faire ?
GLENARVAN.—Je vais tenter d’intéresser l’Amirauté au sort des naufragés. L’Angleterre n'’hésitera pas de venir au secours de quelques uns de ses enfants, perdus sur une côte déserte ! Je vais à Glasgow. Il faut que j'aie cette réponse, il faut qu’elle soit favorable. ou sinon gare à l'Amirauté. (27 remonte.) Avant une heure, je serai de retour. À bientôt, Wilson. (77 sort.)
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20, Ti
ARCHIBALD.—AÀ propos, Mulray.…
MuLray.—Milord ?…
ARCHIBALD.—Vous ferez attendre ici le nou- “veau valet de chambre que j'ai demandé.
MuLRAY. — Oui, milord |!
ARCHIBALD. — Venez, capitaine Waiison. (Z75 -sortent.)