‹ Les enfants du Duc de BerryChapitre 11 sur 57 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La Liaison.

C'est entre le printemps et l'automne de 1807 -qu'il faut placer la rencontre du prince et de M""" Brown. M""' de Gontaut nous y fait assister :

« Simple dans ses goûts, M. le duc de Berry menait à Londres une vie tranquille, dînant journellement chez Monsieur, passant avec lui de fréquentes soirées chez la duchesse de Coigny et d'autres amies de l'émigration; il se plaisait peu dans les assemblées, oii cependant il était recherché ; son plus grand plaisir était l'Opéra, « goût un « peu cher, me dit-il un soir, pour un prince (( émigré ». Il fit cet aveu avec tant de grâce, que je le répétai, et chacune de mes amies s'empressa de lui faire hommage des billets de faveur appartenant aux loges de la société. M. le duc de Berry fut sensible à cette attention, et venait souvent

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nous le dire; elle lui lui d'aulaiil j>Ius agréableque cette année fut celle du début de Madame...

tt Monseigneur, partageant renlhousiasme général, ne manquait aucune de ces soirées. De la loge du duc de Portland, où j'étais souvent avec mes filles, nous jouissions de son admiration; mais, non loin de là, nous avions remarqué une personne distinguée que tout le monde regardait, que nul ne connaissait. Elle était belle, quoique extrêmement pîilc, bien mise, avec simplicité. La curiosité qu'elle inspirait à nos compatriotes nous amusait dautant plus qu'elle avait l'air d'y être parfaitement indifférente. Un jeune La Chastre lui présenta un jour l'affiche du spectacle, qu'elle repoussa; M. de Clermont-Lodève, plus hardi, lui ofTrit un bouquet; elle jeta sur lui un regard de dédain magnifique. Dans cette occasion, nous remarquâmes le sérieux un peu froid de Monseigneur, qui ne trouvait pas de bon goût de chercher à tourmenter cette jeune femme. M. de Clermont persistant dans ses politesses et sa curiosité, nous dit qu'enfin il était parvenu à en connaître l'histoire : <( Dans le quartier^ on l'appelle M°^ Brown, <( nous dit-il; elle demeure près du Parc, oii « chaque jour elle promène son enfant, petit gar- « çon de six à sept ans, auquel elle paraît prodi- «. guer des soins maternels. On la dit bonne,^

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« charitable, douce, mais toujours silencieuse. » Nous ne pûmes en savoir davantage de M. de Clermont, qui nous parut devenir mystérieux, et nous l'oubliâmes (1). »

Le comte de Glermont-Lodève était l'un des familiers du duc de Berry, et nous verrons plus loin, dans les lettres que m'a obligeamment communiquées le marquis de Luppé^ combien intimes étaient leurs relations. La faveur dont il jouissait auprès de lui l'aurait fait nécessairement le confident de celte inclination et il n'est pas possible de croire une seule minute qu'il se fût jamais permis une tentative galante près d'une femme aimée ou seulement distinguée par son prince. En supposant même qu'il eût commis sciemment une pareille maladresse, est-il admissible que ce soit en sa présence qu'il se fût livré à un semblable oubli des convenances?

La violence de caractère du duc de Berry est trop connue, en tout cas, pour qu'on puisse supposer que c'est « avec un sérieux un peu froid « qu'il aurait contemplé les essais infructueux de La- Châtre et de Glermont-Lodève, s'ils se fussent avisés de marcher sur ses brisées. Tout le monde sait combien il était incapable de se modérer dans

(1) Duchesse de Gontaut.MémoîVei, p. 187.Paris, Pion, 1891, in-S".

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SOS ciii[)orlL'inents, cl la inaiiirro [)ur Irop vive dont il termina, sous la Restauration, avec le comte de La Ferronnays, une discussion (jiii mil fin à leur longue amitié, est encore présente à toutes les mémoires.

Il est évident que le récit de M""' de Gonlaul nous donne le moment précis de la rencontre. Le prince a remarqué Amy, il a été frappé par sa beauté, attiré par son charme; et malgré lui, bien que jamais peut-être il ne lui ait adressé la moindre parole, il est jaloux et mécontent des tentatives qu'il voit faire. Mais son cœur commence seulement à se prendre et il n'a pu faire par conséquent à Glermont-Lodôve des confidences sur une inclination qui s'ignore encore. Celui-ci va aux renseignements pour son propre compte, apprend le nom et la façon de vivre de la dame inconnue et fait part de ses découvertes; puis, tout à coup, il devient mystérieux, il se tait... Le duc de Berry lui a confié le secret de son amour naissant, dont, peut-être, la scène du bouquet a été la cause déterminante.

Si, après les raisons énumérées au chapitre précédent, un doute subsistait encore sur la date des débuts de la liaison du duc de Berry et d'Amy Brown, un autre motif viendrait encore préciser Ja date de 1807 : c'est l'âge du petit garçon. D'après

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le témoignage de M^'dcGontaiit, il eslàcemomoiit âgé de six ou sept ans; or, il est vraiment (11111cile de le supposer venu au monde avant qu'Amy ait eu dix- sept ou dix-huit ans. De plus, si l'on aborde un autre ordre d'idées plus intimes, il est à remarquer que M. le duc de lîerry tenait du Béarnais, son ancêtre, une nature fougueuse et une amoureuse complexion. Digne lils du Vert-Galant, il ne'ménageait guère ses victimes, qui ne tardaient généralement pas à porter d'une manière presque régulière les preuves manifestes de la faveur dont elles avaient été l'objet. Nous pourrions en citer maints exemples, entre autres celui de la fameuse Virginie, qui accoucha d'un fils moins de dix mois après l'arrivée à Paris du duc de Berry, et celui de Marie-Caroline elle-même, devenue enceinte dès l'année qui suivit son mariage.

De son côté, Amy avait fait largement ses preuves de fécondité. Si l'on admettait donc le mariage, avec M. de Rorch'Yantel en 1805, ou même en 1806 avec M. Nauroy, on pourrait s'étonner, à juste titre^ que ces deux natures généreuses soient restées stériles jusqu'en 1808.

Il est plus que probable, d'après ce que nous connaissons du prince, que la première grossesse date du début même de son intimité avec Amy. Ce fut le 13 juillet 1808 que naquit leur première

iillc. 011 poiil donc uuguror que c'est ù raiilomne <le 1807, quelque résistance qu'ait opposée Amy aux premières entreprises, qu'elle se donna au prince dont elle était aimée.

iMais tout le mois d'octobre 1807, le duc de Jierry fut absent d'Angleterre. Depuis longtemps, il avait engagé des négociations pour être admis à servir dans l'armée suédoise, et, au commencement de septembre, il reçut de Fauche -Borel, l'imprimeur neuchâtelois qui lui servait d'intermédiaire, la nouvelle qu'il avait réussi et que le roi Gustave IV lui offrait un commandement dans son armée. Il partit donc et s'embarqua sur ÏAriadne, qui aborda à Gothembourg le 27 septembre. Sa réunion à son oncle, son séjour à la Cour de Suéde lui prirent près d'un mois. Mais Louis XYIII avait trouvé Gustave IV vaincu, blessé môme pour la cause des rois qu'il avait voulu défendre; il eut la dignité de refuser l'hospitalité qui lui était généreusement offerte et reprit le chemin de Gothembourg. C'est là qu'il allait s'embarquer pour l'Angleterre, où il se décidait à fixer sa résidence. M. le duc de Berry voyait s'évanouir en même temps ses belliqueux projets et, après être allé saluer Gustave IV, il reprit tristement le chemin de Londres. Des vents contraires retenaient encore Louis XVIII au port de Blankenbourg lorsqu'il

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y parvint. C'est là que tous deux prirent place sur le même i)aleau, la Troja, qui leva l'ancre le 21 octobre. La traversée durait environ quinze jours; tel est le temps que le comte de La Ferronnays mit à retï'ectuer l'année suivante fl). Le duc ■de Berry ne put donc être rentré à Londres que vers le 1" novembre 1807.

Ce fut peut-être à la joie causée par son retour •que le prince dut son triomphe ; sans doute, après son départ, Amy s'était reproché sa résistance en songeant aux dangers qu'il allait courir et peut- ^tre ne jamais revenir. Si donc, comme il est permis de le supposer, ce fut la joie de son retour inespéré qui causa sa défaite, la fille dont elle accoucha le 13 juillet 1808 vint au monde quelques jours avant terme.

Voici son acte de baptême :

Extrait du registre des actes de baptêmes de la chapelle de Sa Majesté Catholique à Londres.

« Aujourd'hui samedi 30 novembre, l'an 1809, « a été présentée une fille nommée Charlotte- « Marie-Augustine, fille de Charles-Ferdinand et « de Amy Brown, laquelle a été ondoyée le 18 de « juillet l'an 1808, par M. l'abbé Chené, à la cha-

(i) Souvenirs de La Ferronnays, p. 213 et suiv.

H pelle française de Kings Street, et j'ai suppléé' " aux autres cérémonies du baptême; le parrain <* le comte Auguste de La Ferronnays, et la marte raine Marie-Charlotte, comtesse de Montsoreau, « qui ont signé avec nous. — Comte Auguste de « La Ferronnays; M.-C.-F. de Nantouillet, cornac tesse DE Montsoreau; P.-A.MASsoT,curédeSaint- « Sylvain de Mortainville, diocèse de Bayeux, et « prêtre sacristain de la chapelle de Sa Majesté « Catholique.

« Certifié le présent extrait, tiré mot pour mot

« du registre de baptêmes de la chapelle de S. M.

»< G. à Londres, le 15 janvier l'an 1810. — P.-A-

« Massot, prêtre sacristain de la chapelle de Sa

(( Majesté Catholique (1). »

Le 1 9 décembre 1 809 venait au monde la seconde fille, Louise-Marie-Charlotte, dont voici l'extrait de baptême :

Extrait du registre des baptêmes de la chapelle de Sa Majesté Catholique à Londres.

« Aujourd'hui samedi, trente décembre mil « huit cent neuf, a été baptisée par moi, soussigné, « une fille nommée Louise-Marie-Charlotte, fille (i de Charles-Ferdinand et de Amy Brown, née

(1) Ch. Nauroy, Les Secrets des Bourbons, p. 12.

LES ENFANTS DU IMJC DK HE FUI Y. ^2l>

<( (lu (lix-ncuf décembre mil huit cent neuf. Le « parrain Louis, baron de Uoll, et la marraine « Marie-Gharlotte-Albertine, comtesse de La Fer- « ronnays, qui ont signé avec nous. — Louis, « baron de Roll; M.-C.-A. de Montsoreau, com- « tesse DE La Ferronnays; P. -A. Massot, curé « de Saint - Sylvain de Mortainville, diocèse de « Bayeux, et prêtre sacristain de la chapelle de « Sa Majesté Catholique.

« Certifié le présent extrait^ tiré mot pour mot « du registre de baptêmes de la chapelle de Sa « Majesté Catholique à Londres, ce 15 janvier « l'an 1810.

« Pierre-Alexis Massot, prêtre sacristain de la « chapelle de Sa Majesté Catholique. »

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