‹ Les enfants du Duc de BerryChapitre 13 sur 57 · N.-S. L. TOURZEL · texte numérisé non relu

N.-S. L. TOURZEL

Et à une nouvelle lettre dans laquelle je lui faisais d'autres questions encore plus précises et où j'insistais pour savoir jusqu'à quel point et dans quelles conditions l'enlèvement d'un acte eût été possible, le même abbé Tourzel me répondait à la date du 20 avril 1904 '. « Nos registres de 1793 à 1840 ne sont pas très bien reliés, mais vous savez sans doute la réponse de Berryer, affirmant^

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au nom de M. le chanoine Tourzel, mon oncle, que ion, n'avait pas pu (h'chirer une seule page de ces registres. »

Les témoignages des deux abbés Tourzel, qui viennent se corroborer à plus de quarante ans de distance, sont à coup sûr irréfutables et ne laissent pas place au plus léger doute. Non seulement l'acte relatant la célébration de ce soi-disant mariage, dont on nous donne pourtant la date, ne se trouve pas sur les registres, mais il est absolument certain qu'il n'y a jamais existé. — Les deux chapelains nous le disent en propres termes : « les feuillets sont nwnérotés, et toute soustraction est impossible. On na donc pas pu déchirer une seule page de ces registres ».

A côté de ces affirmations si nettes de personnages officiels, et dans l'exercice de leurs fonctions, si je puis ainsi m'exprimer, comment expliquer les étranges déclarations du correspondant de M, Renard qui, après en avoir pris connaissance, non seulement s'abstient de nous dire que les volumes sont reliés et que chaque feuillet porte un numéro, mais nous les dépeint comme « des liasses et des feuilles volantes grossièrement agglomérées à l'aide de ficelles »? Ce sont ses propres expressions... C'est à ces allégations inexactes, à ces omissions d'une si extrême gravité, qui peuvent.

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à jiisto titre, jeter le doulc dans les esprits et laisser le elianip lihre à toutes les suppositions, que j'ai voulu opposer des réponses précises et formelles, et c'est pour cette raison qu'à deux reprises je me suis adressé à l'abbé Tourzel. Je crois que ses deux lettres ne peuvent laisser subsister aucun doute, et prouvent d'une façon éclatante qu'à aucune époque, une soustraction ni une supercherie n'ont été possibles.

Cependant, la lettre du chapelain de l'église de Kings Street me signalait une autre chapelle oii il ^tait permis d'espérer que les recherches, cette fois, ne demeurassent pas infructueuses, et sa supposition était d'autant plus vraisemblable qu'on pouvait craindre qu'une confusion eût été faite entre la ■chapelle catholique de Kings Street, Saint-Louisde-France, et la chapelle de Sa Majesté Catholique de Spanisch Place. Toutes deux étaient situées près de Portmann Square, à quelques pas de distance, et peut-être avait-on pu oublier que si le roi de France porte le titre de Sa Majesté Très Chrétienne, le roi d'Espagne porte celui de Sa Majesté Catholique. Mais, de ce côté également, je ne devais pas être plus heureux, et le recteur de la chapelle de Spanisch Place, église anglicane aujourd'hui, que j'avais prié de faire des recherches, m'a adressé la réponse suivante :

« Monsieur^ j'ai feiiillclé nos registres sans y trouver les noms que vous cherchez.

« William 1j. Gildea, « Recteur de Saint-James Spaoisch Place.

« Londres, le 4 mai 1904. »

A aucun autre édilice religieux de Londres, je crois, on n'a pu appliquer à ce moment le nom de chapelle de Sa Majesté Catholique, et il est bien évident que s'il y avait eu un mariage, c'est à l'église de Kings Street qu'il aurait dû avoir lieu. M. l'abbé Tourzel a publié en 1886, à Paris, une brochure qui nous fait l'historique de cette chapelle et contient de curieux détails sur les principales cérémonies qui s'y sont déroulées; elle est intitulée : La Chapelle française à Londres, Saint- Louis-de-France, 21, Kings Street, Portmann Square. « C'est dans son enceinte^ dit-il, que l'on présentait au saint baptême les nouveau-nés de l'émigration , c'est là que l'on psalmodiait les prières pour les morts, là que les évêques donnaient la confirmation, que les mariages étaient célébrés, et qu'enfin, les dimanches et les jours de fêtes, la maison de Dieu se remplissait des plus grands noms de la monarchie^ appartenant à l'Eglise^ à la magistrature ou aux armées. Les noms qu'ils portaient recevaient un nouveau

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lustre et une nouvelle consécration jle leur iniottune et de leur résignation chrétienne. »

Dans quel autre sanctuaire que dans cette chapelle quasi officielle de Kings Street, qui remplaçait pour les émigrés la pompeuse chapelle de Versailles, aurait été célébré (s'il avait dû l'être) ce mariage d'un fils de France? C'est ce que reconnaissent, d'un commun accord avec moi, tous les défenseurs du mariage : M. iSauroy, les XXX du Figaro, qui ne font avec le comte de Rorch'Yantel qu'une seule et même personne, et enfin M. l'abbé Dupuy, auteur de : Pourquoi le comte de Chambord nest pas monté sur le trône? Ajoutons de plus que la demeure du prince était toute voisine et que Saint-Louis-de-France se trouvait par conséquent être sa paroisse (1).

Mais M. l'abbé Tourzel a passé en revue les cérémonies principales dont cette chapelle a été le théâtre : il nous rappelle que là ont été prononcées les oraisons funèbres du duc d'Enghien et de l'abbé Edgeworth de Firmont, le confesseur de Louis XVI; que là ont eu lieu les funérailles du duc d'Avaray, de Mgr Asseline, confesseur de Louis XVIII, et enfin de la reine Marie-Josèphe de Savoie ; mais il n'a pas trouvé vestige du mariage du duc de Berry

(1) Mémoires de La Ferronnays, p. 206.

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avec Amy lirown, dont aucune Irace n'exislo, pas plus que du baplcmo do Icmii's enfants.

Il était pourtant encore à la môme époque une autre petite chapelle où quelques baptêmes et quelques mariages avaient été célébrés, et dont le grand aumônier faisait tenir un registre, aujourd'hui conservé aux Archives nationales (1). C'était la chapelle privée du Roi au château d'Hartwell. J'ai consulté le registre et n'y ai pas rencontré les actes que j'y cherchais, mais j'y ai relevé un détail qui a son importance. C'est que, parmi tous les actes de baptêmes qu'il renferme, il n'en est pas un seul libellé d'aussi étrange façon que ceux des deux filles du duc de Berry et de M"* Brown.

Dans chacun de ces actes, sans aucune exception, l'indication très claire de l'union légitime des époux n'est jamais omise, quelle que soit la forme dans laquelle ils sont rédigés. Il est facile de s'en assurer en parcourant les divers actes qui suivent et que j'ai copiés au hasard sur les registres du grand aumônier :

(( Le lo^ d'octobre de l'année 1809, je, Jacques- Philippe Canonne, prêtre attaché à la chapelle du Roy, ai baptisé dans la chapelle d'Hartwell House, en présence de S. E. Mgr Talleyrand-Périgord,

(1) Archives nationales. Actes de M. le Grand Aumônier pendant son séjour en Angleterre, Hartwell, 1809-1814.

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premier pair el ^raïul aumônier, etc., Louis-.loseph-Thorèse, 116 le même jour, fils de Pierre Giiignet, valet de chambre du Roy, et de Claudine Forestier, maries ensemble. Le parrain a (M Sa Majesté, etc. »

(( 7 juillet 4810. Je. André-Nicolas-Félix Godinot des Fontaines, prêtre au diocèse de Reims, attaché à la chapelle du Roi, ai baptisé dans la chapelle d'Hartwell House, Buckingham Shire, Marie- Hélène, née le 4*= du même mois, fille de Jean-Joseph-Michel Maquard, né à Meckavitz, diocèse de Wurtz bourg, et de Sophie-Pétronille Pétrasch, née à Varsovie, Pologne, ?nariés ensemble, etc. »

« 2 novembre 1810. Baptême fait par Jean- Baptiste-Onésime Gillet duBreau, vicaire général de Boulogne, de Charlotte-Marie-Elisabeth, née le même jour, fille de François Gouverne et de Marie Saimpson, son épouse, etc. »

« 29 mars 1811. Baptême, par Godinot des Fontaines, de Charles-Antoine Lucas, né du légitime mariage de Joseph Lucas, natif de Dampierre, en France, et d'Elisabeth Cartier, de Bedford, en Angleterre, etc. »

« 11 mars 1812. Baptême de Jean-Baptiste de Rixbourg, /ils légitime de Joseph-Hubert de Rixbourg, chef de la Bouche du Roi, et de Elisabeth Klingsteren, son épouse, etc. »

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Kl ce n'ost pas soiilomont à la chapoUc d'Ilartwell que les actes de bapicme relataient la constatation du mariage des parents; j'avais voulu m'assurer qu'il en était de môme à l'église de Saint- Louis-de-France, à Kings wSireet, et c'est, comme on a pu le voir plus haut, de la façon la plus affirmative que le chapelain avait répondu à ma question, dans sa lettre du 11 avril 1904 : « J'ai constaté que, dans chacun des actes de baptêmes, il y a toujours comme libellé : Avons baptisé garçon, ou tille, 7ié du légitime mariage de... »

Cette mention obligatoire, si indispensable que son omission entraîne de façon certaine l'illégitimité de l'enfant, où se trouve-t-elle dans les deux actes de baptême de Louise et de Charlotte? Le père, déclaré sous les seuls prénoms de Charles- Ferdinand, cette mère non qualifiée épouse, pas plus d'ailleurs que veuve d'un Freemann, d'un Brown ou d'un Marschall, ne sont- ce pas là les preuves matérielles et flagrantes de l'illégitimité des enfants et du non-mariage des parents?

Ce retard de près d'un an entre la naissance et l'acte qui la constate n'est-il pas une anomalie singulière? Enfin, de tous ces faits réunis, ne découle-t-il pas l'impossibilité d'un mariage, même morganatique, et les preuves négatives de la légitimité? L'année suivante, à la naissance de la se-

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conde, l'acte de buptt'^me est conçu dans des termes identiques, et plus tard, après la mort de M. le duc de Berry, lorsque des actes officiels sont dress6s touchant les deux jeunes filles, soit pour leur naturalisation, leur anoblissement, ou même leur mariage, la môme formule : fille de Chai'les-Ferdinand, •est invariablement reproduite.

Il n'est pas possible, en outre, de vouloir prétendre que le baptême des deux filles ait été •entouré de mystère, et qu'on ait voulu faire le silence sur leur naissance. Les noms de leurs parrains et marraines, choisis parmi les personnalités les plus marquantes, sont là pour prouver combien cette supposition serait peu fondée ; l'une a pour parrain et marraine le comte de La Ferronnays et la comtesse de Montsoreau, l'autre, le baron de Roll et la comtesse de La Ferronnays. La cérémonie est si peu mystérieuse que même M. de Nantouillet y vient assister en ami et signe avec les intéressés.

Quelques-uns ont essayé de faire croire que c'était sous le nom de « chevalier d'Artois », ou même sous celui plus roturier de « Bourcier », que le duc de Berry avait fait consacrer son mariage (i). €'est une hypothèse purement gratuite à laquelle

(1) Voir le Carnet de septembre 190iî. — Georges Brown.

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rien absolument ne vient donner le plus petit soupçon do vraisemblance. Son père avait seul le droit de porter le nom de d'Artois, qui n'était qu'un titre non transmissible, et qui eût 6X6 en tous cas, pour le duc de Berry, un pseudonyme bien transparent, s'il avait voulu garder l'anonyme. Quant au nom de Bourcier, sous lequel le désignent quelques rapports de police, pourquoi, si c'était celui qu'il avait choisi pour s'unir à Amy Brov^n, ne l'avoir pas transmis à ses filles sur les actes de baptême?

Toutes ces suppositions invraisemblables, toutes ces hypothèses injustifiées, aboutissent sans exception à une conclusion formelle et unique : la négation de tout mariage et la bâtardise des enfants.

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